François
Bon / sur Jérôme Schlomoff / CapC Bordeaux /1994
/ to shoot

la jeune femme blonde à la
mèche
Planche de travail. Trois photos numérotées
(V4/P2) et dessous, au crayon, des chiffres et des flèches en séries
(4,2,3 CG) plus des notes ("passage au doute") pour un même
visage à la frange de cheveux blonds un peu raides tombant sur
l'oeil, bouche se portant en avant, un porté de travers de l'épaule,
découpée par le pull noir sur fond blanc, fait presque bosse
difforme pour envoyer une main derrière sur la nuque : malaise.
C'est cela, d'avoir la main sur le cou, qui agrandit les yeux et pousse
la bouche? Mystère d'une vie jetée, appelante, à
votre disposition mais rien à prendre. Que certains êtres,
sous le même visage au caractère entier puissent présenter
à trois vues sur une planche dans le même éclairage
et à quelques secondes trois questions radicalement différées,
comme au théâtre dans un monologue tragique c'est le corps
qui d'abord se prépare et se tend. La planche de travail, parce
que, quand on croit comprendre, la négation aussitôt lève
du cliché symétrique, plus fascinante que la photo ensuite
décrétée par le photographe comme étant la
plus juste : on aurait voulu plutôt garder côte à côte
dans leur énigme de femme double les deux qu'il a enlevées.
celui qui photographiait la mer
(portrait d'Iroshi Sugimoto)
Le photographe a photographié un photographe.
Sauf que l'autre est son inverse (Schlomoff navigue, lui reste au bord).
Il a vu toutes les mers du monde, pour les cadrer dans un dispositif égal
partageant l'horizon. Il fallait juste faire confiance à la mer,
pour que rien ne soit pareil aux cinquante et plus mêmes clichés
ramenés. Le même est différent. On est bien forcé d'imaginer
dans le regard maintenant porté sur nous, au pli très long
des yeux, au regard loin arrière, qu'à l'intérieur
s'est déposé un peu des horizons grands, des matins d'hôtels,
loin, qu'on voudrait pour soi-même, devant la mer. L'homme à figure
noble, la plus étrange figure et la plus haute conquête d'harmonie
lisse, semble avoir cessé de penser : que voit-il en cet instant,
lui qui est allé si loin pour voir, de celui qui le photographie à son
tour? A cette énigme tout le sens du travail ici fait, et ce qui
en rejaillit sur nous-mêmes en retour.
crâne rasé, noir
Il
descend de son immeuble, dit-il, et croise le garçon, l'aborde. Il dit que c'est difficile à cause
de la timidité, qu'il ne fait pas souvent comme ça.
La photo est là, on l'a devant soi, et non pas plaquée
sur un mur. On la prend et la plie, on la tient horizontale, on est
près, très près de cette tête telle que
maintenant fixée. Le regard penche sur la droite en bas comme
de tradition dans la peinture ancienne des crucifixions, mais si ç'avait été préparé ça
ne marcherait pas de cette façon. Les lèvres sont grosses,
mais c'est moins une question de peau que du réglage précis
de l'appareil Rolleiflex qui place la bouche dans un premier plan
presque brillant, au même niveau que l'oeil droit (aucun portrait
de Schlomoff ne traite symétriquement les deux yeux et de
ces choses-là il se refuse à répondre, dit qu'il
s'en moque). Un porté haut de l'oreille, et une descente droit
du crâne dans le cou et les épaules qui fait de tout
le buste (le centre exact du carré correspondant à ce
point fragile qu'on a chacun où le cou s'échappe de
la cage d'os), le portrait donc décalé vers le haut,
et le visage décalé sur la droite de la photo dans
l'angle du quart supérieur droit, et les traînées
sombres de peinture noire derrière le visage noir, l'impréparation
du vêtement un drapé modèle. Il fallait que le
crâne soit rasé, que la bouche s'entrouvre et que les
bras tombent droit, qu'une veine apparaisse sur la tempe et ce léger
décalage dans le parallélisme du regard. Qu'aurait
pu répondre le photographe à pourquoi la question faite
au garçon inconnu, celui-ci plutôt qu'un autre, ce qui
détermine un instant l'audace, le savoir intuitif de cette
crucifixion possible. Morgans Hotel. Room 1601.
Le
laissé anglais
du titre est déjà déplacement d'emblée
dans ce qu'on connaît par les livres : un hôtel à New-York
tient forcément et pour toujours de celui de Kafka dans l'Amérique,
et mille photos de légende derrière. Le numéro
de la chambre est donné : 1601 et intervient aussi comme signifiant,
déterminant soit la masse des cases occupables, soit l'invraisemblable
quantité d'étages sur les boutons d'ascenseur.
la sauvage et le sculpteur (portrait de Mario
Merz)
Visages sur eux toute une
vie et le travail et visages ceux de l'aube rebelle, l'homme vieux
et la sauvage, lui tend la main en avant comme d'attraper ou comme
vu depuis l'immobilité de verre, feuilles et fer qu'il installe,
la seule netteté celle des yeux et les deux photos, du vieil
homme et de la sauvage, les seules ici qui regardent droit, elle
la provocation des cheveux irréguliers défaits et sa
veste mal arrangée sur vêtement rayé déformé comme
on les aime, une manière de plier d'abord le cou pour redresser
la tête comme de repousser d'avance ce qui ne serait pas au
niveau suffisant d'exigence et lui le vieil homme presque un appel
qui nous lève vers lui, ce que fait une Simca 1000 devant
un mur de béton pauvre comme le regard ici donné de
la fille devant le monde, et qu'elle répondrait elle seule à la
main tendue du vieil homme au bout de sa route, quand plus rien n'est à prouver,
pour cette seule énigme de l'accordaille sans pardon d'un
visage et de ce que le sac d'os et de peau dedans recèle,
déjà donné ou tout entier secret.
le styliste à la chemise rayée
Ce
qui agit sur un visage et le creuse, fierté de soi qu'on porte à sa bouche
et quand ça met de l'homme tout au travers, satisfaction venue
trop tôt et dévoilée nue : à marcher dans
les frictions et cahots on force sa carcasse à des angles.
Sous son coude relevé au-dessus de la figure, celui qui sourit
(pourquoi si rares : l'image qu'on donne de soi est-ce chose si grave?)
en est un que la mort depuis a pris. Et nous, qui le savons, forcés
au signe depuis l'autre côté de la passe. Dans sa chemise à rayures,
il parle depuis le bord où il est dans l'instant où nous-mêmes
regardons. La photographie art entier pour cette capacité de
prémonition capteuse.
Morgans Hotel. le corps.
Pour
la seule fois, la photo se double (et se redouble encore : triptyque)
de ce qui fabrique
le regard quand il s'isole sur le visage du portrait. Et précisément
le portrait ici est occulté, une serviette vient contre le
visage qui s'y cache, quand une disposition de cheveux, de front
et de mains sur le masque oblige quand même à fréquenter
ce qu'il y a d'obsessif à n'importe quel visage vu : l'aventure
silencieuse d'être et la passion de se le réinventer
pour soi comme dans Balzac on plonge non pas pour l'explication mais
l'interstice même à toute réponse où se
joue encore l'énigme première. On cherche où le
Rolleiflex s'accorde, c'est loin derrière le corps flou, sur
la paroi tout au fond de la douche, un carrelage à motif géométrique,
un porte-serviette inox et toute l'Amérique à un front
fermé.
le constructeur de bâtiments
(portrait de Jean Nouvel)
Distorsion de
l'oeil, toutes les rides qui paraissent un écartèlement du cuir, les
poils mêmes aux poignets raidis. Frictions antagonistes de
poussées intérieures. C'est une main, l'oeil seul,
et ces rides à la charrue où du constructeur de grands
bâtiments reste seule la dureté plastique d'un cou musculeux,
renvoyant soudain à ces théories que Balzac créait à son
usage sur l'énergie et la largeur nécessaire de passage
entre le cerveau et les bras, pour qui peint, écrit, invente
ou construit. La photo est faite à la chambre, sur une plaque
("on regarde, on règle et puis on perd"), comme
s'il avait fallu dresser forme palpable pour saisir celui dont c'est
le rôle. Que la vision intérieure implique déjà l'activité du
corps et son travail. Photo indiscrète comme un mal de tête.
la peau, la chaise
La
main, celle qui travaille, élevée
au rang d'organe avec les yeux et la bouche, vient sur eux. On ne
connaît pas de soi-même son visage. Mais la main, si
difficile à voir dans ses rêves, s'y reconnaît
: les doigts d'eux-mêmes viennent à la rencontre de
la peau et c'est cette connaissance-là qu'il cherche à attraper.
Quand on se découvre sur les photos de Schlomoff, on s'en
veut presque de lui avoir donné ça, qu'on aurait préféré garder,
instant où on pensait se récupérer.
L'obscénité ici
(quand, à manipuler les autres, l'impression de toucher comme
on n'oserait pas le faire en vrai) à ce que chaque visage
recompose ses éléments en les gardant séparés.
La force d'un visage à l'énergie nécessaire
pour maintenir dans la même surface de peau ce qui se présente
dissocié, éclaté de façon cubiste (soi-même
on ne s'est jamais vu d'un seul oeil).
On
ne voit jamais de devant, mais un peu d'en haut, ou complètement d'en bas. non seulement,
lui, le photographe, dépasse de sa carcasse tous ceux qu'il
a jamais clichés, mais il grimpe sur une chaise pour les prendre,
ou se plie en deux. du théâtre. Quand on se souvient
de comment vous a photographié Schlomoff, juste cette impression
qu'il ne s'occupait pas de vous, ne cessait de grimper et descendre
de sa chaise.
Rolleiflex
Un
cadre blanc carré six
sur six, gros objectif où on tourne à la main les réglettes
graduées. Le photographe ne s'occupe pas de vous, fixe la
profondeur de champ, et un plan vient très net quelque part
sur le cadre. Appareil où on ne regarde pas à travers,
seulement le cadre dépoli où se reforme l'image approximative
du résultat ("on ne voit rien dans le Rollei").
Le reste en dégradé, mais avec une impression de relief
tellement plus forte que dans les Réflex qui vous mettent
le photographe en face. L'appareil, toujours le même, a été offert à son
père, pour ses vingt ans, par le grand-père du photographe
("en 1951, payé cent francs, en deux fois"). Et
on rembobine à la manivelle.
les poignets trop gros
Cette
fille que le gilet de cuir qui la sangle rend plus fragile encore,
aux poignets un peu
lourds, qui interroge et affirme d'un même poussé de
bouche, et à qui le photographe par intuition demande d'écarter
un peu les bras, et cette si étrange concordance de peau qui
joint au premier plan des reliefs du Rolleiflex les lèvres
et les poignets avancés ensemble.
le cargo, les anges
C'est
là qu'on installe
les corps pour le cliché. Ses affaires à lui sont par
terre, le mur est peint à l'éponge, des traînées
de peinture noire évoquent les plaques de coque d'un cargo
sombre, la ligne de flottaison rouge au-dessus de notre tête,
et même l'immatriculation maritime. Projecteurs sur pied de
métal. Gamineries d'inscriptions graffiti désignant
chaque pièce par son usage, clichés épinglés
et le bazar à s'y perdre, sauf cette table à dessin
au centre : et un tel dépouillement derrière les visages.
En haut de l'escalier étroit de ciment aux odeurs de cuisine,
les cases anonymes du brassement de la grande ville, portes numérotées
et très hauts immeubles autour ("B3, 70B"), le ciel
rougeâtre dans la nuit brouillardeuse. Rupture, fenêtre
opaque, et dans les cuves transparentes l'eau en circuit continu,
on lève le papier malléable, on le tend à la
lumière. Agrandis, sur le carrelage où ils dégouttent,
visages en avant comme de nous demander à nous-mêmes
l'insoluble question qu'ils ont sur eux-mêmes.
Morgans Hotel, la rose.
La
manie de Schlomoff à tout
déporter sur un côté, ici sa manière de
placer le portrait non pas au centre mais au bout de ligne. Au centre
alors plus rien, le reflet contraint à une profondeur affichée
comme fausse, et le centre de la photo l'éclatement d'une
fleur comme le mouvement même de l'image absorbée par
l'appareil : ce n'est pas une fleur, mais une photo de Mapplethorp,
on photographie la photo même quand prise comme symbole et
son utilisation sociale lorsque vidée au plus extrême,
décoration de la chambre d'hôtel n° 1601 dans l'archétype
des villes monstre. Une lampe de chevet allumée.
les artistes (Dusapin et les autres)
Le
doute qu'on prend d'un artiste s'il ressemble à un homme d'affaire ou une photo de
mode. On est fasciné plutôt à la complexité de
visage d'un directeur de journal aux lunettes de travers, au jeune
peintre en vieux pull, qui rit de la photo comme d'une bonne farce.
Un rongement semble traverser la peau et marquer chaque creux, le
tenir lui-même en otage.
Le
vieil homme aux lettres dans sa barbe et ses rides, savoir qu'il arrange
les mots en dessin
par où rebrousser chemin dans le silence qui présida à la
naissance des signes, les oppose à ce qu'ils nomment (la pierre
même ici du musée) et comment cela ne travaillerait
pas cette complexe liaison du front et des yeux dans leur cerne.
La relation de cela et du bout de cigarette qui reste entre les doigts.
Du
musicien les dents irrégulières,
aiguisées et comme légèrement rentrées
vers l'intérieur, ce qu'on sait en soi-même des molaires
fausses, et celui des codes barres, traité blanc sur blanc
en homme invisible, le poids qu'alors ça prend.
Le
doute qu'on prend de ceux qui cherchent connivence et arborent des bijoux
trop voyants,
la matière trop chic de vêtements.
celui qui ne se peignait pas (portrait de Basquiat)
Personne
ne saura comment l'ange dépeigné se nomme et quelle fut la dédicace
que le photographe inscrivit au dos, puisqu'il parle avec ses portraits
muets et l'image de l'autre qu'il offre. Capter d'un homme la destruction
en lui, et plus : la part en chacun du besoin de destruction, que
d'aucuns expérimentent. Il y a ça dans ces yeux et
le sourire au coin des lèvres, dans le sentiment non pas venu
du photographe mais offert par celui qu'on dit l'ange, d'une beauté atteinte
parce que provisoire, obtenue par cette tension et ce qui en vous
a déjà tellement rongé qu'un virage irréversible
est pris.
A celui qui a franchi
les barres ordinaires et s'en est allé plus loin que nous dans
l'irréversible chemin du mental, le Rolleiflex intuitivement
s'accorde en arrière du plan des yeux. La très nette
frange à la racine des cheveux, où le visage s'extorque
de sa cage d'os et renvoie les cheveux en arrière (comme la
ligne de gravité du visage, soulevée sur celle de la
photographie elle-même, accentue l'avancée). La ligne
de partage ne valant qu'ici à ce niveau de la tempe, l'autre
moitié verticale du visage déjà dans une ombre
et la grimace rajoutée d'une décoration sur le vêtement
qu'il portait ce jour-là, d'hommes vides escaladant le ciel,
acceptant que dans son masque les os commencent de paraître.
Et si la question sur
la vie, l'âpreté du travail d'être, était
même et aussi grave pour eux, qu'il dit les anges ("parsemé d'anges"),
la fille à mèche blonde ou la sauvage au vieux tee-shirt
rayé que pour le constructeur de grands bâtiments, ses
aéroports, ses usines et sa tour utopie, et les autres qui
dictent au réel : qu'eux alors, qui n'ont pas trouvé leur
signature de geste, la fille aux bras écartés, celui
au crâne rasé et lui ici, qui ne se peignait pas, nous
réconfortent d'être ici-bas perdus comme nous.
l'homme aux plaques d'acier (portrait de Richard
Serra)
Non pas aspirer un instant
meilleur que d'autres, mais jouer ensemble pour offrir à la
photo ce que soi-même on ne saura sans doute pas conquérir,
et cela valant jusque pour le vieux statuaire déposant ses
immenses plaques d'acier courbes dans les carrefours encombrés
de New-York ou sous les immeubles populeux de Barcelone (ou ici à Bordeaux
le souvenir qu'on a d'une légèreté imposante, élévation),
disant son sens de l'homme et imposant sa question sur l'homme par
ces masses soudées qu'il leur dépose chez eux, au milieu
d'eux. L'anecdote dit qu'il refusait les injonctions du photographe,
se taisait, ne remuait pas, dans un garde-à-vous de photomaton.
Qu'il a fallu le piéger, dire que quelque chose n'allait pas
dans ses cheveux ras, pour que la main vienne une fraction se seconde
oblitérer le visage, et que l'oeil se redresse vers l'avant.
La main, celle du travail, quand elle vient au visage, les dévoile
tous deux, mise à son vrai niveau d'organe avec la vue, la
bouche. C'est une des photographies ici les plus fortes par ce qu'on
y ramène de l'humain en entier, en volonté repliée
et presque colère définissant au plus précis
ce qu'on éprouve devant son métal en courbe, muet.
Morgans Hotel. symétries.
Voyage
côté gauche.
figure géométrique pafaitement, et parfaitement centrée
(sinon qu'on fabrique un centre dans ce qui est déporté par
le triptyque, renforçant la tension globale), comme au théâtre
une banquette et un vêtement jeté, une fenêtre
où toute la lumière est celle de ville présente
et repoussée. Lui dit que des fenêtres il y en avait
trois, qu'il était passé cent fois devant, que cette
fois il y avait cette lumière (la symétrie si extrême
quelle englobe même pour sa géométrie la double
lanière qui sert à remonter les stores).
to shoot
Langage
du photographe, en désordre : "Quoi de plus pur qu'un fond blanc. Si
on lui baisse le menton l'oeil va être dans le noir. Taper
dans l'inconscient des gens, boulot énorme. Si j'y arrive,
j'accède à ma propre petite boîte. Je mets la
tête des gens dans le viseur, les yeux dans le carré du
milieu et je décentre. Je ne vois pas les bords. C'est l'oeil
tout seul qui voit ce qu'il y a de mieux, une pulsion dans les doigts
qui fait qu'on appuie à ce moment-là. Faire le point
là où il faut. Ça doit aller très vite
pour que l'inconscient sache."
Langage
qui n'est pas d'une technique, mais de quelque chose qui serait à inventer sur
le radical prendre, prise, préhension, d'où viennent
compréhension et appréhension ("je ne veux pas
que les gens que je prends m'appréhendent, ça va modifier
leur comportement") qui ne concerne que le sac humain, une recherche
tournée sur soi-même, où c'est soi-même
qu'on travaille, en donnant le branle à l'image objective,
au matériau avec lequel tricher ne se peut pas.
Décision
de l'acte, et son enjeu esthétique : "Autrefois, je me
souvenais : vue 8 du quatrième film, maintenant je sais que
j'ai une bonne photo mais je ne sais pas où elle est. Quelquefois
je ne fais qu'un film. Plus ou moins face. Orthogonal. Les madones
de Bellini, les visages de Fra Angelico, l'Évangile de Pasolini.
Je me mets sous l'angle où la lumière est belle. Je
cherche la lumière. Le portrait est une architecture."
Là-dedans
l'obsessive rature d'un mot attrapé de l'anglais : to shoot
(dans le dictionnaire, au premier sens : to let fly with force),
pour l'instant de la prise comme la prise elle-même, ou le
chuintement du français chasse (sur l'étymon inverse
: capter) revient subrepticement commander, mais en tirant : "tiré par
un élastique, une fraction de seconde l'autre est nu complètement
et on shoote".
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