pourquoi n’avons-nous pas le cerveau vert ?
Pourquoi n’avons-nous pas le cerveau vert ?
Pourquoi n’avons-nous pas des mains à griffes ?
Pourquoi n’avons-nous pas des pieds préhensiles et dotés de rebondissement ?
Pourquoi n’avons-nous pas le regard animal bilatéral (on lirait deux livres, un de chaque côté du visage) ?
Pourquoi n’avons-nous pas le dos comme une ardoise, et les pensées s’y écriraient pour qui nous suit ?
Pourquoi n’avons-nous pas les cheveux comme un langage, et taire nos émotions pourrait s’apprendre, mais ils les indiqueraient sinon (ainsi du cheval, du chien, de la tortue sans cheveux) ?
Pourquoi on ne sauterait pas comme la puce, ne s’endormirait pas comme le pou (huit mois fixé sur sa tige, et se lâche en détectant le chaud) ?
Pourquoi pas des bras si grands qu’ils feraient signal par dessus les foules, ou que toute foule ne serait qu’un mouvement organisé de signes ?
Pourquoi le langage avec l’organe buccal, assez qu’il mange, assez qu’il embrasse et déchire et morde : le langage serait vibration de la poitrine et nous aurions appris à la moduler, le langage serait tension des yeux et nous aurions appris à la perfectionner.
Pourquoi l’assemblée grégaire dans les villes et pas l’appropriation chacun de territoires mobiles et jamais fixes, et ceux qui vivent mobiles et loin de l’assemblée ordinaire des villes, ou dans la ville même sont ces loups que rien n’assemble, est-ce qu’il n’y aurait pas choix de basculer d’une à l’autre des formes : je n’appartiens plus à l’assemblée des hommes (disait l’homme).
Pourquoi non pas des réserves pures de mémoire dans les roches, l’eau et le sable, et nous irions à tour de rôle y marcher, plonger, éprouver : ainsi non pas les livres dans les grottes des villes, mais l’obligation de l’écart et de l’effort pour conquérir ce qui ne devrait pas si facilement s’offrir (ainsi en est-il du mystère des animaux qui migrent : poissons, oiseaux – ils s’en vont dans leur bibliothèque, à nous inatteignable).
Pourquoi pas des yeux luminescents la nuit (on en connaît qui savent), pourquoi des oreilles et sens et odorat si peu perfectionnés (ils disent qu’avec la pensée on compense, je ne crois pas).
Pourquoi pas un ventre de bois : manger on en serait débarrassé, on y pétrirait dessus des pâtes végétales et cela suffirait à la prochaine course, à la grande chasse.
Pourquoi pas la guerre encore plus – mais à mains nues, rien que toujours à mains nues.
De l’homme je ne garde que le rêve, le désordre du rêve, et le rêve de l’homme. Pourquoi ?
autobus Montréal - Québec, soir, décembre 2009



