CYCLE

la machine à lever te retourne CYCLE un tour en arrière à la périphérie CYCLE le tambour de la machine à laver si longue du lavomatique tes yeux exorbités qui s’embarquent dans la course du linge sidérés saturés en  pause double salto faire retomber brusquement le souffle et l’aplatir avant le départ CYCLE urgent le retour vers les sources du cercle pointilleux CYCLE les humeurs qui s’égouttent au fil du goutte à goutte lentement se tarissent se dessèchent et s’arident CYCLE toujours ça s’étiole et ça meurt ne plus jamais revenir CYCLE perdus à jamais le goût et l’appétit perdus pour longtemps l’envie et l’allant CYCLE la folie furieuse qui revient bouillonner tourbillonner les sens réabsorber du monde CYCLE les tracas les emmerdes le piétinement continu des autres sur nos ombres CYCLE de nos hanches qui s’offrent  de nos flancs qui se prêtent de nos cerveaux qui s’apaisent CYCLE le manège à sensations chercher fouiner dans tous les coins les recoins renifler les replis extraire les substances souffler dedans les regonfler CYCLE ne plus y croire vraiment c’est parti on ne sait où est ce que ça valait vraiment le coup CYCLE se renfrogner se rencogner s’enfreindre et se trahir CYCLE le mépris et l’errance le rassemblement des morceaux léchages des plaies intenses sutures singulières CYCLE la poussière qui recouvre même les élans les plus féroces t’as beau souffler dessus elle reste CYCLE les spirales qui emportent un poil plus loin cheveu après cheveu CYCLE l’ailleurs qui revient nous faire croire à l’inconnu CYCLE le gouffre qui s’ouvre à explorer un infini palpitant devant nos pieds novices devant nos yeux crédules CYCLE rebondissant de plus en plus vite de moins en moins loin on voit la trace au sol de la chute attendue qui ne fait plus surprise CYCLE le ramassage épars la traque des fragments les recollages en règle CYCLE décollage imminent du rêve à ras de sol CYCLE le détail éventré qui coule et dont on se repaît qu’on repasse à foison qu’on lisse avec nos doigts sous toutes les coutures CYCLE les confitures des jardins prolifères CYCLE les années tous ces mois à gravir jusqu’au sommet d’été pour redescendre ensuite aux tréfonds de l’hiver CYCLE les fatigues et nos pieds qui se traînent CYCLE ce qui palpite s’agite et s’assagit CYCLE la colère qui gronde dévaste et creuse les sillons de l’abandon promis CYCLE les paysages à modeler les contours ronds à dessiner CYCLE les arêtes et les failles l’épuisement et les crachats CYCLE le désespoir et les griffures lacération de l’âme impure CYCLE aller toucher la lune adorer le soleil CYCLE se rebrûler les ailes reperdre la mémoire CYCLE se lever doucement gémissant pas trop fort juste un peu en soi-même CYCLE la dignité les murs que l’on fabrique pour s’écouter pleurer CYCLE toutes les histoires belles tragi-comiques cruelles envolées passionnantes merveilleuses et charmeuses contes de fées contes à vomir et faits divers CYCLE la peinture qui s’écaille la réalité crue qui prend ses aises CYCLE la violence un sourire une baffe un soupir un pardon des regrets et des larmes CYCLE les uns les deux les trois et les inaccessibles CYCLE les courts les longs les maîtrisés les sinueux CYCLE de nos circonférences et de nos à côtés CYCLE le sang CYCLE les frissons CYCLE les œufs et les déjections sales des corps qui se déversent CYCLE le berceau et la tombe mais pas CYCLE l’entre-deux ou plutôt CYCLES mini-CYCLES dans le grand CYCLE la draisienne qui avance ça tourne pas vraiment rond mais ça persiste on fonce dans le tas sans respecter le CYCLE qui résiste la loi du CYCLE qui veut que tout s’enroule se rencontre et s’en mêle on taille dans le vif on explose le CYCLE avec nos pieds d’humains et nos visions si lentes qui regardent le sol ou le bout de nos nez CYCLE et rétrospective petit bond en arrière vers le point du départ CYCLE faire le bilan ramasser les indices remuer la marmite espérer un miracle CYCLE repartir d’un bon pied et pas toujours le même CYCLE vouloir rester couchée se vautrer dans du rien et voir tourner les mouches mais CYCLE quand la machine à lever te retourne

A propos de Stéphanie Rieu

J'ai 44 ans et à ma grande stupéfaction, je vis en Lozère depuis maintenant quinze ans. J'ai souvent pris des trains en marche pour le plaisir de l'aventure ce qui m'a permis de pratiquer différents métiers tout aussi passionnants les uns que les autres et toujours en lien avec l'humain. Il y a quelques années, je me suis formée à la biographie familiale avant de réaliser que c'était sur ma propre matière que j'avais envie de travailler. J'ai donc intégré "Les Ateliers du Déluge", où, avec d'autres compagnes d'écriture, nous formons un ensemble insolite, disparate, joyeux et déluré, ne reculant devant aucun défi, ni prise de risque (y compris celui de s'inscrire sur les ateliers en ligne du Tiers-Livre !). Aujourd'hui, j'essaie de prêter une oreille attentive à ce qui m'anime : écrire, cuisiner, lire, accueillir, jardiner afin d'oser aller à ma rencontre. Malgré les efforts incessants que je déploie pour essayer de réfléchir sérieusement à mon avenir, je ne sais toujours pas ce que je voudrais faire quand je serai grande.

4 commentaires à propos de “CYCLE”

  1. Cette « dignité des murs que l’on fabrique pour s’écouter pleurer » me confond… et brise mes fondations… Je t’ai retrouvée donc !

  2. Rétroliens : proposition #02 | un parpaing de phrase – Tiers Livre, les ateliers en ligne

  3. Saisissant, je vais essayer un vilain jeu de mots, je me sens « essorée »! Quelle puissance de l’écriture! Quelle force! La roue tourne parfois, dit-on, dans le bon sens…