ICI

Sois là, sois juste là. Oulala c’est où, là ? Suis ICI je crois, peut-on être ICI et là ? Peut-on être ICI et là,  four et Jardin, cour et moulin ? Peut-on les petons bien ancrés ICI être aussi là ?  ICI, fait chaud dis-je.  (Jusqu’ICI tout va.) Mais l’autre répond : Ah ICI plutôt frais. Où ICI ? ICI où? Croyais qu’il était là et maintenant il est  ICI alors que pas là. Savez-vous qu’ICI vivent des gens qui ne sont  pas d’ICI et d’où donc ? D’Asie d’Afrique ou d’Amérique de là-bas Là-bas est vaste mais ICI est petit Juste à mes pieds Où ?  là juste là je croyais ICI… Oui, c’est ça, là Ce tout petit ICI dessous moi là est plus loin qu’ICI je vous écris d’ICI où vous n’êtes pas toute convaincue pourtant d’être ICI aussi qui est là-bas Vous me répondez ICI alors que vous n’êtes pas là ICI Londres ICI Paris ICI Moscou et sont tous là sur mon écran tous ICI chez moi D’ICI à là il y a une sacrée distance d’ici-là n’est qu’une question de temps… ICI vous suit comme votre ombre si vous vous retournez ICI aussi si vous avancez d’un pas ICI vous suit pas à pas Je suis ICI il m’aura pas ! On ne peut pas plus marcher sur ICI que sur son ombre on marche avec on transporte ICI sous nos pas Non? Si. Regardez ICI est là non là  ! Si ICI est là donc là peut-être aussi ICI à force on confond Pour éviter les complications on peut se contenter de CI et préciser : CI-dessous CI-après CI-devant tous sous-ensembles d’ICI mais CI-gît… Où ?   De-ci-de-là on m’a expliqué l’usage d’ICI et même de ceci cela… jamais compris Je confonds Où ? Et pourquoi dit-on ICI-bas et pas ICI-haut ? ICI-haut n’existe pas là-haut si là-bas aussi mais ICI-haut pas  Où ? Quand on sera là-haut pourra t’on dire ICI-haut et là-bas mais là-bas n’est pas dessous là-bas est loin à l’horizontale dessous c’est plutôt ci-dessous mais là-dessous se cache quoi? Là ou ICI ? Où ? question de géométrie Il me dit  encore « je suis ICI « alors qu’il est là-bas ? T’es où?  ICI ! Pourtant je ne te vois pas et suis bien certaine que c’est moi qui suis ICI Alors qu’y suis-je ? Et où? Les mots mentent les mots mentent certains disent même qu’ils ne veulent rien dire Faut le contexte et c’est ce que j’essaie de faire mais ce texte est juste con Sortez d’ICI ! dit un con qui est là-bas mais pour aller où ? N’importe, où vous voulez Pourtant si je sors d’ICI j’y suis de nouveau mais ailleurs… Où ? un autre ICI d’ici-là mon ancien ICI sera devenu un là-bas c’est inéluctable on ne peut jamais aller là-bas dès qu’on est là-bas il devient ICI. Fatalitas. Là- bas est un mythe et pour là-haut le ciel tout ça on ne sait pas ce qu’il en est ICI est attaché comme la chèvre à son pieu à celui qui parle mais si celui qui parle se tait qu’en est-il de son ICI ? Signer ICI dit-il Là ? Oui. Où ICI ou là ? Là où j’en suis je veux dire ICI je panne. Jusqu’ICI tout allait à peu près bien je me croyais ICI mais maintenant que je ne comprends plus rien serai-je passée là? Il répète : sois là, sois juste là donc pas ICI sinon c’est plus de l’amour sûrement. Las… Partant de là j’en arrive à me demander pourquoi ICI-Paris se vend aussi en Province. ICI est vague très vague et si changeant Si ceci est ICI et cela plutôt un peu plus loin avec cette manie qu’ils ont de permuter sans cesse  est-il bien raisonnable d’en parler à nos enfants ?  Où-suis-je ? Où tu veux… Si nous avons tous un ICI quelque part et rêvons d’un là-bas ailleurs (donc aussi quelque part) nous n’en sortirons pas ni d’ICI ni de là nous n’en sortirons pas, nous n’en sortirons pas… On ne dit pas à son chien  » là ! » ou alors : làààà… làààà une caresse de mots « làààà, mon chien tout va bien…  » ICIIII tout va bien ne le consolera pas Là est loin et console mieux qu’ICI Làààà le chien, je te console ICI aux pieds ! est un ordre. ICI est autoritaire et même une vraie dictature car ICI où qu’on soit on y est forcément. Là c’est du rêve… si je dis ICI à mon chien il sait bien lui que ce n’est pas de là où il est que je parle pas de son ICI mais du mien ICI domine toujours ICI est l’espace du maitre et de la loi. Le chien n’a pas d’ICI. On sait ce qu’il en est pour ceux qui ne sont pas d’ICI. Peut-on être libre ICI et maintenant ?  ICI et maintenant. ICI et maintenant ? ICI est aussi maintenant,  non ? Où ? Nous sommes tous ICI mais pas le même votre ici ne sera jamais le mien à moins qu’on se serre très très fort comme dans le métro ou la boite de sardines. C’est triste suis infiniment triste là.

A propos de Catherine Plée

Je sais pas qui est je, je arrive pas à dire je, ni écrire je, ce n'est pas du jeu de devoir faire une bio quand on sait pas qui suis-je ? Quelqu'un quelque part, je crois, qui aime écrire, semble-il, et puis bien contente de retrouver la bande des dingues du clavier...

14 commentaires à propos de “ICI”

  1. Rétroliens : proposition #02 | un parpaing de phrase – Tiers Livre, les ateliers en ligne

  2. Ce texte n’est pas con !
    Il me fait penser à Raymond Devos. Tu connais ?
    On se croirait dans un labyrinthe. On s’y perd, on reprend chemin. C’est chouette.
    J’aime beaucoup ‘Les mots mentent, les mots mentent, certains disent même qu’ils ne veulent rien dire.’.

  3. « Là-bas est vaste mais ICI est petit. » Oui, « ailleurs » est un autre là-bas. Il suffirait d’agrandir notre ICI pour qu’il soit moins petit peut-être… Et de voir grand pour ICI afin de ne pas être déçu(e) par « là-bas »… Toutes ces élucubrations au bout du crayon nous poussent finalement à la réflexion… tant rien n’est dû au hasard sans doute !

  4. Vous lisant je pense de suite à ce très joli texte de Siri Hustvedt Yonder dont je vous donne le début :
    « UN JOUR mon père m’a demandé si je savais ce que signifie yonder. J’ai répondu qu’à mon idée yonder était synonyme de there, là. Il a souri et m’a dit : « Non, yonder, c’est entre ici et là. » Cette petite histoire me reste présente, depuis des années, comme un exemple de magie linguistique : elle identifie un nouvel espace – une région médiane qui n’est ni ici ni là -, un lieu qui tout simplement n’existait pas pour moi avant d’être nommé. Pendant que mon père me donnait cette brève explication du sens de yonder et, depuis lors, chaque fois que j’y pense, un paysage me vient à l’esprit : de la crête d’une petite colline, mon regard plonge dans une large vallée où se dresse un arbre isolé, et au-delà se déploie l’horizon, défini par une série de collines ou de montagnes basses.

    Cette image assez quelconque mais de mais de bon usage réapparaît chaque fois que Je pense à yonder, l’un de ces mots merveilleux que les linguistes, je l’ai découvert par la suite, appellent des « embrayeurs » – des mots distincts des autres en ce qu’ils sont animés par le locuteur et se meuvent en conséquence. En termes de linguistique, cela signifie qu’on ne peut jamais vraiment se trouver yonder. Dès qu’on arrive à yonder tree, cet arbre qui est là-bas, il devient l’arbre qui est ici et disparaît à jamais de cet horizon imaginaire. Les mots qui oscillent m’attirent. Le fait qu’ici et là glissent et s’inversent en fonction de l’endroit où je me trouve a pour moi quelque chose d’émouvant, la double révélation des relations ténues entre les mots et les choses, et de la miraculeuse flexibilité du langage.  »
    Vous me direz si ça vous cause !

  5. ah oui ! nos tout petits ici qui peuvent nous séparer des là bas même quand les là-bas deviennent nos ici

    bon c’est pas terrible, mais votre texte lui est vertigineux et pourtant faudrait s’arrêter pour bien explorer les sens au delà des sourires

  6. Vertigineux, ce texte ! Comme Annick, j’ai pensé à Devos ! Quelle exploration de ICI qui donne envie de s’y mettre aussi. Mais ici reste une quête pour moi… Lol. Je ne pourrais pas mieux faire. Merci et le chien et la dictature du ICI, vraiment savoureux et ingénieux.