sur les religions

d’un tel étonnement que ça marche encore

Religion n’est pas mienne, pas la mienne. Arrêtez vos religions, construisez de cesser vos religions. Religion du parler ensemble, des films à la sortie, du petit plaisir et du goût des voyages : assez – il faut d’autres sandales. Religions pas pour moi, arrêtez les mots fétiches, ils sont crise, ils sont président, ils sont culture, arrêtez les géants de religion, ils s’appellent chiffres, ils s’appellent marché, ils s’appellent fric et fric et pognon et économie et épargne et banque et salaire et profit et actionnaire. Arrêtez les fantômes à barbe : barbe du pape, tiare des imams, barbe des boudhistes et robe orange des talmudistes, plus besoin, pas besoin, jamais eu besoin. S’ils veulent étudier, méditer, prier : qu’ils s’assemblent, ils ne me gênent pas – c’est le respect qu’on leur accorde, quand on en fait chose partageable et commune. Moi je ne les embête pas, ils ne m’embêtent pas. C’est qu’on m’en parle, qui m’embête. Qu’on fasse comme si ça avait de l’importance, qui m’embête. Athée, athées tous, et qu’on n’en parle plus ! Transcendance ? Qu’on examine le bitume des villes, quant à ce qui y transcende. Qu’on prenne les chiffres des usines qui ferment, qu’on prenne les visages de ceux qu’on vire de leur travail, qu’on examine les chariots dans les supermarchés au 20 du mois, elle est là, la transcendance. Et grands spectacles, et festivals, et subventions sur les décors et les paillettes, et les films : aidés pour plaire, pour divertir, pour reproduire. Religion : qu’on détruise en soi la religion héritée, avant de regarder d’un oeil clair, et lavé. Communions, baptêmes, mariages : affaire de commerce. Deuils avec topo mille fois servi par les marchands de topo à deuil : qu’ils nous lâchent. La religion est séculière – les religions religieuses : je m’en moque, elles se détruisent toutes seules, elles s’en vont à l’horizon. Vides, les séminaires, vides, les vieux couvents : assez fait de mal. S’en moquent, des aumôniers, les armées : les machines à tuer sont assez modernes pour s’en passer. S’en moquent, des aumôniers, les hôpitaux : services de soins palliatifs, reproductions de peintres dans les salles de crémation. S’en moquent, des enturbannés, des enrobés, des entiarés, des marmotteurs de textes morts, tout autour du monde en vents de folie et publicité sur les immeubles. Religions : superstitions. Religions : exploitation. Relions : dérélictiction. Les vraies religions sont dans les parlements, et la télévision. Les vraies religions sont dans le spectacle, et les assemblées obscures des bourses. Les vraies religions sont nos addictions : nos ordinateurs, nos spectacles, nos illusions de choix, nos voyages et le goût de l’aventure en photo numérique. Religions : en soi qu’il faut raser, casser, démonter, démolir, détruire. On se porte mieux ensuite. Religion : le livre. Qu’on l’assassine : lisez le Quichotte ou Dickens, un bon coup de rire annihile tous les livres. Lisez Baudelaire, un seul vers : un chant très pur et fissuré annihile toute fausse satisfaction de la langue et du monde pacifié. Religion : l’état stable du monde, et nous-mêmes au devant, au milieu. Religion : nos rêves – la misère des autres les ronge par dessous. Nos nuages : la douleur des autres l’écrase par au-dedans. Je veux aujourd’hui éloigner la religion du visage même : il n’y a plus je, il n’y a que voix, et temps, il n’y a que monde vide, et cri dans l’intense résonance du rien. Il y a, oui, qu’un monde s’écroule et que je crie. Religions vous mourrez, et les séculières avant les autres.


écrit ou proposé par : fbon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 août 2009.
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