Compagnonnages
: du temps des machines, la fiole de blanc à correction Tippex,
avec son pinceau et les taches de blanc sur les doigts. Les ciseaux et
la colle pour montages de texte avant de tout retaper. Les disquettes
dans la poche ou dans le portefeuille au temps de l’Atari ou des
premiers Powerbook, maintenant la sauvegarde Zip au fond du cartable.
Machine à écrire portative
Olympia rouge vif, achetée Paris Galeries Lafayette, 340F, Paris,
un samedi après-midi, novembre 1977, minuscule mais personnelle.
Bruit et sensation rémanente du toucher de la barre inox de retour à la
ligne. La molette à crans de l’insertion des feuilles, et
l’emboîtement du couvercle (les lettres
au bout des leviers à redresser
ou décoincer, le ruban encreur bicolore noir rouge bi directionnel,
la petite sonnerie de fin de ligne, le cylindre caoutchouté, notre
univers écriture directement sous les yeux aux temps mécaniques)
Première machine à écrire électrique
portative Smith-Corona, Paris rue de Rochechouart, mars 1981, payée
950F, bleu sombre. Bruit du retour à la ligne automatique et insertion
des feuilles par touche spéciale, et encore dans l’oreille
le claquement insupportable de l’électro-aimant sur chaque
lettre, les marteaux disposés en éventail comme sur les
machines mécaniques, et si on tapait trop vite, les décoincer
et les redresser (la Smith-Coronapayée 1250F,
Paris rue de Rochechouart, moins reprise de la précédente,
juin 1981, quand même moins bruyante, et équipée
d’un ruban effaceur blanc : positionner sur la ligne et retaper
le texte à gommer (l'obligation de refaire la faute avant de corriger....).
Smith Corona c'était les machines électriques
les moins chères à l'achat, un électro aimant
projetait la mécanique sur la feuille dans un bruit terrible à chaque
lettre, mais on doublait la vitesse! et plus de levier de fin de ligne,
puis l ’énorme machine à écrire
IBM à boule d’occasion, encore Paris rue de Rochechouart,
payée
2700F moins reprise de la précédente. Trois boules de caractères
interchangeables, silencieuse et sensation très douce du clavier,
le rythme des lettres indépendant du rythme des doigts, correction
sur les derniers caractères. Mais tellement lourde, et toujours
problèmes de réglage, chaque fois la ramener à l’officine,
un peu plus bas dans la rue, en la portant des deux bras. Frappe et correction
de thèses pour des étudiants étrangers, une thèse
de pharmacie, et une thèse sur Proust parfois notablement agrandie
de quelques digressions en cours de frappe, vers juin 1982.

Janvier 1983, première machine à écrire électronique à marguerite
Adler payée 3200F, même officine, moins reprise de l’IBM.
Machine chère, radicalement belle, moderne, légère,
précision de la petite roue à caractères qu’on
change pour les italiques ou les titres. Retrouver le goût de la
portabilité (un an à Marseille, un an à Rome, passage à Paris
et huit mois en Vendée). Le couvercle posé au pied du bureau.
Silence de la frappe, facilité des corrections : on emmagasine
une pleine ligne avant impression. Elle crève à la tâche
début 1986. J’habite alors Damvix, dans le marais poitevin,
je vais à Niort dès le matin de la panne, rien à faire,
donc achat même modèle un peu perfectionné, silence
et rapidité, correction sur trois dernières lignes), prix
augmenté à 4200F, pas de reprise. Celle-ci fait Bobigny,
puis Berlin, donnée ensuite (les
premières machines à écrire électroniques,
avec impression par "marguerite", permettant
de changer les polices de caractère, et de corriger sur l'écran
minuscule les 15 derniers caractères, voire ensuite toute la dernière
ligne).

Retour de Berlin, juin 1988, installation en Vendée,
commande par correspondance d’un Atari 1040, modèle découvert
en Allemagne où c’est lui le plus répandu : la première
fois que j’ai voulu m’en servir, là-bas, impossibilité de
comprendre mentalement l’absence de papier. Déballage du
carton livré par camion, avec imprimante à aiguille et
mon premier logiciel de traitement de texte, Le Rédacteur, fait à Toulouse
pour équiper Libération. Certaines fonctions, l’intelligence
et la souplesse de ce traitement de texte, je ne les ai jamais retrouvées
sur Word (indexation des mots et pourcentages d’occurrences par
exemple, possibilité de construire soi-même ses propres
additions au logiciel : par exemple une fonction « inverser les
deux derniers mots », dont j’étais très fier
de la programmation). Incroyable fiabilité de l’Atari 1040,
la disquette qu’on insère en bout de clavier (pas de disque
dur), un petit moniteur. Il fera trois ans en Vendée, plus vacances
annuelles et voyages dans le coffre de la voiture, puis un an de Stuttgart
et un an de Montpellier, il finira sa carrière à la Boutique
d’Écriture à partir de février 1993. Atari
avait littéralement disparu de la circulation, sauf quelques rescapés
pour piloter des synthétiseurs (.

A Stuttgart en 92, aperçu les premiers ordinateurs
portables à écran rabattable, prix inabordable mais conviction
que cet outil-là c’est comme revenir au cahier. Je craque
au printemps en 1993 pour un Powerbook 145, écran noir et blanc,
passage à Word et récupération laborieuse des
disquettes Atari, puis achat du premier modem (à 5200 bauds)
pour échanges
fichiers à distance selon protocole dit "Z modem". Premier disque
dur (45 méga octets, machine à 8000 mégaherz).
En mémoire
: les bruits nouveaux pour moi et spécifiques au portable, moteur
de la disquette, lancement du disque. Le
Powerbook 145 prend feu en juillet 1996 (court-circuit sur carte
mère) peu avant installation à Tours. Achat dans
une Fnac, payable en trois fois sans frais, d’un Powerbook 950, écran
noir et blanc à niveau de gris, horloge à 25 mégaherz
et disque dur 500 méga octets, premier accès internet avec
modem à 10 000 bauds.

Remplacement en
juillet 1997 par Powerbook 1400, 12 500F moins reprise de l’ancien, écran
couleur, 125 mégaherz
et disque dur 750 méga octets, modem à 33 000 bauds, souplesse
et rapidité, par exemple écrire machine sur les genoux
en Écosse devant la mer à quatre heures du matin au lever
du jour. En deux ans, fatigue visible du clavier (taches lisses sur les
touches selon fréquence des lettres), fatigue des connecteurs
arrière, et toutes performances machines de base doublent encore,
je ne m’en sers plus qu’en déplacement ou dans le
train, c’est sur un iMac à 6500F que je tape ce soir ce
texte, 233 mégaherz et disque dur quatre giga octets, mais bruit
désagréable de ventilateur (le
célèbre Mac Classic, une machine finalement très
fantasmatique, aujourd'hui collector: c'est chez Didier Daeninckx et
Valère Novarina que j'ai vu les premiers ! – moi j'ai basculé directement
sur le Powerbook, avec sa petite boule de pilotage, écran monochrome,
comme un gros cahier qu'on dépliait devant soi ).

Souvenir
: la machine à écrire Japy qui
servait à la comptabilité dans le garage paternel, après
six heures du soir ou le dimanche descendre dans les bureaux déserts
pour taper les poèmes, c’était de 1964 à 1969.
Impression d’avoir de tout temps utilisé des machines à écrire.
Plus tard, celles de marque indéterminée, dans locaux souvent
pas mieux déterminés, immuable capot métallique
vert, pour frappe des tracts sur stencils, taper fort pour percement,
erreur interdite ou tout recommencer, avant duplication sur Gestetner,
c’était principalement de 1973 à 1977 (ou chez
les grands-parents la machine à écrire Hermès
2000, couleur verte, bien lourde, il y en avait une pareille dans
le garage pour les courriers administratifs, dans les bureaux vides, à 13
ans j'écrivais des poèmes, j'ai gardé sous les
doigts l'exacte sensation tactile, rugueuse pour la coque, lisse
pour la barre espace, et la petite boule pour le changement de couleur
du ruban).
Souvenir : les
pages vierges de vieux registres de comptabilité à reliure
noire, dans le grenier du garage, de 1964 à 1971. Les cahiers à spirale
deux cents pages petits carreaux, numérotés de 1 à 19,
tenus de 1977 à 1985, les quinze premiers brûlés à Marseille
en 1983 et quelquefois pourtant l’envie qu’on aurait de relire
les notes et rêves à Moscou l’été 78
ou à Bombay et Prague l’hiver 79. La qualité et la
souplesse des cahiers à couverture rayée bleu et noir achetés à Rome
chez Vertecchi, via della Croce, en 1985 pour les trois ans à venir.
Les cahiers à couverture plastifiée rouge sombre de marche
Brunnen procurés à Berlin en 1988 pour les deux ans à venir.
Les cahiers cartonnés suisses sans marque achetés à Tramelan
en 1996. Les cahiers marron brochés trouvés la semaine
dernière dans un Family Mart de Kyoto, seul souvenir matériel
que j’aie ramené pour moi du voyage au Japon.
Permanence : en
février 1978, acheté rue
du Faubourg-Poissonnière à Paris un stylo plume Sheaffer à corps
métallique noir, plume fine, encre noire. Avoir en vingt-et-un
ans perdu, cassé, usé huit fois le même stylo toujours
racheté identique (prix a lentement passé de 350F environ à 420F),
le dernier chez Gibert, boulevard Saint-Michel à Paris.
  
Évolutions du bureau: le Mac nomade et le Mac
de bureau, la souris sans fil et le routeur ADSL, imprimante Hewlett
et enceintes amplifiées
Yamaha. Maintenant juste le portable et la wifi, plus de câble
et plus de stylo.
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