obsession


J’ai un plaisir physique à parler de la littérature, et rien qui provoque moins de commande sociale. L’atelier c’est autre chose, tout converge vers l’écriture à construire, puis l’accueil de cette écriture – même si au passage, via Artaud, Sarraute, Duras et d’autres on met en perspective des arborescences plus anciennes de la littérature. La semaine dernière, Balzac aurait pu fournir à au moins 2 cours (comme il m’arrivait de faire les 2 ans où chaque mardi j’avais l’UV littérature aux Bx Arts Paris). Cette semaine, mes 2 heures cadraient bien avec ce parcours plutôt génétique de Baudelaire, et cahier des charges, pour la fac de Poitiers, d’ancrer ce parcours dans questions liées à impression, diffusion, circulation de la lecture, continuité et subreption des formes d’écriture – donc la lente gestation fracturée et diffractée des Fleurs du mal (ce livre le plus important de notre langue ne sera jamais un livre), l’importance des Salons dans la constitution d’une figure de l’écrivain poëte avant que sa poésie soit constituée telle, l’ébranlement Poe pour le retour sur l’écriture ville, le mouvement vers les Petits Poëmes en prose, qui ne s’accomplira réellement que plus tard, par Rimbaud, mais libère les derniers hurlements des poèmes. 4ème cours, et plus rien écrit pour moi depuis le début, rendez-vous à distance qui appelle des profondeurs (elles existent ?) et avale tout – sans trace, puisque improvisation orale, et qu’il faut fournir les référents à mesure qu’on les examine. Le matin, en partant, à ma pile de livres de Baudelaire, parce que cette question de l’existence graphique devait être posée (l’édition reliée de l’Imprimerie nationale, et l’édition Corti de référence, mais mangée de variations et notes), j’ai ajouté cette petite édition japonaise, reçue en 2003. Verticalité des sonnets, défilement depuis la droite, et – encore plus – illisibilité des mots, sauf le mot titre, ainsi ici OBSESSION. Un étudiant m’a demandé pourquoi j’avais apporté cette édition, j’ai répondu une bêtise : j’allais quand même pas dire que c’était pour porter chance à mes 2 heures d’impro construite ? Lapsus plus important : au retour, je découvre que mon édition Imprimerie nationale et mes 2 Corti je les ai oubliés à la fac – quand j’ai eu à citer, dans le cours, c’est sur l’iPad que j’entrais à la volée le mot important, pour afficher le texte.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 octobre 2010
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Messages

  • (ça va de mieux en mieux, demain, on enlève les fils)(on les voit pas, ils sont sous le pansement) jusqu’ici tout va bien (hier vers 6 heures, un coup de fil de H.-je l’adore, elle- qui m’informe que je vais bientôt être lourdé) (c’est plus sympa de me le dire avant quand même - depuis le bilan pondu par mapomme, plus un mot...- - en même temps, est-ce qu’on attend quelque chose de ce type de personnage ?) (je sortais de la projection d’un film "Sauf le respect que je vous dois", Fabienne Godet, 2005- et d’un débat avec Marie Pezé, lourdée elle aussi...) (ça fait tout drôle mais c’est déjà arrivé, ça arrivera encore et la vie continue) (je hais, de plus en plus, les aparachiks et leurs non-dit de merde)

  • Le froid est arrivé. Pas un temps à sortir. Tiré sur le fil de l’obsession du piano de Bill Evans depuis le début de la semaine pour finir d’écouter ses derniers concerts. Comme s’il y avait une nécessité à aller au bout.
    Ma fille a eu 12 ans aujourd’hui. On se demande comment ça a pu passer si vite.

    Voir en ligne : KMS

  • partout, tout en noir, treillis noir, chaussures cloutés noires, blouson noir, capuche noire, yeux et cheveux (rares mais noirs) : des signes cabalistiques : monté à Barbès, descendu place de Clichy

  • je reviens de voir mon frère qui m’a ramené en caisse sur la place (on a parlé : pourquoi pose-t-on des questions du genre : "mais ce titre de livre, c’est pas un peu marketing, non ?", "évidemment, con(n)ard un titre c’est d’abord du marketing"... quelle couche) (je ne sais pas comment on en est arrivé là) (sans doute parce que nous parlions de mécène, et de dire que sans l’église, y aurait-il eu un Léonard ou un Michel nage)(il tousse trop) (non il fume trop)sur le quai du métro, en revenant (c’est encore la 2) il écoute de la musique (le précédent aussi portait un casque - noir)

  • Chaque cours produit un certain nombre de paroles colatérales non prononcées, et chaque possible développé en produit (au moins) deux autres comme les têtes d’hydres qui ne sont qu’une manifestation primitive des fractales. Ce qui me frappe c’est que ces arborescences du dit possible se déploient beaucoup plus rapidement dans l’esprit de l’orateur devant un public que seul devant un clavier, sans parler des subdivisions produites par l’étudiant lui-même qui, turbinant sur le dit et sur ce qu’il voudrait dire, dessine dans l’air d’autres fractales silencieuses.

  • Je l’ai chanté si souvent le requiem de Verdi, de l’année du début de ma réelle histoire, juste avant Johnny, à aujourd’hui.
    La partition en porte les traces. Les moments d’insouciances, quand V. m’aimait, quand pour elle je comptais, ceux de survie après qu’elle était partie, et dont l’année inscrite est du concert mon seul souvenir : j’ai dû y aller sans exister. Et pour autant et peut-être plutôt pas mal chanter.

    Que signifiera le cru 2010, cinq ans plus tard pour moi (si je suis encore là) ?

    Voir en ligne : traces et trajets