stage annuel d'écriture

au théâtre du Rond-Point, stage annuel d'écriture avec François Bon pour 22 enseignants ou formateurs IUFM de l'académie de Versailles

retour sommaire et accueil
archives : séance 1 _ séance 2_séance 3_séance 4_séance 5_séance 6_ séance 7_séances8/9_séances 10/12 (ci dessous)

 

journal de bord, séance 10/12

Je ne tiens pas mes promesses, à avoir laissé le site silencieux pour quelques séances?
Pas si simple. D'accord, quelques échéances personnelles lourdes, en particulier pour l'exercice de risque qu'est une pièce de théâtre, surtout quand elle sera donnée à Avignon. Et l'ensemble de mon travail sur Daewoo, récit avec théâtre inclut, pèse 270 pages, dans ces dernières semaines avant remise à l'éditeur c'est un corps-à-corps physique, et si chaque livre n'exigeait pas de nous plus qu'on ne sait faire, qu'on a précédemment fait, ça ne vaudrait pas...
Il y a aussi que notre exploration est moins raisonnée, plus libre, que les textes en grossissant s'écartent du format montrable sur Internet, sont de plus en plus personnels, non en ce qu'ils dévoileraient ou exhiberaient ce qui ne concerne pas la collectivité, mais d'un engagement et d'une recherche qui les éloigne du démonstratif.
A preuve la dernière séance, que je propose ci-dessous en téléchargement PDF:
Ainsi les voyages se comparaient...
Et je défie quiconque de retrouver, dans ces douze textes qui me sont ce dimanche soir parvenu, l'énoncé de la consigne préalable, quand bien même on avoue avoir consacré la séance à un grand auteur d'aujourd'hui, Pierre Bergounioux...
Alors je retourne au silence, histoire aussi de préparer la séance d'après-demain. NoEt le compte rendu de la séance est confié à Sylvie...
Une expérience à renouveler, avec quelqu'un d'autre, la semaine prochaine?
Je suis pour!
F


9 mars 2004, théâtre du Rond-Point, échange préalable avec Patrick Souchon sur les réinvestissements du stage dans les pratiques d'enseignement, et la question évidemment première: ce qu'apporte l'écriture créative à l'élève - l'éditorialiste ci-dessous est ci-dessus, à gauche de la photo de droite

 

Par quel bout prendre ce bon sang de truc...

Salles de théâtre ou réduit aux néons blafards au gré des disponibilités. Difficile de changer de lieu, de changer d’univers pour écrire. Retrouver les repères, les respirations du lieu, la place des fesses sur la chaise. Remise en cause permanente. Outil d’écriture aussi peut-être. Abandonner le ronronnement de la musique qui s’installe dans les salles, les images, toujours les mêmes qui se cachent derrière un rideau. Aller explorer l’ailleurs. Prendre des risques.

Au fond du bar, à droite lieu de rendez vous des piliers (de bar), près des toilettes, parce que tout le monde y passe avant de se jeter dans la gueule de François.

Début toujours chaotique. Par quel bout prendre ce bon sang de truc, qu’ils doivent tous connaître par cœur. Pas dire qu’on connaît pas, pas passer pour une abrutie. Tout le monde se regarde, terrain de la connaissance minée. Difficulté du prof à admettre que y’a des trucs qu’on sait pas. Difficultés à suivre les phrases, sans fin, sans début non plus. Les mots qui vont pas assez vite dans sa bouche , les mots qui sont mieux dans sa tête, qui courent sur les lignes de la pensée et toujours à la traînent pour passer à l’oral. Chaque mot qui parvient à franchir le seuil de ses lèvres interpelle immédiatement une autre histoire d ‘écrivain, une autre vie, chemin détourné qu’on emprunte dans un tête à queue crissant, épingle à cheveux de la pensée. Oublier l’histoire d’avant, mais quand même, et après, qu’est ce qui se passe ? ben oui faut finir, volte face, marche arrière, laisser tomber la nouvelle histoire revenir à la précédente ou encore celle d’avant ou celle d’un autre jour passé ou à venir. Comment leur dire, comment les faire entrer là dedans. Les laisser se jeter, laisser le mot en suspens dans notre tête, laisser nos mots s’installer à la place. Pas besoin des siens. On comprend pas tout, on comprend pas où il veut nous emmener mais le laisser nous perdre sur la musique des mots, la souplesse indomptée des phrases ou alors résister aussi. Déclencher l’idée et mettre en marche l’acte, celui dans lequel on va se jeter quand le temps imparti de François sera dépassé. Sentir monter le sentiment de frustration du quand est ce qu’il va s’arrêter ? L’envie d’écrire, le besoin impétueux qu’il se taise, que tout ce qu’il a entassé en moi, tout ce qu’il a comprimé depuis une heure, déjà une heure, puisse exploser. Et lui qui n’arrive pas à lâcher le morceau, peur de ne pas nous en avoir assez dit ou alors trop ou alors mal. Tant pis, trop tard, s’en remettre aux mots des autres, aux mots de la feuille, aux textes supports. Bouée pour comprendre ce qu’il veut vraiment, et puis finalement laisser tomber la feuille aussi, toujours pas compris, faire confiance à mes mots, faire confiance à la soupape qui s ‘est mise en route depuis déjà de longues minutes, mots convoqués entassés éparpillés qui se mettent à tourner, à se chercher, à se trouver dans la tête. Jetés sur une feuille, rayés. Combat interne. Dans la tête. Sur le papier. Destruction rageuse, d’un trait, de tout ce que je viens d’écrire. C’est pas ça les mots qui tournent dans ma tête, c’est pas ça qu’ils veulent dire. J’ai oublié la proposition de François, elle est quelque part, là dedans, en vrac, mélangée à tout le reste. Mais c’est ce reste que je cherche, que je veux voir sur la feuille. Mais quand même, François, sa proposition. Ecartèlement de la création. Voir les minutes passer, s’approcher du fatidique retour au groupe. Etre de plus en plus convaincue que je suis encore en dehors de la consigne. En plus c’est pas les bons mots, trop court, pas le temps de réécrire, de trouver, de digérer, de faire le tri. De me retrouver. Passer en premier cette fois ci comme ça pas possible de comparer. Raté, elle y va avant moi. Elle lit. - c’est tout à fait ça que je voulais - ah !

Sylvie Planchard