stage annuel d'écriture

au théâtre du Rond-Point, stage annuel d'écriture avec François Bon pour 22 enseignants ou formateurs IUFM de l'académie de Versailles

 

 

écriture créative et enseignement: pratiques, enjeux, expérimentations
du 18 novembre 2003 au 1er juin 2004, au théâtre du Rond Point - 20 séances, chaque mardi 14h-17h
à l'initiative du rectorat de Versailles - délégation académique à l'action culturelle (Alain Moget, Patrick Souchon) en partenariat avec le Rond Point des Formations (Jean-Daniel Magnin, Bruno Allain) et l'IUFM académique (Joël Paubel), ainsi que le CNDP/département Art et culture (Henriette Zougebi), que nous remercions
Code inscription : 03A0250527 - Code regroupement : 5241L3 - Organisme : IUFM-DAAC
objectifs : Favoriser la pratique de l'écriture créative afin de mieux en appréhender les enjeux et de mieux situer la place qu'elle peut occuper dans le parcours des élèves
contenus : Elaboration de textes variés sous la conduite d'un ou de plusieurs écrivains. Travail de recherche (rapport de stage) portant sur les réinvestissements envisagés dans le cadre professionnel.

autres ateliers en ligne :
au lycée polyvalent Nadia et Fernand Léger d'Argenteuil
atelier mené par François Bon et Christine Eschenbrenner
actualisé chaque semaine

le journal de bord
chaque semaine, un parcours dans la séance proposée, des extraits de textes, avec photos et commentaires

retour François Bon, tierslivre.net

 

journal de bord, séance 14:
du visage

archives : séance 1 _ séance 2_séance 3_séance 4_séance 5_séance 6_ séance 7_séances8/9
_séance 10/12_séance13__séance 13 (ci dessous)

 


Edward Munch, autoportrait (vers 1903)

Le pourquoi d'une séance d'écriture est parfois obscur à soi-même.
Je sais ce qu'à cet endroit je cherche, lié peut-être à mes propres problèmes, depuis gosse, liés à la reconnaissance des visages, alors que ma mémoire d'un texte lu ou d'une conversation entendue est parfaite, jusqu'à être encombrante.
Je sais l'enjeu que ça représente littérairement, par exemple l'irruption du visage chez Rabelais, par exemple la tentation Lavater chez Balzac, et le mystère qui s'y associe: toujours, lisant, le visage absent du livre est le tunnel, ou le biais, ou le miroir, par quoi nous-mêmes entrons en lecture et y construisons la projection, identifiante ou bâtisseuse d'étrangeté (Entfremdung encore?).
Je sais ce qu'il en est pour les peintres, dans l'obsession de Rembrandt à se peindre, dans les distorsions de Bacon telles que les a analysées Gilles Deleuze, ou bien dans ma récente découverte des autorportraits photographiques d'Edward Munch.
Mais je sais surtout qu'à cet endroit-là le langage cesse, ne peut que désigner vaguement un au-delà de lui-même.
De tout cela donc j'ai parlé, maladroitement ou pas, en tout cas c'est précis pour moi, de mardi à samedi, le silence qui m'était accordé pour que je boitille ou bégaie un peu plus loin dans cette quête.
Ensuite, il y a ce que je cherchais, plus volontairement, par et pour la langue.
La nécessité d'être ensemble en Jabès. Et merci, Arnaud, d'avoir amené le beau livre "Portraits" que la BNF a consacré à Edmond Jabès. Nous en avons évoqué les traces, les principes, l'enjeu particulier ou le statut de la non-image, celle du dieu, celle du livre.
M'intéressait aussi le fonctionnement même de jabès. Qu'une écriture du fragment n'est pas une écriture éclatée, ou dispersée, une écriture de variantes. Mais que ce qui constitue le fragment c'est cette distance qu'il inclut, dans son écriture, sa clôture, ses bords, pour coexister avec les autres du texte. Qu'à travailler sur la miniature d'un chapitre de Jabès, nous travaillions sur la discontinuité du livre, et cette tension au profond qui l'organise.
J'ai insisté, à propos du petit montage texte que j'ai distribué, sur cette phrase titre de Jabès: "Jamais je n'ai cherché à décrire votre visage." Il s'agissait bien de vous abandonner à l'impossible.
Ce qui m'a ému, à la lecture des textes, c'est comment tout cela s'était déplacé, et avait fait naître une autre problématique. Le visage dont il était parlé était au-delà du visible, n'était qu'un horizon du texte. Mais chaque texte, chaque "vocable" du texte, laissait émerger la voix nue. Le dire même de la voix, adressé à l'autre. L'autre absent, l'autre sans visage. Pour la première fois dans ce stage, émergeait la pure notion de voix, à partir de quoi tout dans écrire est permis.
FB

à suivre ci-dessous : pour la troisième fois, les réflexions en cours dans le groupe, l'approche de Monica Lévy pour notre édito.

Et bien sûr les textes, mais en téléchargement PDF pour une mise en page qui les honore : Du visage, à partir d'Edmond Jabès

 

l'édito: Monica Lévy
l'éditorial est confié chaque semaine à un des participants
Monica Lévy enseigne les mathématiques à Mantes-la-Jolie
S’il est vrai que je ne ressens pas les membres de l’atelier comme formant un groupe, je me suis sentie dès le départ très bien accueillie par tous. Je m’y sens reconnue, à la fois au sens propre (j’ai l’impression que tout le monde connaît mon prénom), mais également reconnue comme membre à part entière de l’atelier, malgré mon statut marginal et malgré ma timidité, et cela je voulais tous vous en remercier.
Cela a déjà été dit, mais je pense aussi que la disposition en rangées, et l’éloignement lorsqu’on écrit ou qu’on lit nos textes, sont des freins à la création d’un esprit de groupe, malgré l’écoute attentive de tous. Dans les autres ateliers d’écriture auxquels j’ai pu participer, on se voyait travailler, ramer, on s’entendait respirer, soupirer, on percevait les expressions des visages quand on lisait ses textes… . Je ne cherche pas à dire que le groupe aurait besoin d’être fusionnel pour se sentir « groupe », mais sûrement de partager plus que ce qu’il ne le fait actuellement.
Ce qui m’a le plus gêné, c’est la difficulté que nous avons à accepter que les autres ne fonctionnent pas comme nous. Certains ont besoin de pauses, d’autres de continuité ; certains avancent mieux dans l’action immédiate, d’autres dans la prise de temps et de recul ; certains ont besoin de dire, d’autres d’observer ; chacun son style, comme dans l’écriture ! Cela fait partie de notre richesse. De plus, nous arrivons chacun avec un passé différent par rapport à l’écriture et aux ateliers d’écriture. Et il me semble que chacun s’est bien investi dans l’atelier, là encore chacun à sa façon.
C’est vrai que quand François demande qui veut lire son texte, et que ce sont toujours les mêmes, et qu’il faut « envoyer au tableau (ou à la scène) » les autres (dont moi), j’ai un peu honte de moi ! Je me dis que je devrais me lancer, que c’est pour cela que je viens. J’ai essayé d’analyser mes réactions et j’ai repensé à un texte que j’avais écrit dans l’atelier d’écriture de mon lycée sur ce que représente pour moi le fait d’écrire. Je vous le livre :
ECRIRE ce que je ne peux vous DIRE en face.
Gommer les mots malhabiles pour trouver le mot juste.
Conserver en cachette mon brouillon tâché de larmes et recopier sur une feuille propre et sèche des mots assurés et percutants.
Pouvoir m’exprimer malgré cette émotion qui me coupe la parole, ne pas craindre d’avoir à gérer vos réactions : sphère intime de l’écriture, sphère intime de la lecture.
Me mettre à distance pour mieux me mettre à nu.
En relisant cela, j’ai mieux compris mes réticences . En fait, pour moi, écrire, ce serait presque le contraire de dire . Et où se situe le lire entre le dire et l’écrire ? Je ne sais pas trop ; mais pour moi , il y a un nœud. Et pourtant, la lecture représente le moment clé de l’atelier : c’est le seul moment de partage, et le seul moment où on a un retour de François sur ce qu’on a écrit. Si je n’avais jamais lu mes textes, j’aurais moins avancé dans cet atelier, puisque, pour la première fois, j’ai retravaillé des textes, suite à des remarques de François, et pour moi, c’est la découverte d’une nouvelle dimension de l’écriture.
Quant au sujet de recherche, je suis bien embêtée ! En effet, je ne réinvestis pas mon expérience d’atelier d’écriture dans ma pratique pédagogique de prof de maths. Patrick Souchon a voulu à tout prix me faire dire que je l’utilisais dans le travail de textes mathématiques, mais ce n’est pas le cas. Je travaille en équipe interdisciplinaire entre autres sur le sens des mots, et comme tout prof de maths, je travaille sur l’écriture rigoureuse d’une démonstration ou la rédaction d’un devoir, mais dans ce travail, je n’utilise ni la littérature contemporaine, ni une démarche d’atelier d’écriture.
Jusqu’à cette année, j’avais réinvesti ma pratique d’atelier dans une co-animation, au sein de mon lycée, d’un atelier d’écriture. Cette année, ce n’est même plus le cas, puisque, cette année, le proviseur n’a consacré aucun créneau horaire à l’atelier (les deux années précédentes, il y avait un créneau de deux heures banalisées pour les activités périscolaires), et le seul créneau que mes co-animateurs ont réussi à se trouver en commun avec quelques élèves (3 cette année au lieu d’une douzaine les autres années), c’est le mardi midi, et je suis à Paris pendant cette heure.
J’avais pensé, au moment de l’inscription au stage, écrire sur les liens entre l’atelier d’écriture et l’atelier théâtre du lycée, mais le prof qui avait prévu l’an dernier de participer aux deux et de lancer des passerelles entre ces ateliers a cours sur le créneau de l’atelier d’écriture.
Je crains même que sans effort du proviseur pour ménager un créneau l’an prochain, l’atelier d’écriture du lycée risque de péricliter.
J’avais quelques autres pistes en tête pour un thème de recherche, mais je ne me sens pas capable de les développer sérieusement :
- En quoi la participation à un atelier d’écriture peut-elle être utile à un élève dans sa scolarité?
- Pour les enseignants, pourrait-on imaginer des séances d’analyse de pratiques via un atelier d’écriture créative ?
- Pour les profs principaux, peut-on utiliser un atelier d’écriture en heure de vie de classe ?
- Quel est l’intérêt d’avoir des animateurs d’atelier d’écriture qui ne soient pas (ou pas que) des profs de matières littéraires ?
Personnellement, c’est pourtant bien dans une démarche de réflexion pédagogique que j’ai participé à mon premier atelier d’écriture. C’était dans le cadre des Rencontres d’été du CRAP- Cahiers Pédagogiques. Ces rencontres ont lieu chaque été, pendant une semaine, au mois d’août. A l’inscription, on choisit un thème et une activité. L’atelier thème est un atelier de réflexion et d’échanges de pratiques ; quant à l’activité, il s’agit à la fois de s’y détendre, mais aussi de s’y placer en situation d’apprentissage. Il est conseillé de choisir une activité où l’on se mette un peu en difficulté ; cela permet de se retrouver un peu dans la peau de « l’élève en difficulté », et d ‘analyser ensuite ce qu’il s’y passe (ses propres résistances ; celles des autres ; comment s’y prend l’animateur…). C’est ainsi que je m’étais inscrite à l’atelier d’écriture : l’écriture type dissertation, compte rendu ou synthèse ne me posait pas problème, mais l’écriture créative me paraissait inaccessible. Je me suis régalée ! A d’autres occasions, j’ai de nouveau participé à des ateliers d’écriture lors de rencontres du CRAP. Mais sans le réinvestir directement, ni dans ma pratique professionnelle, ni dans mon temps de loisir, jusqu’au jour où une collègue de lettres à voulu monter un atelier d’écriture au lycée et ne trouvait pas d’autre prof de lettres pour le préparer et l’animer avec elle. Je me suis alors proposée, et voyant cela, d’autres collègues « non littéraires » (sciences éco, sciences médico- sociales),n’ayant même jamais eu une pratique d’atelier, se sont joints au groupe de pilotage.
Je pense vraiment que le fait que le groupe de pilotage ait été d’une aussi grande variété a été vécu comme rassurant par les élèves et nous avons eu des participants de tous horizons (seconde générale, 1ère générale, Terminale STT (tertiaire) et SMS (médico-sociale) et BEP). Cette année, les animateurs ne sont plus que deux (lettres et art plastique) et les participants uniquement des élèves de la filière L.
Il est encore trop tôt pour faire un bilan du stage, mais je pense que, pour moi, un des apports principaux, outre le fait que j’apprends à retravailler mes textes, sera de me rendre plus autonome dans l’animation d’un atelier.
La plupart des ateliers d’écriture auxquels j’avais participé auparavant n’étaient pas vraiment basés sur la littérature, sauf peut-être celui qui a eu lieu (toujours dans le cadre des Rencontres du CRAP) à l’été 2002, intitulé « Sur les traces de mes lectures d’enfance » (la lecture des textes de la dernière séance m’y ont fait penser ). Je pense y avoir franchi une première étape d’autonomisation, car lors d’une séance, je me suis autorisée mon premier (léger !) détournement volontaire de consigne, moi qui suis plutôt hyperscolaire et obéissante ! Nous avions travaillé sur le livre de Jean-Hugues Malineau intitulé « Les couleurs de mon enfance » (L’Ecole des Loisirs), et il fallait écrire un texte sur ce thème en gardant une structure similaire à celle du livre. N’étant pas du tout inspirée, je suis finalement partie sur les matières au lieu des couleurs (voir texte en annexe). Après coup, cela paraît idiot, mais j’avais vraiment l’impression de braver un interdit !
Mais c’est le travail sur la langue et la structure de la langue , en lien avec la littérature contemporaine, dans l’atelier de François Bon qui ont déclenché chez moi l’envie de prendre un livre, de voir ce que j’y trouve d’original et, à partir de là, de penser une séance d’atelier. Jusqu’à présent dans l’atelier du lycée, soit je proposais des séances que j’avais déjà moi-même « subies » , soit je me reposais sur la collègue de lettres pour trouver d’autres idées.
Il me reste donc à me battre dans mon lycée pour que l’atelier d’écriture puisse encore exister et qu’il ait les moyens de fonctionner correctement, afin que cette année de stage payée par l’Education Nationale ne l’ait pas été à perte (pour eux, car pour moi, ce ne sera pas perdu !).