François Bon / Bruit

le texte de Bruit a été publié dans la collection Tapuscrits de Théâtre Ouvert

croquis de Vincent Tordjman pour Bruit

 

Ces quatre là, je ne les ai pas connus. Le partage était avec d’autres comme eux. La rue, les squats, hiver de la ville. Quand on se disait au revoir, je savais que commençait pour eux ce temps dans les trous de ciment, le froid, l’errance. Au printemps, ces quatre étaient morts : c’est ceux-là qu’on garde dans la tête qui vous hantent au présent. Ils sont dans votre tête comme un présent toujours rejoué. Alors on les met ensemble, avec les chiens et le froid, la nuit, dans ce théâtre même. Qu’ils parlent, et que puisse lever à la fin quatre monologues de ce qu’ils ne nous ont jamais dit, mais qui nous concerne, nous seuls. Très vite cela s’est associé pour moi à l’idée d’un bruit qui grandit, que rien jamais n’expliquera. Nous, dans la ville. F.B.

La Douceur dans l'abîme, avec les sans-abri de Nancy, 1998

créé à Théâtre Ouvert le 14 mars 2000

dans une mise en scène de Charles Tordjman

avec Stéphanie Béghain, Jean-Pierre Bagot, Vincent Berger et Benoît di Marco

scénographie et lumières : Vincent Tordjman

concept sonore : Kasper T Toeplitz

entretien avec Maïa Bouteillet
publié dans le Matricule des Anges n° 32, juin 2000

avec l'article de Maïa Bouteillet
dans Libération du 17 mars 2000 un entretien pour Théâtre Ouvert
"explorer de l'intérieur un choc"

extraits:

les trois premières scènes et

la traduction anglaise de Joanna Howard

Bruit 1. Morsure, Jérémie.

MORSURE
Les chiens
JEREMIE
Quoi, les chiens
MORSURE
Ton chien il emmerde le mien
JEREMIE
Mon chien a de l’âge , on ne supporte plus tout, on n’a plus le goût des jeux inutiles
MORSURE
Ton chien te ressemble
L’odeur est la même comme lui tu sens
De ne pas assez te remuer
JEREMIE
Si ça te déplaît ne viens pas
Respirer de trop près mes poings sauraient encore
Atteindre là où tu as le nez
Mon chien sent
MORSURE
Il sent
JEREMIE
Le chien
MORSURE
Sent
JEREMIE
Mon chien, il sent le chien, et le tien peut-être à l’odorat on le confondrait avec quoi, une taupe un blaireau ou aux nippes que tu portes
MORSURE
Gentillesses de qui ici dans le squat partage quoi
Du ciment nu un matelas de récupération un sac qu’on pose
Une chaise bancale et au mur trois photos aussi sur le trottoir ramassées
Les images dont les autres se décorent
Sur ces murs quel rêve qui serait nôtre elles pourraient porter
Et rien que la crasse
Crasse de fond de ruelle de l’escalier qu’au bout on monte cette odeur d’humide et de froid avec des restes de tabac
Crasse de bouge crasse de la ville
Quand soi on préfèrerait tant y placarder des ciels bleus et du vent
Du vent dans le ciment il n’y en a pas
JEREMIE
Ma tête parfois à ce qu’on lui dit ne comprend rien
Les mots qu’on y retourne parfois sont opaques
Cela que le regard des chiens au moins nous enseigne
À la fois passif et en alerte
Rêver à ce que tu n’as pas tu meurs
Le vent ici on en est à l’abri le vent dehors
Toujours à l’homme est hostile
MORSURE
Hostile d’abord le temps
Les heures dans le matin quand on tremble et que les doigts les mains les jambes sont froids
Hostile le temps quand toujours on recommence mais que c’est vide
Ces boissons qu’on vous donne par charité dans des gobelets de carton ne suffisent pas à réchauffer les doigts
On marche dans la ville comme d’arpenter le temps même
Pour quoi
Pour qu’au bout on se retrouve ici et quoi faire
JEREMIE
Décolle dehors sur les murs leurs affiches de vie plus belle ou de temps mieux rempli
Dessine dessus ta figure et tes grimaces
Ceux comme toi avec leur nez leurs lèvres percées
Pour qui ils le font
Pour à qui l’offrir saurais-tu répondre
MORSURE
On te percerait, le Vieux, le nez la lèvre ou le nombril
C’est le kilbus le boulon le litre la liche le douze
C’est ça qui te sortirait, le vieux, on te ferait un trou ici sur le sommet
Du crâne là où commence la calvitie des curés
Ça te ferait comme les baleines mais au gros qui tache
JEREMIE
A qui sait voir, parler et faire
Le temps n’est pas ce trou dont tu parles
Les chiens le savent, on croit qu’ils dorment, ils veillent
Dans un temps arrêté qui leur suffit ils sont là tout entiers
Tu ne prends pas le temps seulement
D’apprendre de ton chien
MORSURE
Bien sûr ton chien quant aux métiers de chien
Doit en connaître plus que le mien
J’étais dans un garage, les trous laissaient trop passer d’air
On est avant la nuit tombée dans le sac de couchage et quand le jour revient on s’en va dans le box d’à côté forcer l’autre à se secouer
On entend quoi
JEREMIE
On n’entend rien
MORSURE
On entend c’est bizarre un bruit
JEREMIE
On entend les chiens
MORSURE
Les nuits en hiver ici sont trop longues
On se fait pour rien des tracas des peurs
Il fait froid c’est le soir regarde ma peau elle transpire j’ai les doigts moites je n’aime pas
Avoir les doigts moites
JEREMIE
On ne s’occupe pas de ces conneries-là
MORSURE
Vieille peau desséchée, à savoir même comment tu tiens debout
La crasse sans doute te protège moi je te dis
Je suis pas bien il y a quelque chose
J’entends je te dis j’entends comme du bruit un bruit
JEREMIE
C’est ton chien ou mon chien
Avec ses dents il se fait les ongles il se nettoie les pattes
C’est comme ça ce bruit écoute
Il se gratte
MORSURE
Toute la vie est une nuit quand au soir elle bascule
Illusion de croire ici à la venue du jour
Dans ces dessous de la ville il ne pénètre pas
Ce qu’on a franchi ce qu’on a fait de mal ou d’inutile il faut le manger avec le reste
Cela veut dire prendre avec la bouche et faire descendre dans les tripes
JEREMIE
L’écart où on est le trou où on s’est mis c’est ça que tu as du mal petit à accepter eh bien remonte si tu peux
MORSURE
Explique moi plutôt nous ici pourquoi
Quand ailleurs partout le bruit de leurs fêtes leurs voitures encore dans les oreilles et les lumières du boulevard
JEREMIE
Je n’entends pas
J’entends
Seulement encore ce bruit du dedans ce bruit
Petit si précieux dans les veines et par les os écoute
Ce rien dedans toi qui racle ou qui bat
Le bruit dedans qui dit qu’on vit
Le tenir ne pas le laisser
Disparaître et partir
MORSURE
Tu parles comme un qui n’est plus
Les momies séchées dans leur couvercle de verre au fond des musées
Elles entendent ça forcément encore
C’est le bruit des vers dans les choses sèches, Vieux, dont tu me parles
Moi je parle comme un qui se débat veut se sortir
S’en sortir
JEREMIE
C’est plus sage, parfois, qu’on s’allonge et qu’on pense
Regarde ton chien il a appris ça du mien
MORSURE
A puer
JEREMIE
Le menton sur la patte de travers et regarder par en dessous
Mais l’alerte est là à l’arrière du crâne
Essaye tu verras moi souvent je copie
Mon chien Bruit 2. Tadeusz, Morsure, Jérémie.
TADEUSZ
Ville sale
Elle vous rejette comme aussi bien toutes les autres
J’étais à la gare
MORSURE
A la gare on ne vous embête pas
Sauf quelquefois
A cause des chiens
JEREMIE
Prends une muselière dans ton sac et si on te demande sors-la, ils ne peuvent rien te dire t’as le droit
Conseil des vieux
Qu’on n’écoute pas
TADEUSZ
On était trois les autres
Je ne les connaissais pas
Chacun faisait sa demi-heure et passait sa place
MORSURE
Il n’y a pas qu’une place ?
TADEUSZ
Pas assez de monde pour être à tous les endroits
En haut de l’escalier par où ils sortent du souterrain si c’est là le mieux
Et aussi quand ils sortent du marchand de journaux pas mal aussi
A cause de la monnaie qu’ils ont dans les doigts
JEREMIE
C’est égal : ils savent la crocheter
Vite fait dans la poche et rien pour qui tend la main
TADEUSZ
Il y a des jours sans doute où personne croirait-on ne prend le train
Ou alors parce qu’obligés
Et qui sortent du souterrain filent droit
Pas de sourire ça marche vite et sans se détourner
Les autres sont partis je suis resté
C’était pour rien
MORSURE
Ils en voient trop
TADEUSZ
Trop de
MORSURE
De comme nous
JEREMIE
Question de confiance et qu’on vous connaisse
Moi
MORSURE
Toi si tu étais comme tu penses être
Tu ne te fréquenterais pas toi-même ni ton chien à gale et à puces
JEREMIE
Rigolez de moi
Se moquer on a le droit
Il est encore temps
Après on sera tous pareils : égalité au zéro
MORSURE
Égalité de Jérémie et de son chien
Renifler dans les coins et pisser sur les poubelles
JEREMIE
La manche
Sa journée on la fait en vingt minutes quand on sait faire
Faut avoir regardé et appris
TADEUSZ
Conseil des vieux
Qu’ont de l’âge et du sérieux
JEREMIE
Pas la peine de venir et commencer avant qu’il soit temps
Et quand la pêche est finie tu peux repartir
A la rencontre ou cul par terre vingt minutes je te dis
Faut savoir quand tirer et où tirer
TADEUSZ
Conseil des
JEREMIE
Conseil des vieux qui te pissent au nez tu ferais sur tes souliers qu’y a rien qui mousse emballe moi ça je t’en prie
TADEUSZ
Merci
JEREMIE
Jérémie
TADEUSZ
La gare quand le temps est au gris
Augmente encore les ombres
Le carrelage jaune est un trou qu’on veut fuir les verrières une menace noire
On vous tolère dans les gares comme si de vous-mêmes vous disiez
Je suis là mais je vais repartir
MORSURE
Je n’y mets plus les pieds à la gare
TADEUSZ
C’est une porte
Par où sinon partirait-on de la ville
Ailleurs que par son nombril de fer
Les routes sont une toile grise et continue la gare non
La gare on franchit on est parti
JEREMIE
Quelqu’un qui regarde quelqu’un
On regarde d’abord les yeux la bouche la tête
Puis le bonhomme tout entier jusqu’aux pieds
Les comme nous, ceux qui nous regardent commencent par les pieds, et lèvent ensuite le nez,
Quand ils arrivent aux yeux ça fait déjà deux fois le mètre qu’on t’a jugé
TADEUSZ
Toi qui ne t’en vas pas toi qui dis Je suis d’ici
Qui changes juste de place dans la ville comme dans une caverne sans sortir
Ce qui à force tourne dans la tête ce qui brûle les pieds pour s’en aller
Comment tu t’y résous
MORSURE
J’ai mon chien
Toi t’as pas de chien
TADEUSZ
On peut avec un chien monter dans un train
MORSURE
J’ai commencé dans les usines
Elles ne manquent pas les usines mortes
On a de la place c’était l’été c’était joyeux
Toute une bande et la nuit les feux sous les grands toits
Puis de là ces maisons aux volets fermés dont personne ne s’occupe même pas de pancarte à vendre
Un coup et la porte s’ouvre on amène son barda
Tant qu’on est deux ou trois ça va si c’est trop nombreux ça vire à la fiesta
On a eu de bonnes fiestas on a eu du bon temps et puis viré
Un jour ici près du boulevard j’ai remonté la ruelle j’ai monté cet escalier une porte à enfoncer et rien, des couloirs, du noir
Toi tu t’en vas dis-tu tu passes du sud à l’est et de l’est à la mer et tu trouves quoi chaque fois
Que ces mêmes ruelles à l’écart et la gare
TADEUSZ
J’aime passer d’une ville à une autre ville et d’un pays à un autre pays j’ai fait la liste tu sais
MORSURE
La liste de quoi
D’où t’es allé
TADEUSZ
D’où je suis pas allé
Comme ça je n’aurai plus qu’à rayer
Les villes les pays quelquefois juste à cause du nom
Le premier soir à la gare quand j’ai dit Je veux trouver à dormir on m’a dit ton nom on m’a dit
Un gars qui s’appelle Morsure va et demande lui
J’allais dans ces rues je demandais Un gars qui s’appelle Morsure ça vous dit
Evidemment ils te connaissaient mais savoir à ce moment-là où tu étais
MORSURE
Je bouge je me remue
TADEUSZ
Tu m’as dit : Je suis en squat il y a de la place
Mais qu’il y avait elle, la fille, qu’il valait mieux être dans ses papiers
MORSURE
Il y a dans chaque ville trop de ces cervelles étroites qu’on hisse sur un uniforme plus ou moins bleu avec des insignes et ceux-là
N’aiment pas ceux dont la légitimité à marcher là
Ils ne la tiennent que d’eux-mêmes
D’où tu viens et où tu vas ils s’en moquent bien
Mais ça se voit
TADEUSZ
Ça se voit quoi
MORSURE
Que débarqué de la veille
Et que demain on ne te verra plus
Moi je t’ai juste demandé ton nom tu m’as dit Tadeusz
Est-ce que je t’ai demandé autre chose demandé plus
TADEUSZ
J’étais déjà là l’hiver dernier
Et ici ça fait deux mois que je dors il faut quoi
Un certificat
Il y a ce soir ici un bruit ça vient on dirait
Des murs
Vous entendez vous entendez quoi
JEREMIE
Rien
MORSURE
Moi aussi je lui ai dit mais lui le vieux il est tamponné
De tous les côtés hein Vieux
Que t’es tamponné sacrément tamponné
JEREMIE
Mon chien s’agite
Mon chien a faim
TADEUSZ
C’est pas une machine c’est autre chose ça grince non
MORSURE
Je n’aime pas
Ces vieilles maisons ne sont pas saines les oreilles vous y cornent
Quelqu’un vient
TADEUSZ
C’est elle Bruit 3. L’errante, Jérémie, Morsure, Tadeusz.
L’ERRANTE
Je marchais il pleuvait
Devant moi une femme bien mise
Je ne la suivais pas
Simplement elle marchait je marchais
Elle s’arrête à une porte et se retourne me voit
Elle avait un parapluie elle me le tend juste elle dit
Tenez je n’en ai plus besoin juste comme ça
Tenez je n’en ai plus besoin
Alors je l’ai pris j’ai marché la pluie était lourde et lente une pluie d’été une pluie de soir chaud
J’ai marché longtemps
Autour de moi la pluie et moi à l’abri
Connais-tu la pluie
MORSURE
Je connais mais j’aime pas c’est mon chien
Il n’aime pas la pluie mon chien ça le mouille
A la gare on est mieux on est à l’abri
Elle t’a donné ce parapluie un chouette de parapluie
L’ERRANTE
Je ne sais pas
MORSURE
Tu le tenais tu l’as vu
Où il est le parapluie
L’ERRANTE
Je regardais la pluie je marchais
J’ai vu une fille une petite fille j’ai dit
Tiens je n’en ai plus besoin
Oui c’était un beau parapluie
J’ai dansé j’ai bu
J’ai vécu
Deux nuits et tout un jour
J’ai vécu plus que vous
Confinés encore dans ce ciment sans lumière et à l’aise comme dans un cercueil
A ne plus rien chercher ne plus rien attendre honte sur soi-même c’est céder à trop de ce qu’on est
C’est se coucher devant la crasse où on nous met
TADEUSZ
J’étais dehors j’étais à la gare
L’ERRANTE
En ces saisons froides la nuit tombe vite
Les lumières pourtant sont plus belles on marche dans la rue comme dans une salle
Et les intérieurs on voit tout on n’aurait qu’à franchir les vitres
MORSURE
Les portes sont fermées et qui marche dans la rue sans but ils ne le regardent pas
Et toi pas plus que lui que moi
L’ERRANTE
Je marchais il avait plu les rues sont brillantes
TADEUSZ
On est une ombre parmi ceux qui marchent utile
Ceux qui vont d’ici à là parce qu’ils ont bonne raison de le faire
L’ERRANTE
Ils disent : Elle en fait trop, elle se brûle
La fête où on danse et s’enfonce rend peut-être aveugle sur les défauts du jour
L’attente ici quand on dégrise n’est pas voir mieux
Il y a la ruelle qu’on prend pour venir, on quitte les enseignes en rouge et du boulevard le bruit
Cave grise ici rongée comme une cave au-dessus des marches
Rien n’a de bord nulle part qu’ici les murs
Il y a près d’ici tout près une boutique dans une rue ils vendent des guitares et d’autres machines à musique quand je passe devant je m’arrête je regarde
On ne se sauve qu’en marchant dans la ville
Cette coquille portée dehors en avant de vous-même et votre corps
Ici elle tombe on la laisse à terre comme ces fripes où vos chiens dorment
JEREMIE
Pourquoi les chiens dormiraient sur le ciment
Qui dort sur le ciment pas toi ni moi
Les chiens ont le sang chaud ils ont besoin de chaud
MORSURE
La ferme avec tes chiens
Chien sans poil voilà ce que tu es
L’ERRANTE
L’abandon et la chute dormir oui
Je dormirais bien un peu
Même ici
JEREMIE
Un chien sans poil ça ne vivrait pas
Ça existerait crois-tu un chien chauve on le saurait
Chien pelé oui mais chien tout nu
Ça ne s’est jamais vu
MORSURE
Tes raisons n’en sont pas ton temps comme le nôtre est un temps vide et ouvert que chaque matin recommence pareil à la veille
L’ERRANTE
Je marchais parce que tel est mon plaisir
Et considérer les visages et les regards savoir à quoi ils s’accrochent et ce qu’ils portent
Je leur dis et c’est tout
Il fait froid et j’ai faim
Dix francs pour ma nuit
Et s’ils désapprouvent moi je souris je leur dis bien fort
Merci
TADEUSZ
C’est la compromission qu’ils te rétribuent
Toi-même tu me l’as appris
MORSURE
Les rues aussi bien sont les étuis de leurs intérieurs on pourrait griffer ou mordre rien qui soit prise
Plus c’est lisse et plus ça brille plus on vous recrache
JEREMIE
Il y en a un qui m’a pris en photo
Je lui ai dit : Tu te l’afficheras où
Au-dessus de ton lit ou dans ton salon
Marque-le bien dessous : Voilà mon frère
Il allait me donner les dix francs moi je dis
Bien du bonheur mais votre photo à vous vous me l’enverrez ?
Votre bobine au-dessus de mes cartons ça me consolera sans doute
Comme la mienne au-dessus des vôtres
Il a remis les dix francs dans sa poche il est parti
L’ERRANTE
Qui ne voit plus ce qui l’entoure qu’à partir de sa condition et non pas un peu au-dessus de sa tête ou par derrière
Les mêmes murs l’enferment qui ensuite le brisent
TADEUSZ
Les phrases on peut en faire
Qui n’a pas de raison pour aller dans la rue d’un point à un autre point
Que marquer l’éternel et même territoire
Dans cette ville ou dans cette autre partout par où on sort d’une gare pour rejoindre une rue piétonne et les mêmes lumières les mêmes enseignes
Celui-là tes phrases il s’en moquera
MORSURE
Qui marche à côté de sa tête
Marche vite à côté de ses pompes aussi
L’ERRANTE
J’ai ramené pour vous trois de quoi un peu manger et boire
JEREMIE
Et pour les chiens
L’ERRANTE
Aussi
Pour les chiens
Vous n’entendez rien
TADEUSZ
Toi aussi tu entends
MORSURE
C’est plus fort que tout à l’heure
Avale ta salive peut-être ça passe
L’ERRANTE
Je n’avais pas entendu ça avant
TADEUSZ
C’est plus fort nettement
L’ERRANTE
Une fois j’étais en avion
On oubliait l’avion
Alors il restait comme ça un bruit
TADEUSZ
Tu as pris l’avion toi
L’ERRANTE
Une fois
TADEUSZ
T’allais où
L’ERRANTE
Pauvre type
TADEUSZ
T’allais où dis, t’allais loin, ou c’est du mensonge
L’ERRANTE
Ce n’est pas mentir si on imagine
L’abrutissement vous écrase
Debout
Je n’aime pas ce bruit