photographies

photographie, on pourrait dire c’est le mot qui résume, qui englobe photographie, je n’avais pas fait le rapprochement, je veux dire jusque-là, c’est parce que j’ai profité d’une occasion, gratuite, l’aubaine, j’ai eu le droit d’utiliser sans rien payer une photocopieuse, d’où la venue de deux cent soixante douze pages times new roman interligne 1,5 qui résument, deux cent soixante douze pages de commencements de fragments de brouillons, porteurs de, porteurs de quoi, c’est très bizarre cette épaisseur et pas simple à manipuler, pas de numérotation pas de titres, relire raturer ajouter modifier, replier une feuille sur les suivantes pour les jeter parce que ça ne tient pas, garder les pages où c’est étrange, écrit en rêve-j’ai-oublié, sonder, passer dix pages, photographie, dix pages plus loin, photographie, piocher au pif dans l’épaisseur photographie, ce sont des flashs, ça tient à rien, à presque rien du pas grand chose, parsemé de virgules et de sauts à la ligne, et il y a ces passages, je sais que-je me souviens que je les ai lissés, longtemps lissés, tendus comme au cordeau, et là ils m’apparaissent petits et sans images, photographies photographiées, c’est la question du lien, de faire lien, la question de quoi relie quoi et à quoi, avec quoi, quoi s’attache où sur quoi, j’ai d’ailleurs dans l’idée d’accrocher des ficelles à des arbres pour créer une toile ou plutôt un filet avec des mots noués et des mots à dénouer, mots qui pendraient, mots pas encore pensés, seulement l’idée, photographie c’est ce qui ressort de mes deux cent soixante douze pages interligne 1,5, il y a plusieurs sortes de photographies, par exemple celles qu’on a prises, celles qu’on garde mais qu’on ne peut pas montrer car elle n’existent pas et puis celles dont on sait qu’elles arrivent, il y a ce personnage dans friends, ridicule parce qu’il prend des « photos mentales », clic, on se moque de lui, il en fait trop, il est en dehors des limites, grotesque, exagéré, risible, c’est à ce genre de détails-là qu’on voit que friends est une série conservatrice malgré son emballage ville de new-york-civilisée et progressiste, on y supporte très mal ce qui s’écarte, il y a l’éloge du singulier mais attention, du singulier cadré dans une certaine catégorie, celle de l’acceptable sociétable digérable, pourtant j’aime friends c’est drôle mais qu’est-ce que c’est convenable, et c’est beaucoup moins drôle quand on regarde dessous, par contre les visiteurs du soir si on ne regarde pas dessous on ne comprend pas, le temps se fige, la fille du diable offre sa bague avec une lettre majuscule, le bal reprend, les images fondent, les costumes changent, si on ne sait pas que ça parle de la résistance on rate, pareil pour les photographies, prendre en photo un lieu ce lieu, prendre en photo le lieu où les costumes s’échangent, pas pour le lieu ni pour ce qui y est cadré cerné emprisonné bloqué, mais pour ce qu’il y a autour et qui est soi, à ce moment précis, photographie de ce qui fait venir advenir et tenir ce soi, de ce qui fait qu’il existe jusqu’à ce moment-là, cette pointe-là, photographie, dans les pages c’est pareil, mentalement clic, garder le mot photographie comme étalon pour jauger l’épaisseur, dix pages plus loin photographie, l’une tient en une seule ligne, un morceau d’elle dépasse, un morceau très très grand dans un mot très petit, c’est une question d’optique, une question déformante, parfois le temps de régler l’appareil abîme tout, on perd le flou du mouvement alors que c’était ça qu’il fallait dire, photographie, écrire avec les yeux tournés à l’intérieur du crâne puis les faire pivoter, photographie, une poupée qu’on couche on croit que ses paupières se ferment mais non, on la relève pour observer le mécanisme on réalise qu’il n’y a pas de paupières car les yeux sont entiers avec l’envers couleur de peau, ils pivotent sur un axe, ouverts dedans billes qui roulent, photographie, ce serait à soi de trouver l’axe, et entre parenthèses pour le trouver mystère

A propos de C Jeanney

or donc et par conséquent, je fais ce que j'ai à faire sur mon site tentatives ->http://christinejeanney.net

6 commentaires à propos de “photographies”

  1. Rétroliens : proposition #02 | un parpaing de phrase – Tiers Livre, les ateliers en ligne

  2. comme j’ai bien fait de ne pas le lire (quoique… étant donné le résultat) avant de risquer mon HEURT il en aurait fait ressortir la faiblesse

  3. Jules Berry je l’ai toujours aimé – le parfait salaud hein, dans le jour se lève il porte le nom de Valentin – Alain Cuny moins – je ne sais pas poser de photographie en commentaire – Arletty, oui, et il y a Simone Signoret en silhouette dans le repas (premiers cachets) – je l’ai toujours aimée – et la photographie, comme j’aime écrire sur elle – compliments !