Chiens noirs des seventies, Led Zeppelin
le fils du charpentier, enfance de John Bonham

 


un des deniers concerts de Led Zeppelin: Knebworth, 1979, entre la timbale et le gong - chaque élément de batterie dispose de son propre support, via pieds renforcés, et de son propre micro - le son de la grosse caisse est capté tout près des peaux, un micro devant, un micro derrière - Bonzo dit aussi: "Quand je joue, je crie comme un ours (I yell like a bear)" - vous l'entendez?

 

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pour accompagner le feuilleton France Culture, le texte de l'épisode 3, consacré à l'enfance de John Bonham, batteur de Led Zeppelin, précédées de quelques lignes sur sa mort, le 26 septembre 1980

à consulter : The John Bonham Tribute Page
et bien sûr Py, le site Led Zeppelin de référence en français (forum, liens, gallerie)

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Chiens noirs des seventies, un portrait de John Bonham
© François Bon, sept 2004

 

1

Ce que j’aurais, moi, à raconter, c’est comment, un beau jour, on se dit que ce n’est pas seulement l’adolescence, qui est finie, mais simplement qu’on a fini d’être jeune.

Les musiques qui vous ont accompagné, on les réécoute différemment, maintenant ce sont les musiques de votre passé, d’un temps avec lequel on a rompu.

Je ne sais pas si cela correspond, au jour près, au jour de la mort de John Henry Bonham. Mais lorsque j’ai appris le décès de John Henry Bonham, et la fin de Led Zeppelin, cela voulait dire que les années soixante-dix étaient finies, et fini ce qu’on en avait traversé, les yeux écarquillés.

Pourtant, dites les mots Led Zeppelin autour de vous, et surtout aux garçons, il y a ce déclic. Et pas seulement pour ceux de mon âge. C’est une mémoire commune. Une incarnation qui nous concerne tous.

Incarnation de quoi ? De la fascination de chanter aux lumières, au rugissement des amplis ? Aux idoles rebelles se promenant luxueusement dans l’admiration universelle ? Un besoin de héros, si possible à mauvaise réputation ?

En partant à la recherche de Led Zeppelin, les rêves et les excès, les erreurs et les illusions qu’on traverse, ce sont les vôtres. Dix années, qu’on ne pourra jamais refaire ni revivre : de 15 ans, vous êtes passé à 25.

 

2

On est le 26 septembre 1980. C’est à la campagne. Led Zeppelin n’a pas joué aux Etats-Unis depuis trois ans, ils doivent répéter. On s’est retrouvé la veille. La maison appartient à Jimmy Page. Il déménage, parce que dans sa précédente maison, quelques semaines plus tôt, on a retrouvé une fille morte, overdose. Ce qui a choqué les autres, la veille, c’est que Bonham a bu aussi pendant la répétition alors que jamais, en douze ans de carrière commune, on n’a eu à lui reprocher pareille interférence.
On l’a couché sur place, installé sur le côté, calé avec des oreillers, on a éteint les lumières, on l’a laissé. Qu’il vomisse dans la nuit, cela non plus ne sera pas la première fois. Riche ou pas riche, un type bourré qui dégueule ce n’est jamais beau à trouver, le matin. Le matin, la campagne anglaise est encore dans son timide soleil du midi, et ses couleurs d’automne, en Angleterre plus précoce que le nôtre.
D’habitude, avec quelques clopes, une bière plus du gin dedans, Bonham émerge. On calme la gueule de bois. Les mains tremblent, mais quand il joue, ça ne tremble plus. Bonham a grossi, Bonham souvent est violent. Seulement c’est le meilleur batteur rock qui ait existé, tout le monde le dit. Pas un art de la démonstration, plutôt une manière de tenir un rythme et mettre de l’air, réservée à si peu.
Sur son instrument élémentaire de peaux tendues, il est inventeur autant que le chanteur aux cheveux dorés, Robert Plant, autant que le bassiste tripoteur de claviers et d’électronique, John Paul Jones, autant que le guitariste, fondateur et patron de Led Zeppelin, Jimmy Page.
C’est la nuit, John Bonham vomit. Le corps a ce sursaut, éliminer. L’estomac a des spasmes. Dans le fond de la tête peut-être une bribe de conscience, se relever. Il a le visage dans le vomi, ne s’en aperçoit pas. La vodka est mêlée de bile, de restes de ce qu’il a picoré la veille (les alcooliques mangent peu), cela voudrait s’échapper de la bouche et ne peut, s’en va dans la gorge.
Peut-être qu’alors il se réveille, les yeux exorbités, une frayeur, les bras cherchent à prendre dans le cou ce qui bouche, le visage se distend, il cherche à respirer mais la trachée refuse. Qui l’a mis ici et pourquoi, pourquoi il ne respire pas : la trouille. John Bonham, fils de charpentier, maçon lui-même, est une force de la nature, il y a forcément cet instant de peur nue, de terrible peur.
Il veut respirer, ouvre la bouche, cherche à avaler l’air, le vomi obstrue les poumons, il retombe sur le ventre, c’est fini.
Brian Jones, Janis Joplin, Jim Morrison, Jimi Hendrix, Keith Moon : John Bonham n’était pas le premier mort de l’histoire du rock. Peut-être que tout d’un coup, c’était de réentendre le même glas, et qu’on avait oublié.
Ainsi, à trente-deux ans, meurt John Bonham, dit Bonzo, fils de charpentier et batteur de légende. L’inventeur des tambours du rock.


© Find a grave - Et John Bonham qui toute sa vie avait déclaré qu'il "n'aimait pas les cymbales"

 

3

On demande à John Bonham : « Et la technique, c’est quoi, votre technique ? » Il lève ses bras au ciel et montre ses paluches : «C’est ça, ma technique. » John Bonham, batteur.
Et il complète en cognant des deux poings fermés sur la table : Hand to drum, that's what it is, « la main et le tambour, c’est ça, la technique … T’en lâches une, t’en cognes une, et l’autre à l’envers, juste ça… »
Il faut dire qu’il est en colère, parce que la rencontre est juste avant le concert et que les service d’ordre a refusé de le laisser passer : « Je suis avec le groupe… – Habillé comme ça ? » Bonzo joue toujours en tee-shirt et débardeur. « Ils sont où tes habits de scène ? – Where’s the what… Ils sont où quoi ? »

 

4

Enfance de batteur.

Savoir que John Henry Bonham, dit Bonzo, se prénommait ainsi parce que tels étaient déjà les prénoms de son père et de son grand-père, charpentiers tous deux, et lui-même destiné donc à reprendre la petite affaire, puisque c’est ce qu’était devenu, sous la houlette du père, l’artisanat du grand-père.

Savoir que sa mère, Joan, avait mis de longues heures, le 26 mai 1948, pour accoucher. Ces moments qu’on dit de souffrance. Le bébé enfin est délivré, mais le cœur ne bat pas. L’infirmière court à la recherche d’un docteur, on ranime l’enfant de justesse : « C’est un miracle qu’il ait survécu », dit-on. Et plus tard, c’est ce qu’on lui répète plus tard. Sans doute que tous les gosses à l’âge de cinq ans essayent des rythmes sur n’importe quoi qui résonne, mais lui s’est installé une batterie complète sur des pots de fleurs renversés et une poêle de cuisine pour cymbale : raison de cause à effet ? Mystère.

Quand il a dix ans, il reçoit pour Noël sa première snare drum, la caisse claire avec le fil métallique tendu sous la peau. De toute sa brève scolarité, le meilleur souvenir de John Bonham c’est le jour où il utilisera sa caisse claire pour les bruitages, au spectacle de fin d’année de l’école primaire : on peut tout faire avec un tambour, un suspense, une entrée, un camion, une course, une guerre.

John Bonham, deuxième souvenir : son père est amateur de big band, les grands orchestres de jazz où le batteur est essentiel, et tellement fier d’y emmener avec lui son fils. Un grand souvenir de John Bonham c’est, un soir, au Birmingham Town Hall, un batteur qui s’appelle Sonny Payne et lance ses baguettes en l’air puis les rattrape : pour le gosse qui l’aperçoit, comme un tour d’illusionniste au lointain. Avec son père, il entendra aussi Max Roach, dans son morceau de gloire The Drum Also Waltzes, et Joe Morello chez Dave Brubeck dans Castilian Drums. John Henry Bonham fils a trouvé ce qu’il veut faire. Le père est d’accord : c’est plus valorisant que la bétonneuse et la charpente.

Alors on lui offre à quinze ans son premier kit batterie avec grosse caisse, tom et charleston. Une batterie d’occasion « De la vraie quincaillerie, plutôt préhistorique, dira-t-il, et moitié rouillée, mais moi je voulais être batteur. »

On est à quinze kilomètres de Birmingham, à Redditch, juste après Kidderminster mais c’est encore l’orbite de la grande ville industrielle : le Pays Noir.

L’été, la famille en vacances en caravane. Le reste du temps, la caravane est dans la cour, c’est là que le gamin installe son matériel. Il ne conçoit pas de jour sans jouer. Jouer en solo sera toujours une passion. Un seul solo, mais construit et rejoué toute sa vie.

C’est mince, une caravane, on doit du dehors entendre comme une horde de tam-tams qui résonne mais ça ne dérange personne, et dans l’atelier du père la dégauchisseuse et les scies circulaires, les scies sauteuses sont bien plus bruyantes.

On est en 1963, le rock à la Elvis est déjà dans sa vague de reflux, et les Beatles en pleine gloire. Il a seize ans, il arrête l’école, devient apprenti chez son père. Le bref et explosif destin de Led Zeppelin et ses millions de disques vendus peut tenir à une caravane dans un fond de cour, à Redditch, près Birmingham.

Si les copains de John Bonham à Kidderminster s’en méfient, ce n’est pas parce qu’il joue trop fort, mais parce qu’il abîme carrément leur matériel.

Ce qu’on dit la peau c’est cette plaque de plastique résonante et rigide, en Vistalite, qui se fissure si on n’y met pas la souplesse : des peaux crevées, Bonzo c’est chaque samedi soir. Pour lui, le rock c’est cela : labourer avec les baguettes, sauf qu’en général on est dans un club et que c’est la batterie du copain qu’on défonce. Et pas forcément de sa faute : quand on porte des seaux de ciment dans les échafaudages toute la journée, ça fait les avant-bras. Les autres batteurs sont de frêles enfants des villes, eh bien lui c’est plutôt le contraire et il l’assume.

« Au début que je jouais, chaque fois je défonçais les peaux. Maintenant je ne frappe pas si dur, et pourtant je joue plus fort, c’est juste comment tu balances. » Qu’on puisse jouer très fort et sans détruire le matériel rien qu’en acceptant que la baguette soit souple dans le poignet, personne ne l’avait jamais expliqué à John Bonham avant qu’il devienne professionnel.

Il se rattrapera : tel batteur, resté à Birmingham à faire les bals du samedi soir, verra dix ans plus tard le gros barbu à chapeau extirper de sa Maserati une Supraphonic Ludwig (la plus belle, la plus chère, à vingt spires de zinc tendues sous la caisse de laiton) : « pour celle que je t’avais cassée, mon pote ».

À cette époque, il aura déjà trouvé sa marque, le contretemps tenu par la baguette de main gauche très fixe, les roulements de toms à la main droite, tandis que le pied droit articule des triolets sur sa pédale. La première fois que depuis les coulisses Jimi Hendrix assiste à un concert du Zeppelin, sa seule remarque concernera le pied droit de Bonzo : « Votre batteur, les gars, il a le pied droit comme une paire de castagnettes. » Et pas un mot de Jimi Hendrix sur Page ni Plant.

Hasard, destin. Retour sur un itinéraire. À trois kilomètres de chez les Bonham, entre Redditch et Kidderminster, s’est installé Garry Allcock, batteur, qui vient de se marier et travaille à l’usine de voitures Austin. Il a dix ans de plus que Bonham et a passé plusieurs années dans des big bands. L’adolescent qui sonne à sa porte ce soir-là n’a pas cherché à se faire introduire par un tiers : « Vous êtes Gary Allcock, vous êtes batteur et vous bossez chez Austin ? Moi c’est John Bonham, je suis batteur aussi et j’aime aussi les voitures. »

Qu’il aime les voitures, conduire vite et en acheter de belles, sa vie ultérieure le prouvera. Qu’il soit batteur, à quinze ans, aussi bien que le jeune marié de chez Austin qui a traîné dans tant d’orchestres et peut lui expliquer en détail le jeu de Kenny Clare, c’est une autre affaire.

La jeune madame Allcock n’aime pas la batterie, ça prend trop de place, et ça vous déclasse aux yeux des voisins. Mais le gamin reviendra souvent. Gary Allcock a un practice pad, cette demi batterie muette sur laquelle on peut exercer ses baguettes. On s’installe dans la cuisine, il lui explique les contretemps. Il refuse de dire que ce sont des leçons : « Juste je lui montrais, il comprenait très vite. » Et puis : « Je n’ai jamais imaginé qu’il serait très bon. » Mais c’est ce que dira aussi, pour lui-même, D’ailleurs, s’ils aiment bien être ensemble, c’est que leur plaisir c’est prendre du papier, et d’inventer à eux deux de nouvelles carrosseries de voitures.

Le suivant sur la route s’appelle Bill Harvey. On est en janvier 1964, Bonzo a seize ans, enfin plus d’école, débarrassé, mais se lève à sept heures pour sa journée de maçon.

Le soir, à la Maison des Jeunes de Redditch, le Youth Club, il y a soirée rythm’n blues. Bill Harvey a vingt-trois ans, et joue avec Roy Wood et Bev Bevan, les vedettes du canton, pour refaire tout le hit parade. Bonzo et Bill Harvey ont leur mercredi libre, ils se retrouvent dans la caravane. John Henry Bonham père n’est pas d’accord : de voir son fils jouer de la batterie en pleine journée d’une part, et quitter le jazz pour le rock, d’autre part – le jazz, c’est de la musique, le rock, ce n’en est pas. Ambiance tendu. L’important c’est qu’à eux deux, celui de seize ans et celui de vingt-trois, dans la caravane ils construisent un solo à quatre mains.

Un soir, Bill Harvey n’est pas arrivé, ses copains du Blue Star Trio commencent sans lui, et Bonzo le remplace à la batterie. Moment de recul. Mais c’est tout Bonzo : il comprend que le copain est vexé, et il prend les devants: « Grimpe, Billie, on le fait à deux… » Et pour la première fois ce soir-là, le solo élaboré à deux dans la caravane sera joué en public.

Ainsi est né le solo de batterie que John Bonham jouera toute sa vie.


période Earl's Court 75, sponsorisé par Ludwig, il contribue à élaborer de nouveaux matériels - c'est la période de la célèbre batterie transparente - noter la proximité des toms - on distingue 8 micros sur la photo, il y en a en tout 12 ou 16 pour recréer le son Zeppelin - pourtant, dans les enregistrements de Headley Grange, chaque musicien joue au casque dans une pièce séparée, et Bonzo installe sa batterie en bas de la cage d'escalier du manoir délabré, avec un micro au premier étage et un micro au second étage - un jour, en concert après ses 20 minutes de solo et le passage à mains nues, il ne trouve plus ses baguettes, alors il continue, tout en cherchant et rageant - et ses copains, qui auraient dû revenir sur scène, ne reviennent pas, alors il continue - finalement il les aperçoit, assis au premier rang du public, agitant les baguettes en rigolant: ce soir-là le solo aura duré 45 minutes - il y a le versant noir de Bonzo: dans le feuilleton on parlera du requin et du chien noir

 

5

Bonzo ne sera jamais fort sur le jazz, les brosses, les trois temps, ne se donnera jamais vraiment la peine d’apprendre quoi que ce soit d’autre que les quatre temps du rock.

A preuve, cet instant rare, quand Jimmy Page et John Paul Jones lui demandent de jouer à cinq temps, et qu’il lui faudra jouer avec quatre baguettes pour y réussir, le morceau s’appelle donc Four Sticks, et cela ne va pas tout seul pour réussir…

On est à la fin du printemps 64, et Bonham trouve ses premiers véritables engagements : Terry Webb & the Spiders, puis The Senators, The Locomotive, enfin A Way of Life, dont le chanteur s’appelle Robert Plant. Au bout de l’année, Bonzo sera déjà et définitivement dans le petit monde des semi-professionnels de Birmingham et autour.

Jouer en club tous les soirs, une bière, un morceau, une bière, un morceau, et l’habitude qu’on prend de boire : ce printemps, c’est aussi son premier retrait de permis pour conduite en état d’ivresse. Et puis que sur les parquets de bal on retrouve quatre sœurs, Pat, Sheila, Margaret et Beryl Phillips, qui ne sortent jamais autrement qu’ensemble. Bonzo et Pat dansent, Pat et Bonzo s’aiment, ils ont dix-sept ans tous les deux et l’histoire est aussi belle que simple. Quand Pat tombe enceinte, elle et Bonzo n’ont pas trente-cinq ans à eux deux : ils se marient et elle sera sa compagne pour la vie. Il lui promet ce soir-là qu’après le mariage c’en sera fini de la batterie.

Ce n’est sans doute pas à la musique, que lui demande de renoncer la jeune marié, mais aux nuits à courir avec le matériel dans le coffre, le bruit et la fumée des pubs, les bières qu’on prend, et l’état dans lequel on revient au petit matin. Le couple habite dans la caravane, et tandis qu’elle lui dit tout ça, les baguettes essayent encore et encore l’intro du Good Golly Miss Molly de Little Richard et son roulement à double contretemps.

Il ne tiendra pas sa promesse. Dès l’année suivante, en 1966, à juste dix-huit ans, Bonham est embauché par un chanteur américain, Tim Rose, qui vient chaque printemps écumer l’Angleterre. Tim Rose sera le premier à vraiment lui donner sa chance : Bonzo fera chaque soir son solo sur scène. Pas n’importe qui, Tim Rose, l’auteur de Hey Joe. Alors ça rapporte : à la fin de la tournée, Bonham revient à la maison avec un chèque de six cents livres, son premier gros chèque. Il en est fier. Il le montre à son épouse : ça vaut le coup, non, d’être batteur ? Ça va leur faciliter la vie, non ? C’est qu’ils vont avoir leur premier enfant. Ce qu’il ne dit pas, le mari, c’est qu’il est déjà passé montrer le chèque à ses copains batteurs, comme si sa première famille c’était eux et pas elle. Et qu’il s’est aussi arrêté au garage, où depuis trois semaines attend une Jaguar à vendre. Oh, une Jaguar d’occasion, mais qui vaut déjà un peu plus que les six cents livres. Le chèque, en fait, il l’a déjà dépensé. Et quant à savoir si une Jaguar d’occase c’est vraiment le véhicule idoine pour le landau et le bébé, pas sûr que la question l’ait vraiment effleuré : John Henry Bonham, batteur, dix-neuf ans, roule Jaguar (et même pas de place dedans non plus, d’ailleurs, pour transporter la batterie). L’argent est à lui, gagné avec les tambours du rock : plus un sous pour eux trois, retour aux chantiers et la dèche, mais la dèche en Jaguar, quand bien même de troisième main.


biscotteaux: à 16 ans, il quitte l'école pour porter les seaux de ciment sur les échafaudages des chantiers de son père - à cette époque-là, il ne peut pas jouer sans claquer les peaux de Vistalite : trop fort, et personne ne veut de lui: "Tu seras jamais un bon batteur, Bonzo, tu frappes trop fort et personne entend" - c'est le patron d'un club de la banlieue de Birmingham qui lui a dit ça et l'a fichu dehors, alors il lui ramène 5 ans plus tard le disque d'or du Zeppelin II, ainsi dédicacé: "merci de tes bons conseils" - Ludwig lui fabrique, ainsi qu'à son copain Carmine Appice de Vanilla Fudge, des baguettes 5 centimètres plus long que la moyenne, diamètre en conséquence - et sur la boucle en fond de page, on l'entend s'exercer sur le rythme en 5/4 que veulent de lui John Paul Jones et Jimmy Page (dans le feuilleton, on les entendra lui souffler la mesure): le morceaux s'appelle Four Sticks, parce que joué avec 4 baguettes - son surnom dans le groupe: The Beast