Dordogne en croix

sommaire & derniers billets, ou
une autre page du journal au hasard  :
gargouilles à tuyau

Roulant en cette journée de pluies, ciels gris et grand vent, au long de la Dordogne, frappé à nouveau par l’aspect puissant et sauvage de ce fleuve avant son estuaire.

Il y a un port à Fronsac, et on guette le mascaret. Fleuves qui semblent déterminer même l’aspect du ciel au-dessus d’eux. Je me suis souvenu avoir emprunté cette route, de Saint-André de Cubzac à Bergerac via Libourne et Castillon-la-Bataille, en 1974 pour accompagner un ami, Jacques Laffite, qui sautait en parachute (l’avion à 2000 mètres, sans porte, moi ceinturé dans la carlingue et le copain qui se balance).

A Lugon j’ai croisé un fourgon pénitentiaire bleu déclassé, j’ai pensé que Jean-Yves Cendrey avait adopté autrefois ce véhicule : au fait, ils ne doivent pas habiter loin, lui et Marie NDiaye. Me suis souvenu d’une visite chez eux de Jean-Baptiste Harang, où elle parlait de leurs marches au long du fleuve.

J’ai vu ces croix se dresser dans le ciel au bord de la route. J’ai tourné à gauche et suis revenu de 500 mètres par une petite route. C’est leur façon de prendre de l’espace qui surprenait : une façon de s’écarter les unes des autres. Une minuscule église dans les vignes.

Je suis entré dans le cimetière, j’ai fait ces 8 photos, y compris le dépositoire en ruine (rouillé et pas de porte) et ces 3 tombes modernes genre frigo, puis j’ai repris l’autoroute.

Je ne sais pas photographier : en position automatique, l’appareil fabrique des ciels blancs — les ciels n’étaient pas blancs. Ils étaient couleur de la Dordogne.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 juillet 2007
merci aux 816 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page