DÉRISOIRE

Et puis c’était DÉRISOIRE des kilomètres et des kilomètres de mots hectolitres de slime grincheux et ternes chasseurs de fantôme DÉRISOIRE contrat social bafoué provocations stupides ligues des invectives stériles ne faisant en rien avancer le shmilblik DÉRISOIRE bruissement d’ailes d’un papillon en train de cuire sur le gravier de l’allée baignée dans l’ultraviolet thermostat affolé empreinte carbone plus de pluie sur Tokyo plus de pluie sur New-York théorie de l’ultra-chaos généralisé des conditions générales de vente des droits de rétractation DÉRISOIRE recherche du bon terme de ce qui sied de ce qui rend de ce qui donne bien de ce qui est bien droit bien fait bien dit bien lisse bien rangé bien comme il faut bien commun spolié détruit bousillé DÉRISOIRE vie instagramée contre-tweetée amas de stories stylistiques ultra-filtrées ultra-plates ultra-médicamenteuses DÉRISOIRE autocollant antifa sur des tronches de tract de sourires rassurants sensiblement identiques des mecs et des meufs comme tout le monde peuplant les assemblées réservées les places de parking privées les premiers arrivistes premiers servis première classe top du top fin du fin crème de la crème brûlée DÉRISOIRE ballade pop entêtante one hit wonder clôturant concerts dans des salles de moins en moins belles en moins remplies en moins ultra-top en moins pignon sur rue DÉRISOIRE retour sur désinvestissement graduel c’est fini ce temps là maintenant je fais le minimum bonjour au revoir et merci DÉRISOIRE linoléum oublié dans un recoin de la tête qui ne vit plus qui calcule qui argumente qui pérore jusqu’à plus soif envisage ses options fera le bon choix DÉRISOIRE ours en peluche marron abandonné à son sort à la poussière doudou pourtant inséparablement indissociable jusqu’au treizième été DÉRISOIRE obsession de justice sociale qui n’a jamais été DÉRISOIRE marronnier sur fenêtre sur cour sur chassé-croisé entre juillettistes et aoûtiens DÉRISOIRE grand remplacement entre sachet en plastique et filet réutilisable que tu dois payer pour y mettre tes fruits légumés au grand magasin béni soit-il DÉRISOIRE besoin de prendre la parole s’exprimer dire démontrer de manière éloquente pour bien montrer qu’on était là oui on y était puisque je te le dis exprime démontre et que je te prends la parole de manière ultra-éloquente à cette fin DÉRISOIRE promesse pour toujours et à jamais jusqu’à la fin des fins paramount metro goldwyn mayer et tutti quanti DÉRISOIRE ours polaires sur banquise friable z’avaient qu’à prévoir z’avaient qu’à souscrire z’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes z’avaient qu’à c’est tout et puis voilà.

A propos de Jérémie Tholomé

Né en 1986, Jérémie Tholomé est un poète de lutte et un travailleur social habitant à quelques encablures de Charleroi. Depuis 2016, il anime des ateliers d’écriture et participe aux scènes slam belges sous le blaze “L’Harmonica”. Il fait partie des finalistes de l’édition 2019 des Prix Paroles Urbaines. Son premier recueil, “Rouge charbon” est paru aux éditions maelstrÖm reEvolution - disponible en commande à la Librairie Wallonie-Bruxelles (http://www.librairiewb.com).

2 commentaires à propos de “DÉRISOIRE”

  1. J’étais passée à côté (tellement à lire par ici), je suis pas à l’aise dans le commentaire mais j’aime beaucoup ce dérisoire.