détruire les téléphones

de l’usage de la conversation par téléphone portable

Profération contre les téléphones : ils s’asservissent au déballé de leur être. Profération contre les téléphones : la suppression du fil les assujettit de plus près à eux-mêmes. Profération contre ceux qui parlent au téléphone trop fort : leur monologue leur assourdit le monde. Profération contre ceux qui vous ignorent, parlant dans leur téléphone : ils vous donnent lucarne et tunnel, allez donc leur forer ce qui leur reste de cervelle. Profération contre le monde des boutiques de téléphone : aquariums vides, on vous vend des boutons de plastique (moyennant asservissement carte bleue). Profération contre les fabricants et marchands de téléphone : ils s’en moquent bien, de votre esclavage, s’ils le décomptent. Profération contre le gonflement des poches : et si fiers, s’ils ont à la ceinture une bourse de cuir (que les ondes électro-magnétiques les rendent à jamais stériles). Profération contre les oreilles à prothèse : ah, cela fait bien, marchant dans les rues ou arpentant l’aéroport, et les deux mains levées au ciel et un grand rire fou que personne d’autre ne comprend, pauvres affaires, celles qui tant les font rire. Profération contre les doigts agités pour un message qui ne vous concerne pas, et vous, continuez à faire semblant de leur parler sérieusement. Profération contre la prolifération circulante de publicités qui ne veulent que vous asservir plus – parlez, communiquez, accédez, payez, tout cela c’est inclus : et votre match de football, vous le suivrez en direct, et les ébats pornographiques rétribués à la minute, touche du dessus. Contre les téléphones perdus, tombés dans l’eau, contre les voleurs de téléphone, contre les téléphones morts gardés dans un tiroir, contre les téléphones aux écrans fissurés, les oreillettes emmêlées, et le nom du correspondant qui s’affiche avant même de lui parler, contre l’humour des messages d’accueil et l’esthétique des musiques de sonnerie, contre les sonneries qui n’en finissent pas de ceux qui rangent leur appareil au fond de leur sac. Profération contre le bavardage même : retirez le monde, les villes, les rues, les maisons, les voitures, les gares et les trains, ne gardez que les paroles – vous les voyez en relief, c’est un brouillage, un nuage, un brouillard, mais insane, vide, sans mémoire. Profération contre ceux qui se trompent de numéro, profération contre ceux qui s’imaginent qu’à minuit vous souhaitez les entendre, profération contre les voili voilou les bisous les t’es où les je suis dans le train les ciao ciao les j’arrive attends que je te raconte et tant d’antennes et pylônes et circuits imprimés miniaturisés et de serveurs dédiés et celle que tu entendais ce jour-là qui parlait à son chat tu m’entends mon mignon c’est maman qu’elle disait. Profération contre toi-même qui ne l’écrabouilles pas du pied, ton téléphone.


écrit ou proposé par : fbon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 15 août 2009.
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