eaux closes

si souvent marché sur les rives

J’ai si souvent marché sur les rives (chanson). Me suis assis sur les rives. Une racine, un rocher, une pierre, ou rien : la terre, le sable, des graviers. Et parfois la neige, et parfois la pluie. On regarde l’eau fermée. Je ne parle pas de rive pour les mers (j’ai longé bien des mers, j’ai eu volonté de saluer les différentes mers), je parle des rives de l’eau dormante, de l’eau enclose. C’est un étang de rien, aux bords abrupts d’herbe, et cette île laissée au milieu, pour le rêve (des grillages, et un abri de bois vernis normalisé, quand on se retourne vers la route). Ce sont les étangs urbains, et dans les villes d’Allemagne au soir les grands arbres à secrets y font la nuit bien avant que dans la ville elle s’agite. Les étangs urbains vous ménagent des chemins jamais droits, ils sont encombrés le dimanche après-midi, ils sont vides aux heures froides de l’aube, quand le rongement des voitures l’assaille, la ville qui vous entoure – du temps que cette tribu indifférente de ceux qui courent, imposant la vénération mesquine de leur corps marchand à ce coin de solitude que vous recherchiez, n’étaient pas comme une surveillance constante. Et les grands lacs qui battent comme la mer, clapot raide, clapot gris, l’eau dure et hérissée dans le vent froid qui vous gêne. Et quand vous les découvrez tout là-haut, en montagne qu’on en accomplit très lentement le tour, et que plus rien d’organique, on dirait ne vous sépare de ces masses qui vous portent et vous élèvent : monde minéral où même le contour des eaux est pur. Et souvenirs d’enfance : il en fallait si peu, pour qu’une eau soit toutes les eaux. Ou les puits quand on s’y penchait. Ou près des autoroutes, et les bassins artificiels créés pour le plaisir des cris et d’une baignade mièvre. Quelque ville qu’on cherche, quelque période de la vie arbitraire, là où elle vous a mis, de passage ou pour longtemps, et de pays en pays qu’on arpente dans le temps et la tête on les retrouve, les eaux stagnantes, les eaux dormantes, les ponts pour décorer, les chemins pour s’arrêter, les arbres pour admirer : on regarde quoi, quand l’eau n’a pas d’autre horizon que celui que vous donnez ? Je ne sais pas si je rêve aux étangs, aux lacs, aux mers intérieures, aux réserves de barrage et ces déversoirs pour l’irrigation : je sais qu’ils trouent le monde, qu’on y vient pour une frontière. Je sais qu’ils sont dans les contes, qu’on s’y enfonce et qu’on s’y transforme. Je me souviens, enfants, de bestioles qu’on y puisait, et de l’étrange sensation qu’on a lorsqu’on doit y mettre les jambes, avec les pieds nus. Et dans combien de livres on a lu que d’ici on retirait des corps, dans combien de journaux qu’ici on venait pour le suicide, on arrête sa voiture et voilà. On a les odeurs, l’étrange odeur de la vase sur les bords, qui n’est pas celle des fleuves, qui se moque de l’urbain ou de l’Allemagne ou n’importe où (ah, j’en ai vu loin, de ces eaux intérieures, lacs et étangs, mares et plans d’eau, bassins aménagés dans les villes : j’avais oublié ces bassins ronds, ovales, aux bordures de ciment et ceux qui viennent pour y lire, pour s’y tenir la main, pour réfléchir à la mort qui vient (ils sont vieux, souvent vieux ceux qui longent les bassins urbains). Avec quoi on a rendez-vous, lorsqu’on vient devant l’eau qu’enferme des bords, sinon justement la mort (si souvent j’ai marché sur les rives, chanson pas écrite, chanson jamais chantée) ?


écrit ou proposé par : fbon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 septembre 2009.
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Messages

  • effondrement des rives tant sont sillonnés les bords quand labourent les étraves de chair les socs banlieue sans relâche c’est alors

    qu’advient la mer qui vient de loin

    affluent de la même Seine celle qui traverse Argenteuil et le corps à corps boulevard Abélard et Héloïse

    quand s’annonce liv an amzer salle Jean Vilar le finistère sonérien du pour danser la nuit de tous les combats bientôt

    mais déjà dans un fauteuil roulant l’adolescente Halima et tous les autres attendent tellement de chaque mot prononcé

    alors tu es au rendez-vous et tu réponds par l’eau par le sang par la ville rassemblée autour des blessures

    et à chaque instant tu penses

    que Perséphone jaillit de ta vie

    ouverte écrire

    ce n’est pas une question de temps

    eaux vives désormais lisibles

    opéra

    loin ne veut rien dire loin ne change rien

    d’ici s’ entend le chant des vagues

    surtout la nuit