UNE VILLE OÙ RIEN NE S’EFFACE

C’est une ville où rien ne s’efface. Ni les bâtiments détruits par les grues. Ni les passages pour piétons déplacés. Ni les carrefours supprimés au profit de ronds-points. Ni même les secrets et les faits divers. Comme si tout restait figé. Non pas dans la mémoire des gens. Non pas dans les archives de la Mairie. Non pas dans la presse. Figé dans la ville elle-même. En apesanteur dans l’air. Appartenant à tous. Saisissable librement. On attrape un souvenir, une parole, un pont. On malaxe de la main, de la mémoire. On donne un autre murmure, un autre passé, d’autres nerfs. Ville en toc. Ville bric-à-brac. Est-ce la ville ou la mémoire que l’on bafoue d’un geste, d’une pensée ? Est-ce la ville, ses corps qu’on déguise ? Que reste-t-ils des ancrages et des dérives dans l’espace commun pour avancer, reculer, construire nos aujourd’hui, nos demain et nos ailleurs ?

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