stage annuel d'écriture |
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| au théâtre du Rond-Point, stage annuel d'écriture avec François Bon pour 22 enseignants ou formateurs IUFM de l'académie de Versailles | retour
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mardi 16 décembre
2003 : une recherche d'intensité
"Il ne faut pas trop laisser passer la littérature." Ma proposition Artaud est rodée. En ce sens que je sais exactement ce que je cherche, pourquoi je le cherche, en quoi c'est neuf, et à quoi ce qu'on va débusquer par ce travail sur la seule notion d'intensité, en amont même de la fixation en genre, poétique ou narratif, en amont même de la fixation en phrase, juste capter un journal mental, l'appel avant la profération, comment ce qu'on va débusquer aujourd'hui sera toujours présent ensuite, quoi qu'on fasse, dans l'écriture de chacun, de la même façon que la fracture initiée par Antonin Artaud traverse l'ensemble du champ littéraire depuis un siècle. Ce qui n'est pas rodé du tout, c'est ma fascination à cet état sauvage de la langue qui va paraître, la richesse de ce travail d'épiphanie entre langage et mental, et combien se joue ici, pour chacun, une cellule primaire de rythme, de chant, qui signe la prise d'écriture de chacun. La commentatrice du groupe soulignera qu'elle n'avait "jamais vu passer autant de temps sur la lecture" (je le dis avec sourire, quand même!), eh bien oui: non pas que je cherche à théâtraliser, mais à entendre ce surgissement singulier d'un rythme, d'une syncope, d'un son. Et très troublé, aujourd'hui, par les notions sur les changements de vitesse dans l'intérieur du texte. Il faut dire que depuis le début de ces séances je parle à chaque fois du temps, et que c'est peut-être une préoccupation que je n'avais pas de façon si obsessive auparavant. Temps d'écriture d'Artaud, aussi, rapport à la dictée orale, notes de préparation de la conférence du Vieux Colombier etc... Toujours début boiteux: je m'imagine que tout le monde "sait" tout. Qu'Artaud est sur la table de chevet de chacun. Il apparaît que non. D'où ma réflexion demauvais goût, excuse publique et sérieuse, sur le décalage entre programmes d'agreg et qualité et innovation et implication des enseignants: oui, Perec, Artaud, Novarina, c'est ceux-là qu'il faudrait mettyre au premier plan de nos enseignements pour transmettre une langue "vivante". Cela dit, passons (Victor Hugo, L'Homme qui rit, livre II, chap X). Faute de disponibilité de la salle du Rond-Point, nous étions accueillis par les éditions Bayard, toutes voisines, grâce à l'amabilité de Frédéric Boyer et Laure Mistral, qui ont coordonné la Bible, nouvelle traduction à laquelle je suis fier d'avoir participé, malgré ma résistance initiale (Exode vient d'être repris en Folio, mon premier livre à 3 euros!). D'où l'autorisation que je me donne de placer en tête de cette page les mains de Saint Augustin écrivant, dans la fresque de Carpaccio (1502) de la petite chapelle St-Georges à Venise, celles et ceux qui ont partagé ce pélerinage en savent le mystère et la beauté. D'où aussi la liberté que je prends des photos ci-dessous, puisque l'exiguïté de la salle nous avait assigné à chacun position fixe, hors cette liberté des mains sur la page. Donc, Artaud. Et toujours cette belle phrase en incipit: "Se retrouver dans un état d'extrême secousse, éclaircie d'irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel." Et le texte Description d'un état physique, paru dans L'Ombilic des Limbes, accompagné de ses pré-versions et moutures successives, publiées dans les notes et brouillons du tome 1 bis de l'Oeuvre complète éditée par Paule Thévenin. A propos de Paule Thévenin et d'Artaud, et des attristantes controverses juridiques qui nous privent toujours de l'oeuvre d'Artaud, je vous recommande ce beau texte de Bernard Noël, hommage à Paule Thévenin: Artaud, corps à jamais imposthume. Une autre phrase d'Artaud, qui ne figurait pas dans mon petit montage photocopié, mais aurait pu, celle-ci dans le Pèse-Nerfs: "Mais c'est un couteau à mi-chemin dans les rêves, et que je maintiens au dedans de moi-même, que je ne laisse pas venir à la frontière des sens clairs." La proposition avait une incidence immédiate : travailler avec l'interdit de biographie, que rien dans le texte ne permette de remonter à l'événement source, ou à la part autobiographique convoquée dans la prise d'écriture. Je suis convaincu qu'il y a, dans la mise en avant de cette frontière dès la consigne, un enjeu important pour le statut de l'intime dans le travail collectif, le "écrire avec de soi" de Roland Barthes. Et que c'est à condition, nous, de présenter toujours clairement le statut de cette frontière qu'on peut emmener nos élèves dans ces lieux de littérature jaillissante qui nous requièrent en entier, mais où c'est l'interdit même qui devient générateur. Ce travail à partir d'Artaud je l'ai mené avec des détenus, des acteurs, des étudiants, lors d'ateliers en collège ou lycée j'ai pu en construire aisément des variantes à partir de Michaux, ou du beau texte de RIlke sur la peur dans Les Cahiers de Malte Laurids Brigge. "Il ne faut pas trop laisser passer la littérature", écrit Artaud, je crois que c'est pour ça qu'on a réussi cette séance. FB |
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| Description d'un état physique, un travail sur la notion d'intensité | ||
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Tout à
coup, le silence qui emplit tout le sommet de la tête, la vide de
toute possibilité de mettre en mouvement, d’associer des
idées, |
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| rien bruits de palpitations dans les oreilles, cœur qui bat trop vite retrouver un certain calme, ne plus écouter, ne plus entendre je voudrais mais je ne peux pas silence gorge serrée, estomac noué tout pique, milliers de pincements partout, envie de hurler, voix à peine audible je voudrais mais je ne peux pas vide impression que mes côtes pénètrent mes poumons respirer encore malgré tout, désir de violence, peut-être de meurtre je voudrais mais je ne peux pas je n’ai même pas peur je crois que j’ai disparu CV - LC |
un ralentissement du geste étonnement de la vitesse des choses
extérieures |
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Je n’ai pas mesuré. Lui si, en tout cas à son aune personnelle. Je n’ai pas mesuré et je paye. Souffrance indicible tellement elle est inattendue. Il n’a pas vraiment voulu, il a cédé à une faiblesse que je n’avais pas soupçonnée. Faiblesse ou force ? Impuissance ou dureté enfin exprimée ? Pas de langage en tout cas, mais ça je savais. Le geste est arrivé seul, apparemment incontrôlé, et je ne sais plus où je suis. Mon corps lui est involontairement soumis, mais moi je ne suis plus là. Mon corps seul est vaincu, ma tête reste dans son propre désir, dans sa propre envie. Entêtement ? Inconscience ? Mobilisation d’un mental enfantin sans limite et sans borne, rien ne l’arrêtera, même le geste impromptu, même la séparation provoquée du physique et de l’esprit. Je me retrouve ‘hors de moi’, qu’il fasse ce qu’il veut, ça ne me concerne plus de toute façon. Je ne sens plus rien. Ça ne peut pas durer... BF Retour au lieu des odeurs quand on quitte momentanément les autres qui continuent de raconter, de se raconter. Cette sensation que l’on est de côté,ici, mais ailleurs. Se dire qu’il faut les rejoindre rapidement, mais l’esprit n’est pas là, sans volonté d’y retourner et pourtant c’est tout près, à deux pas. Et puis, cette situation que l’on a pas voulue mais qui peut devenir ridicule. Les gestes rapides, comme décalés de la pensée qui elle est lente, car elle n’a pas envie…. Doucement pourtant, la montée d’un sourire intérieur qui vient jusques aux lèvres et se diffuse malgré soi dans tout le corps et qui se brise en rire fou pour soi, minuscule d’abord, mais qui enfle tant que c’est impossible de le contenir. Et ultime la sensation d’exploser avec le rire intime maintenant sans retenue qui fait face aux regards inquiets, interrogateurs. CL |
La banquise ! S’engouffrer sous la glace péniblement mais
s’enfoncer dans l’obscurité jusqu’à toucher
le fond. |
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Lumière saccadée fondu au noir distorsion du temps et de l’espace zoom avant flou frontière indéfinie des images et des mots chaos écho Mon je est ailleurs dessus dessous autour partout loin et près à la fois au delà de moi me remplissant à m’en faire exploser la peau distendue de trop plein de moi Écouter ma bouche parler ma main bouger mon pied avancer rester en suspens attendre la suite perdue dans l’autre moi Penser les mots les laisser se perdre les sentir bouger et mourir dans ma bouche et revenir dans ma tête ou celle de l’autre je ne sais pas M’écouter me dire des mots informes infâmes. SP |
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être donné en pâture.
Connaître de la chair sa labilité. Moment où chaque
parcelle comme hachée cesse de tenir à soi, tombe même
pas en déchet mais en flaque sans nom ni os ni muscle.
Brutales, la montée de chaleur intense dans la tête, la
sensation d’engourdissement des membres. Dépossession de
toute volonté. |
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Nuit, nuit, absolu d’obscurité. Corps dispersé
dans son apesanteur. Lévitation neuronale. Aberration physiologique.
Angoisse intolérable : plexus tordu, estomac en vrille, boyaux
noyés, pieds étrangers. Froid s’insinuant du sommet
du crâne jusqu’au sacrum. Incessant mouvement de bascule,
perte du centre de gravité, plus d’en soi, plus de hors
soi. Peur de la mort, évidemment imminente, ardemment appelée
pour conquérir l’oubli. Langue définitivement scellée
à la voûte du palais, tombeau intérieur, asile éphémère
et vain. |
nuit en-tête élan sans rien à
voir qui entraîne qui ça va vite à l'intérieur tant il fait nuit la nuit parapluie pour barrer le passage de la pluie glace trouant le front accentuée par tous les retards pris précipitant le coeur son battement la fuite en avant jamais à l'heure pour le chant il disparaît avant de partir c'était le cri leur peur que j'aille trop loin mais encore aveugle dans le noir quittant le rempart du trottoir du crâne sous la boue courir poursuivie par lui au milieu de la rue qui descend à toute allure et tout déborde la nuit m'emplit toute et m'allaite plongée dans l'impossible à deviner et ce corps sans contours en tête fondu en pleine nuit finie la proie du cri et c'est justement là le choc par derrière l'engin aveugle le corps déjà englouti la tête cognée doucement retombée au bord d'un oreiller dur trottoir sous lequel court vite l'eau du caniveau dans la tête et la phrase flotte je suis tombée délicieuse par terre c'est la faute au chant lui-même qui coule d'ailleurs je peux le toucher la phrase c'est tiède je la regarde dedans toute rouge s'écoulant reste entre l'eau du dessous et tout ce qui reflue sans que rien ne bouge ne pas me retrouver ne rien allumer ne me transporter nulle part me laisser la tête au bord à l'abri de rien en éclats le cri rejoindre sans bouger le creux sombre rouge dans l'enveloppe du crâne une coquille de noix presque ouverte laisse la moi laisse moi là CE |
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Éblouissement où le cri s'abîme
dans la morsure de la langue Paralysie de tout frémissement de la peau, Mouvement étranglé dans bégaiement ____suspendu. |
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Acier incandescent transperce la gorge douleur
tenace incontournable entre deux épines cervicales. Impossibilité de lâcher cette tenaille pointue lacérant chaque cellule chaque nerf. Percussion du battement des veines en toute surface de peau. Le sol ondule sous le séisme de la torture physique. Nausée âcreté remontant du creux du nombril traversant l’estomac l’œsophage arrachement des tréfonds. Image de la peau du lapin écorché vif. Spasmes. Plus bouger. Du tout. Crucifiée. Brûlure du glaive de droite à gauche. Epuisement corps vrillé froid abandonné de vie. Roulement de migraine des yeux vers les épaules de bois. Arrêt des pensées autres que la présence entière à la perception de l’incandescence destructrice. Yeux tirés sous les yeux tendus mobilité perdue. Tête lourde pesante, plomb dans la paume de la main la retenant sur le corps. Impression de vie ténue face à l’ampleur de l’énergie à déployer pour continuer encore un jour, une heure. Pouvoir me lever. Encore un peu, à quoi bon ? Mais quand même, et comment ? Encore un peu. Forces aspirées tornades dans l’entonnoir vers le centre de la terre, plus du tout. Lumière opale, brouillard devant, sur les côtés. Plus la force de bouger ni articuler. Rien. MR |
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