Murs en parpaing

Quand je sors de la voie rapide, il y a d’abord mur qui protège la piste cyclable, des jardins ouvriers avec leurs petits chalets derrière un grillage, l’extrémité du terrain de foot lui aussi derrière un grillage, un bosquet d’herbes folles et d’arbustes sur un talus qui cache le reste du terrain de sport municipal, puis un mur en parpaing brut de 96 mètres sur 5 mètres de hauteur avec au tout début un panneau route prioritaire et virage à angle droit. Jusqu’au mur, il y a régulièrement de grosses pierres pour éviter que des véhicules puissent se garer dans ce virage. Sur la crête du mur de parpaing, tout le long, on voit des bouts de ferraille proprement découpés qui supportaient des fils barbelés. Le mur gris n’est pas parfaitement lisse. Une petite dizaine de parpaing à différents endroits dépasse de quelques millimètres créant ainsi des aspérités. Je peux voir des traces de gravillons ou de souillure de terre par-ci par-là. Le mortier à légèrement coulé au début à peu près à la moitié de la hauteur. Un moment de distraction des ouvriers? Sinon le mur ne s’effrite pas et il est presque propre tout le long, sauf une petite coulure noire au milieu sous un morceau de ferraille. Pas de traces de pollution non plus. Seule la rangée la plus près du sol est plus foncée et donne l’impression d’être recouverte d’une couche de gras. Les stries du parpaing défient les intempéries et les petits espaces de verdure à proximité. Une telle beauté gris brut et immuable force l’admiration. De ma voiture, je peux apercevoir une série de graffitis, le mot JOKE très stylisé, un mot de 4 lettres indéchiffrable avec la signature AMG, 5 lettres cachées dans deux triangles et trois ronds, une tache rouge informe avec autour de paumes de main rouge très effacées et à la fin, tout près du portail, trois mots rapprochés mais très délavés, BARRO deux fois et un mot de 5 ou 6 lettres incompréhensibles. Il faut dire que le trottoir large d’à peine 1 mètre de large ne permet pas aux artistes de s’exprimer en toute sérénité d’autant que la rue est très passante, des centaines de voitures tout au long de la journée, quelques camions venant livrer les entreprises alentour, et la nuit des dizaines de voiture circulent à vive allure quand il y a moins de circulation. En plus ce mur est à proximité d’une voie rapide et les graffeurs risquent d’être surpris à tout moment par l’arrivée de la police sans possibilité de s’échapper. Derrière le mur, c’est une médiathèque comme l’indique l’enseigne posée après le mur. Cela ne donne pas trop envie d’aller voir. En face du mur, de l’autre coté de la route, se trouve le magasin d’une chaine qui vend tout et rien à bas prix, un bazar qui solde en permanence.

A propos de Xavier Galaup

Bibliothécaire en Alsace, j'écris poésies, nouvelles et textes courts depuis de nombreuses années.

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