AVOIR À DIRE : COULEUR

La valse débute, elle prend son appui sur les arrières. Une danse – je suis un corps et ici il n’est pas impossible d’aborder des questions. Je me revois vivre à la façon dont j’ai été. Mais aussi je me vois vivre à la façon dont j’aurai dû être.

A l’époque il n’a eu aucune perception du négatif animant l’histoire. Pourtant, ca devait être visible. Aujourd’hui au milieu des actions et des sons nouveaux, il est utile de noter ce qui vient. Il existe des rhésus négatifs et des rhésus positifs. Côte à côte deux choses cohabitent. Il se penche pour regarder, silence. Il aurait gagné la première bataille s’il avait formulé quelque chose. Mais quoi ?

Je suis une danse et j’ai attendu au milieu d’un monde sans rivage en façonnant l’histoire à partir de photographies rencontrées sur mon passage. Le hasard me place dans ce contexte. Je sais qu’il ne devrait pas y avoir de question, seulement tout de même je me demande pourquoi.

Un terrain vague, une idée d’histoire, des personnages s’aguichant en employant des panoplies mensongères. Terrain vague matérialisé avec du sable, des pièces de ferrailles, des portes d’entrées et de sorties où passent l’air. Terrain vague pour le sujet qui se cherche dans cette impossible identification.

Aujourd’hui je vais peut-être jouer avec une perspective physique et mentale et morale où se nomment des couleurs. La foule, le spectacle et l’illusion ont des quantités de choses à dire. Ici une petite histoire affirme : nos désirs apparaissent sous la forme de phénomènes mécaniques souvent exempt de sujet.

Je n’avais pas connaissance de la façon dont je devais me pencher avec ce pauvre ballon des premiers temps qui s’est dégonflé tellement rapidement.

Il a marché dans son imaginaire. La vie des formes et des couleurs, un personnage dans le fond. Il te dit qu’il y avait des carcasses de voitures. À l’entrée de la casse un panneau quasiment effacé sur lequel se trouvait écrit un nom. Comment il a avancé dans le vent au milieu d’animaux plutôt effrayants. Il dit qu’ils étaient deux à l’origine et aucun ne se dérangeaient. Enfin des émissions extérieures leur ont fait comprendre l’incongruité de la relation au sein de la pièce.

Appliquez un mot du sujet, séparez vous, identifiez vous, le monde extérieur donne des ordres, obéissez.

Je ne perçois pas ce moment où il est en train de partir. Je suis resté dans la pièce, ce n’est pas ce qui aurait dû arrivait. Je me représente à ses côtés, nous marchons et ça se produit justement de n’avoir écouté personne et surtout pas le dehors me conditionnant à ces altérités.

Je ne l’ai pas accompagné. Lui il est parti seul avec son avantage, il a sa tête. S’il revenait il regarderait et décrirait le terrain avec ce corps dedans liant sûrement une forme.

Amas de ferrailles et de sable, zone d’activité délimitée par son enceinte. Un ensemble d’objets à l’intérieur du périmètre continu à bouger. Il n’était pas seul, il y avait quelqu’un à ses côté, c’est l’autre qui a pris une initiative. Lors de cet acte, l’alphabet se voit comme une matière sans substance. L’image se sépare de ce sol, de son partenaire, elle s’en va découvrir un inconnu de l’autre côté de l’enceinte. Activité scindée sur le sol, jeté dans le temps. La peau les os et la chair disent un manque de raison descriptive, un manque de mots liants l’œil au toucher à l’odorat au goût, mots amenés à produire des formes toujours nouvelles. L’état de séparation de deux êtres jumeaux est encore en train d’attendre.

Il veut jouer. L’activité pleine d’intention se poursuit, il peut jouer. Oui cela est certain, il va jouer – le regard est porté – sur l’observation affligeante des panoplies passantes. Le passé ne s’est pas produit, il attend. Une amplitude et de l’espoir, éléments tirés du sol où se trouvent les anciennes situations. De soi à soi le fil se tire, sur un terrain d’accueil et en suspend – attente – maintenant à deux pas de l’appropriation des sons avec ses mains et des quantités de sujet picturaux comme par exemple :

– L’histoire s’appelle PEINTURE, elle est bien cadrée, il y a une quantité d’éléments. C’est une oeuvre de Francis Bacon. Fond rose pour accentuer la chair. Quelque part l’histoire affirme – il y a eu un drame, personne n’a crié. Écartement, comme si les marches s’humanisaient. Un homme malaxé avec de l’angoisse se trouve sous un parapluie. Ici, ailleurs, encore d’autres fois avec d’autres images. Les éléments se succèdent, se superposent en dégradé afin d’ouvrir une proposition giratoire, un manège, une féerie pour une autre fois, encore de la viande. Nous pourrions nous trouver en Espagne après une corrida humaine.

Pour d’autres c’est l’attente du moment propice, comme si le processus pouvait se déclencher à tout moment.

Il pense un jour parvenir au terme du projet envisagé à l’origine. Dans son entreprise il correspond. Il n’avait pas envisagé d’avancer de noms propres, il aurait dû. Les actions ont-elles pris de la consistance. Est-il aujourd’hui moins mécanisé. Le maillon langagier c’est-il affirmé. À côté de la toile nommée peinture, ce déploie un chantier sur le sol du terrain vague. Il est passé par des sensations. Il a laissé aller le glissement de matière brute. Sécheresse des surfaces. Sable, dénivelé, masses accumulées. En passant par des circuits de circulation qui lui sont propres, il a expédié son courrier. Il s’y trouvait des éléments. Lors de la demande se fut catégorique. Il n’y a personne derrière la porte. Son imagination n’élabore pas les mêmes résultats. Il aurait fallu un nom pour commencer, comme par exemple je m’appelle ****, je me permets de vous écrire afin de vous proposer une histoire, je la nomme PEINTURE.

Ici il est nécessaire d’avancer logiquement. Un véhicule rouge est passé sur la route, un autocar transportant une troupe. Il se rendait sur le lieu de la représentation du soir. Le sujet mobilisé chaque jour dans un combat d’acquisition d’un nom propre a cru l’avoir vu. Finalement ce n’était qu’imagination. Non c’est vraiment nouveau de le découvrir, pense t-il aujourd’hui. Et ce qu’il se dit maintenant c’est, mais pourquoi je n’ai pas écrit à l’adresse où je savais me rendre. Les animaux au sein de l’espace, il les a trouvés. Sauvages ou domestiques, c’est une délimitation radicale qui définit les rapports. Pourquoi ceux-là s’approchent-ils plus que d’autres, acclimatent-ils leurs vies dans les rues de la ville ? Voilà la forme, je me vois inclus dans la maison. Il y a des images, des couleurs et maintenant au-delà il y a aussi une histoire élaborée avec des mots.

– Je saute la barrière et l’oreille abouchée à sa voix j’écoute Léna. Que connaissez-vous de lui, c’est un inconnu, vous n’avez eu le temps de rien en sa compagnie lui dit-on. Presque rien. Ah formidable, pas de sentiment, pas d’amitié, un soupçon de passion, vous êtes fait pour vous entendre. Sa petite tête de Jivaro reprend vie. Au dedans de l’espace deux smokings se matérialisent. Il y aurait possibilité de les nommer, seulement ça mettrait en place une division. Bien sûr ce sont les effets marquant de l’histoire. Sous sol accessible en traversant la pièce. Accolé au terrain vague, structuré de sable et de ferraille, serti d’une enceinte qu’il est possible aujourd’hui de franchir en poursuivant l’effort. Deux portes sont disposées sur le dispositif. L’une est située rue Voltaire, l’autre rue de l’Ourcq. Envisageant l’aventure le long du conduit, en continuant le Jeu, trouvera-t-il aussi une ouverture de ce côté. À proximité de sonorités musicales les prénoms ne savent plus quoi dire.

– Je pense à eux, ils ont chacun une entrée, taillés dans la boutique de chez Agnès B. Je me rappelle le piano à l’étage une fois passé toute la surface du rez-de-chaussée, où collections vestimentaires et tableaux d’exposition temporaire cohabitent. C’est une élévation de l’espace des libertés. L’histoire vient du sous sol, elle se forme des découvertes faites au fond. Je voudrai en savoir davantage sur vous.

– Saut de puce nocturne à travers les événements mentaux. J’avance avec sérieux, mes propos ne sont pas mensongers. Depuis quinze ans je regarde la pièce sans y rentrer. J’ai vu les images des espaces, l’accord des activités, l’association des arts et sur les différents étages, proposant la première image en filmant la façade de la maison d’affaire, j’ai commencé à me dire, je devrai m’approcher. Seulement que sont vos caractéristiques.

– Un renouvellement de son style architectural. Hasard des surfaces encore une fois lors de son passage. Symbiose des matériaux anciens et nouveaux. Largeur du premier état des lieux affiché lors de la définition de son rôle. Liberté confiance et sérénité d’Agnès lors de la conversation téléphonique. Vous souhaitez passer et moi je vous attends. Comme vous le savez, la création passe avant tout. Vous possédez les atouts de celle-là. Les espaces élevés sur plusieurs niveaux voudraient connaitre votre âge.

La création vous ne l’ignorez pas, n’a pas d’âge. Elle repousse l’inclusion de temporalité. Il y a quinze ans déjà le sujet se cherchait. Il ne connaissait qu’une rue du dispositif. Aujourd’hui il est plus avancé dans sa compréhension. Il a vieilli tout au long de son parcours. Il est là à regarder son corps. Il a découvert ce qui donne lieu au sujet, séparé de lui depuis une époque lointaine.

A propos de Rudy Brindamour

J'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu.

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