La plaque d’égout

Sur le bord de la route, voici un carré composé de barres métalliques. Au centre trois barres horizontales s’étalent sur toute sa longueur, deux séries de quatre barres verticales plus petites occupent deux de ses côtés. Les barres s’entrecroisent en délimitant des rectangles de longueurs diverses. Le vide entre elles rend possible l’accomplissement de sa fonction, au ras du sol, là où personne ne remarque, ni ne fait attention. On la piétine, lui roule dessus, mais elle reste là, immuable, gueule toujours béante pour recevoir la pluie du ciel comme les immondices du monde. Terne, peut-être inusable, en tout cas suffisamment résistante, elle s’est fondue dans le décor (une rue banale), ne semble nécessiter aucun entretien particulier, tant elle est solide et fiable. Le plus souvent ignorée, elle est parfois soigneusement contournée par les quelques phobiques pris de sueurs froides à l’idée d’y dégringoler pour se retrouver charriés dans ses flots nauséabonds où peut-être guette, au milieu des rats et des détritus, quelque alligator monstrueux prêt à les dévorer. Indifférence, répugnance, terreur, l’humble bouche d’égout ne semble pas susciter les sentiments de gratitude auquel elle aurait droit pour les services rendus aux habitants de la terre qui en disposent.

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