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François Bon notice du Dictionnaire des écrivains de langue française (Larousse, 2000) |
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à Valéry Hugotte |
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| BON François (né en 1953). Formé aux Arts et Métiers, François Bon a travaillé pendant quatre ans comme technicien dusine avant de se consacrer pleinement à une activité littéraire qui restera profondément marquée par cette expérience initiale. Cest dire que pour le romancier ont coïncidé entrée dans lécriture et Sortie dusine, selon le titre de son premier livre paru en 1982. Cependant, au-delà des seules résonances autobiographiques, son uvre sattache au déclin dun monde industriel en déshérence, comme dans Temps machine (1993) qui portera le deuil dune classe ouvrière sacrifiée et fera lamer constat d" une fin de monde ". Plus largement encore, lattachement à une réalité crue et principalement urbaine est le propre dune écriture qui peut ainsi résumer son projet : " Nous avons, nous, à dire des routes et des parkings ". De fait, de Décor ciment (1988) à Paysage fer (2000), se manifeste le même désir de répondre à un réel qui nous échappe et défie le langage par sa banalité même. Non que lécrivain se réclame de quelque réalisme périmé. Il convient plutôt de saisir " la ville dans ses franges les plus symboliques ", de laisser pressentir au lecteur ce qui oriente toute perception du réel jusquà lui conférer une dimension fantasmatique. Ce travail sur la représentation lamène à conjuguer un heurt brutal avec le monde moderne et un questionnement des grandes uvres de la littérature dont le souvenir traverse lensemble de ses textes, de Baudelaire à Michaux. Le style même de lécrivain nest dailleurs pas sans suggérer une déstabilisante collusion du discours oral et de la prose la plus rigoureuse. Et lon comprend quil se soit particulièrement attaché à lauteur de Gargantua, auquel il a consacré lessai La Folie Rabelais (1990) et dont il a édité les textes, puisque " cest aussi notre lecture du monde qui nous reconduit à son uvre ". Ses romans, largement consacrés à " lacharnement stérile du malheur ordinaire ", évoquent le tragique moderne de lexclusion, de ce châtiment arrêté avant même la faute qui le justifiera, de sorte quil peut rapprocher lhistoire sordide de Un Fait divers (1994) et " ces très vieilles tragédies " où lon " sait lhistoire et son dénouement avant même que cela commence ". Fréquemment, un enchevêtrement des discours à la manière de Faulkner semble traduire à la fois une désagrégation sociale et une dislocation de lesthétique romanesque traditionnelle qui force le lecteur à reconstruire une histoire fragmentée. Saffirme également, à travers cette polyphonie qui est dabord une " symphonie de gris ", limpossibilité de réduire le réel à la ligne simplificatrice dune intrigue que des jeux complexes de distanciation obscurcissent davantage encore, comme dans le Crime de Buzon (1986). Plusieurs livres prolongent sur dautres modes cette interrogation du réel et des représentations qui nourrit son uvre romanesque : Bon a ainsi écrit des essais consacrés au peintre Edward Hopper et au graveur Jacques Muron, des livres pour la jeunesse et des récits autobiographiques largement nourris par une longue expérience danimateur dateliers décriture dont témoignent Tous les mots sont adultes (2000). Cest que toujours il lui importe de rendre la parole aux exclus du langage, de la jeunesse désuvrée de Cétait toute une vie (1995) aux délinquants de Prison (1998). Comme si, à travers une écriture exigeante et complexe, François Bon gardait avant tout le souci daccorder sa respiration avec " cette poésie fruste des mots simples et justes ". V. Hugotte |