dédicace neuf cinq argenteuil

un atelier d'écriture au lycée polyvalent Nadia et Fernand Léger d'Argenteuil

 

   
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le train, la ville

En décembre, nous organisons une première séance, pour la prise de contact. Le hasard fait que mon film Paysage Fer est diffusé par Arte le lendemain soir. Christine Eschenbrenner l'enregistre, le leur projette. Et leur propose un travail d'inscription de leurs propres notations dans les trains qui tissent leur propre territoire. Un réinvestissement du travail mené au théâtre du Rond Point dans le stage enseignant, auquel Christine participe. Mais une ouverture sur le monde au quotidien des élèves, qui témoigne aussi de l'outil unique qu'est l'atelier d'écriture. Je suis d'autant plus fier de mettre ces mots en ligne que je n'ai pas participé à leur élaboration, mais qu'ils me les ont offerts!
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les photos ci-dessous on été prises ce matin même, 7 janvier 2004, dans le train St Lazare à Argenteuil)


lever du jour sur la ligne Paris St-Lazare - Argenteuil, un petit salut au passage à Sylvie Gracia ("Les Nuits d'Hitachi", L'Arpenteur, 1999, un de ces livres qui laissent une trace définitive, et semblent s'approprier le lieu qui leur sert d'emblème)

je prends le train
j'écris un poème
je pense à des filles
je lis la presse sur des voitures
j'écoute de la musique
j'imagine la situation à la Réunion
je vois des murs, des bâtiments
les autres trains dans l'autre sens
au bout de deux heures des trains je dors
Mikaël

 

je prends le train
il y a des gens bizarres
des gens qui sont joyeux
des gens trop calmes
c'est sale
c'est long, je m'ennuie
donc j'écoute de la musique
deux personnes en conflit pour une place
j'ai raté mon arrêt
Argenteuil - Mantes-la-Jolie, Leïla

je prends le train
avec mon ami
l'ambiance est triste
donc nous parlons
pour ne pas ressentir cette ambiance
pour ne pas voir le train passer
le paysage défile
nous n'avons pas le temps de voir
bien comme il le faudrait
si nous avons pris le train
c'est pour partir loin d'ici
vider notre tête remplie de soucis
les murs sont tagués sur la gare Saint-Lazare
il y a plein de couleurs
pour certaines personnes c'est sale
mais pour moi c'est beau
ils sont bien faits
ils représentent quelque chose
soit des prénoms
soit des personnages de la télé
Argenteuil - Paris Saint-Lazare, Christelle

des gens toussent, parlent
rien de très bruyant
je regarde par la fenêtre
un paysage sinistre se présente devant moi
des usines crachent leur fumée noire et épaisse
la vision de ces usines me casse le moral
oh la Seine, des péniches naviguent
son eau si tranquille m'apaise
Argenteuil - Saint-Lazare, Alina

JE PRENDS LE TRAIN
JE ME FAIS AGRESSER
ON ME VOIT TOMBER
PERSONNE NE VIENT ME RELEVER
JE SUIS TRISTE
OUISSEM

une rivière coule vers entrepôt
une maison abandonnée habitée par des gens pauvres
au loin un arc-en-ciel apparaît
Damien

dans le train
une dame se dispute avec un homme
un bébé qui n'arrête pas de pleurer
derrière la fenêtre un château entouré de fleurs
à l'arrêt du train est affiché "le Neubourg"
je vois des personnes rire et pleurer
Evreux-Paris, Laetitia

je prends le train
je vois des femmes
je vois du shit
je vois mes potes
je suis content

je vois de l'alcool
je vois des drogués
je vois la police ferroviaire
j'ai la haine

je vois du sang
il le mérite
je vois des larmes
j'ai entendu des cris
on doit pas rester là
je vois la violence
je vois notre mur
on a eu chaud
ils sont cools les mecs de Nanterre quand même
Cergy - La Défense, Moulaye

mon téléphone sonne
un mendiant sort son speech et réclame de l'argent
une dame s'assied en face de moi, elle a une face de chouette
le temps est long et ça ne passe pas
il y a un mec qui fume son joint dans le compartiment des invalides
des dames se racontent leurs vies à voix haute
voix comme si elles voulaient que j'entende leurs conversations, elles me dérangent
des jeunes rentrent dans le wagon et rackettent le portable d'un mec qui s'est laissé faire
c'était limite, il a coopéré
un garçon et sa copine se galochent devant tout le monde comme s'ils étaient seuls
Pontoise - Paris Nord, Nicolas

enfouie dans mes pensées un bruit surgit
l'alarme du train m'a fait sursauter
des cris m'assourdissent
je sens la panique qui arrive
mon premier mouvement: ouvrir la fenêtre
guetter ce qui se passe
un souci
Gaëlle

je prends le train, il est 14h, je vais voir une amie à Herblay, il pleut
presque personne dans ce train, les gens ne se parlent pas
personne n'a l'air heureux
je vais bientôt m'arrêter, j'ai trouvé le trajet long
je me suis ennuyée, les gens m'ont semblé tristes
si seulement il pouvait y avoir de la musique dans les trains ce serait peut-être
plus amusant, moins banal
puis je suis sortie: j'ai retrouvé mon amie
Argenteuil - Herblay, Yamina

 

séance dirigée par Christine Eschenbrenner