dédain des formes mortes
version 2
il n’y aura pas de personnage, il n’y aura pas d’intrigue, il n’y aura pas d’entrée ni de sortie, il n’y aura pas d’effets, ni de petites phrases toutes cuites ni toutes crues, il n’y aura pas ça se passe ici, il se passe ça, c’est en tel pays telle époque et il s’appelle Untel
il n’y aura pas de livre à poser tranquillement sur la table après lire, il n’y aura pas de visage en gros plan mais qui n’est qu’illusion, il n’y aura pas le petit détail qui fait vrai ni la marque des voitures
il n’y aura pas le début ni la fin et la coupe claire des chapitres
il y aura ces odeurs qui sont celles des villes dans la peur et la mort
il y aura ces bruits qui sont la violence des hommes incapables de sortir de violence
il y aura ces routes qu’on a prises et n’ont pas d’issue
il y aura ces pièces vides qui sont celles où attendre
il y aura parler et le verbe parle, il y aura dire et le verbe dire, il y aura croire et le verbe croire, il y aura toucher et on touche, il y aura crier et on crie, il y aura et souffrir et rire et hurler et danser
il y aura s’en aller, il y aura partir
il n’y aura pas l’article qui vous raconte gentiment l’histoire, il n’y aura pas l’auteur qui s’est mis à la table pour vous l’écrire, l’histoire, il n’y aura pas les promesses en glacé sur la couverture, avec l’humour et le singulier, l’original et le limpide
il n’y aura pas il n’y aura plus le temps qu’on passe gentiment dans les pages
il n’y aura pas il n’y aura plus l’énième variation sur crime
il n’y aura pas il n’y aura plus le sujet verbe complément et la petite musique rangée d’avance
il y aura encore les mots et leur enchaînement de fer il y aura encore la phrase et sa mécanique gouffre il y aura encore l’absorption terrible dans les images qu’on hurle
il y aura ce qu’il disait, l’autre : frapper la matière
il n’y aura pas ranger soigneusement le livre sur la pile et se demander quoi faire ensuite – on préfère ces grandes dérives d’imaginaire, et tant pis pour le prix qu’en amont on les paye
il n’y aura pas le bavardage raisonné qu’on entretient avec ses semblables : les livres qui hurlent vous abandonnent à vous seuls
il n’y aura plus les sages visages aperçus dans les journaux – les voix anonymes sont à l’intérieur de vous une galerie folle de noms qui brûlent
il n’y aura pas cesser il n’y aura pas renoncer
il y aura écrire
version 1
il n’y aura pas de personnage, il n’y aura pas d’intrigue, il n’y aura pas d’entrée ni de sortie, il n’y aura pas d’effets, ni de petites phrases toutes cuites ni toutes crues, il n’y aura pas ça se passe ici, il se passe ça, c’est en tel pays telle époque et il s’appelle Untel
il n’y aura pas de livre à poser tranquillement sur la table après lire, il n’y aura pas de visage en gros plan mais qui n’est qu’illusion, il n’y aura pas le petit détail qui fait vrai ni la marque des voitures
il n’y aura pas le début ni la fin et la coupe claire des chapitres
il y aura ces odeurs qui sont celles des villes dans la peur et la mort
il y aura ces bruits qui sont la violence des hommes incapables de sortir de violence
il y aura ces routes qu’on a prises et n’ont pas d’issue
il y aura ces pièces vides qui sont celles où attendre
il y aura parler et le verbe parle, il y aura dire et le verbe dire, il y aura croire et le verbe croire, il y aura toucher et on touche, il y aura crier et on crie, il y aura et souffrir et rire et hurler et danser
il y aura s’en aller, il y aura partir
il n’y aura pas l’article qui vous raconte gentiment l’histoire, il n’y aura pas l’auteur qui s’est mis à la table pour vous l’écrire, l’histoire, il n’y aura pas les promesses en glacé sur la couverture, avec l’humour et le singulier, l’original et le limpide
il y aura écrire
provisoire – attente développement et voix – photo : fabrication du papier (Québec)



