si parfois on voit le ciel

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je marchais dans Goa

Bizarre sensation, avec cette traduction toute ces dernières semaines vécue très densément, dans une sorte de défi à garder le rythme – Hemingway avance par un séquençage très précis, dans lequel les éléments sont chacun extrêmement compacts, tournant autour d’un vocabulaire resserré. Donc c’est comme si on vous la déchirait devant vous et la foutait au panier. Mais je suis pas de taille à tenir ce genre de combat, j’ai retiré ma mise en ligne et basta. Après tout, j’ai dans mon ordi des tas de pages de Lowry, Faulkner et d’autres traduites pour mon seul exercice, et il y a largement de quoi trouver ailleurs pour cet exercice funambule, traduire, auquel je suis de plus en plus accroché aussi parce que c’est un rempart pour la concentration, l’ordi avec ses dicos, les deux fenêtres de texte, le silence où on monte dans sa tête, le portrait au mur de celui qu’on traduit. J’ai d’autres rendez-vous avec Lovecraft, et là le Pour demain de Conrad, et avisse à la gendarmerie, bien possible qu’il m’arrive (laissez tomber pour moi, mais vous apporterez des oranges à Pifarély) que le 6 août prochain par exemple, à Vagues de Jazz en Vendée, ce soit le vieux Santiago qu’on ressorte. Donc quand même épuisé par ce gâchis du dedans, plutôt que par cette machinerie web enflammée qu’il faudra bien analyser – mais ce n’est pas mon job. Juste qu’elle me dépassait grandement. Il faut que j’arrive là à séparer dans ma tête ce qui me concerne et les très belles pistes ouvertes sur quelques questions touchant la traduction collaborative, la circulation libre d’oeuvres considérées comme patrimoine universel. Quelle pitié ces approches binomiales concernant le droit d’auteur, c’est une notion historique en permanente transformation, et c’est notre devoir de peser sur ses transformations qui s’annoncent, les disparités selon les frontières de plus en plus inassumables, pas seulement les durées, mais aussi le fair use, combat décisif pour ceux qui comme nous sont journellement au contact des étudiants. Et si ceux qui m’ont contraint à retirer ma traduction, d’une façon que je continue de considérer comme plutôt mufle, ont payé de cette façon sur le web, c’est que pas possible d’avoir dans ses serveurs un trésor de probablement 25 000 titres numérisés (sur fonds publics pour l’essentiel), mais n’en commercialiser que 1500 ou 2000, et encore, dans des conditions déjà obsolètes de DRM et avec une politique de prix basée uniquement sur une cohérence mercantile. Mais là, ce qui a surgi samedi je n’y suis pour rien, je n’ai pas cherché à jeter de l’huile sur un feu dont je n’avais été que le prétexte de départ, et encore... Contexte de gaspillage et de bureaucratie, les centaines de milliers d’euros foutus en l’air pour telle opération de librairie en ligne menée en dépit du bon sens, la montagne SNE ayant accouché d’une souris malade pour le prix unique du livre numérique (remarquez tout l’effort qu’ils font pour n’en parler plus...), la façon dont ces messieurs qui se sont vautrés devant l’UMP se sont faits retourner dans l’opération TVA de leur chéri Sarkozy, le grand seigneur avec rue à son nom n’a pas beaucoup de soutien même parmi ses pairs – reprendre ses articles ou les vidéos de ses seconds, tout l’an dernier, messages d’attentisme concernant le livre numérique, et pendant ce temps laisser travailler ses équipes pour doubler allègrement ceux-mêmes qui l’avaient élu à ce poste. Savoir aussi qu’en ce moment Gallimard double chaque mois le pactole de ses ventes numériques, que ce n’est pas avouable devant les instances du métier traditionnel, qu’ils s’en doutent, que ça s’entend dans le discours du monsieur et un net revirement à partir de novembre dernier... Allez, rien de tout ça qui me regarde, mais qu’on n’aille pas me mettre sur le dos ce qui s’est passé samedi, et qui tient à tout ça sauf à moi. On voit des gens réglos, on découvre des amitiés et soutiens qu’on ne soupçonne pas, on voit le ridicule Figaro se ridiculiser un peu plus, et tout ce petit monde parler de publie.net comme s’ils parlaient de nous tous les jours – tant mieux après tout, ça nous positionne sur le terrain de foot. Samedi coup de fil de France Inter, ce matin avec insistance d’Europe 1, ce soir avec politesse de France Culture, j’avais décidé en amont de ne participer à aucune curée médiatique, d’autant que ce ne sont pas des lieux qui jusqu’ici s’intéressent particulièrement à nos textes, alors que c’est bien ça la question, et que la muflerie Gallimard de s’en prendre à nos diffuseurs sans jamais s’adresser à moi (rien reçu aujourd’hui non plus) c’était bien un message à l’attention de publie.net et pas une question touchant la vieille traduction Dutourd indigne. En tout cas, aujourd’hui j’étais à 415 mètres de la rue Gallimard d’après mon iPhone, dans cette salle des profs de Sciences Po où j’aime bien passer quelques heures de concentration avant mes 2 fois 2 heures d’atelier – tout d’un coup le ciel paraissait loin, mais loin...


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 février 2012
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Messages

  • complètement raccord avec tout çà ; combien il doit être dur dans ce monde d’imposteurs(revu semaine dernière "Tartuffe", pas une ride le texte), de voir un beau travail anéanti ; en effet, un défi, la traduction, au mieux à 70% satisfaisante après des heures d’écoute intérieure, j’aime bien l’expression "le silence où l’on monte dans sa tête", jauger le rendu,devoir trancher ; le refus de répondre tout ce temps aux sollicitations extérieures(l’entourage accepte de s’effacer) ; m’y suis frottée dans les deux sens, passages de Faulkner pour P.B et mise en anglais de prose et poèsie contemporaine pour un poète écossais ; dans les deux cas, un énorme challenge, actuellement peu reconnu , du pain frais sur la planche, un régal cette tâche, infiniment attachante ; cordialement . Anne-Marie Emery

  • je fais du mieux que je peux, c’est la seule chose que je trouve à me dire en allant nager - impression d’avoir cent ans, grand désir d’invisibilité, de disparition temporaire (engloutie par les flots, elle sombra, ta ta ta...). Dehors, ciel d’or. Je tente de retrouver ce plaisir de l’ici et maintenant qui au début guidait l’écriture. Pas simple.

    Voir en ligne : Fenêtres open space

  • Depuis quelques jours, je regarde régulièrement cette photo prise à Key West. J’avais visité la maison d’Ernest Hemingway. J’étais montée dans les escaliers blancs, avais traversé sa chambre au grand lit vide et son bureau, posé le regard sur les fleurs orange et les arbres luxuriants de son jardin, mais toujours, vers la piscine, je revenais. Sa couleur plus turquoise que la mer caraïbe m’aimantait. Deux éléphants aux grands yeux doux, à la langue rêche, veillent sur la piscine d’eau salée d’Ernest Hemingway. Sous le silence des hommes et celui de la mer, on voit le ciel.

    Voir en ligne : Deux éléphants

  • (voilà un moment, mais parfois les choses sont ardues) c’est par hasard qu’on est arrivé là, il y avait foule pour "la désintégration" (mais on ira, c’est dit) et on a poussé jusqu’au forum des images (c’était l’alternative, ce soir-là, on est descendu à rambuteau, et on marché) et là il y avait le scénariste, Hanif Kureishi, qui nous indiqua que cette histoire-là représentait la Grande-Bretagne d’alors et on le croyait sans peine (on avait à la mémoire les grèves des mineurs, la chanson de renaud sur thatcher, dont on peut ne pas voir au ciné la représentation sous les traits de merryl streep- je n’y suis pas allé, mais je sais que le film est pourri- on avait encore le sale goût dans la bouche de ces années, les morts qui sont encore sur la conscience de celle qu’on nommait la dame de fer) (même si elle n’est plus de ce monde) et voir sur l’écran Nasser et Johnny (Saeed Jaffrey et Daniel Day Lewis, tous les deux magnifiques) s’embrasser ; remettre à neuf cette officine, cette laverie, beautifil laundrette, ça avait quelque chose de régénérant (le scénariste et sa traductrice qui avait à son pull une étoile noir, et deux autres, à chaque coude, on en distingue à peine les branches) (la salle, presque comble, il a fallu -pas de pot- qu’on s’installe -3°rang- auprès d’un énergumène de type femelle, douchée de parfum écoeurant et qui se mit à ronfler, jte jure...)

  • la journée entière à bosser, ce que ça craint des fois (mais en vrai, c’est juste que c’est de l’administration, des répétitions,d es comptes et des additions qui ne tombent pas juste, dlamerde) (marre de ces histoires comptables, tu peux pas savoir) (ça ne m’a pas empêché de passer voir "tu ne peux pas imaginer" mais voilà qu’au lieu de cette chambre ci elle se trouvait dans celle-là, et qui vient ouvrir ? une de mes soeurs) (le printemps est presque arrivé cet après midi-j’étais au bureau à me battre avec des chiffres) (en attendant, j’ai des chiffres dans la tête, et ce n’est pas si bien que ça) (je fais tourner en boucle le Brad Mehldau du TàG) (depuis j’essaye de la joindre au téléphone, impossible) (les roses pour mon amie)