l’arrivée du livre


C’était précisément en octobre 1980. Les éditions de Minuit m’avaient refusé Sortie d’usine avec une lettre banale. Une discussion s’était entamée, dont je me souviendrai toujours, pour sa disponibilité et son ouverture (on était loin de l’e-mail, tout se passait par lettres postales, le plus souvent manuscrites) avec Paul Otchakovsky-Laurens, puis une autre avec Christian Bourgois. Si mon manuscrit ne passait pas le barrage, cela me donnait confiance. Avec Denis Roche c’était allé plus loin. Le fondateur de Fiction & Cie l’avait proposé au comité de lecture du Seuil, et n’avait pas réussi, me dit-il, à emporter leur accord. Nous étions dans son petit bureau de la rue Jacob, lui avec une tignasse grise qui prouve bien qu’il était plus jeune que je ne le suis aujourd’hui. Il a pris 2 pages, et me les a démontées ligne à ligne. Je crois qu’il a dit quelque chose comme : — Si vous avez compris ça, le reste ira tout seul. Je suis parti dans la Sarthe, une ferme isolée que m’avait prêté un copain (celui pour lequel j’écrirai plus tard L’Enterrement, qui m’a donc permis à la fois d’entrer chez Minuit et d’en sortir : — C’est pas un roman, votre livre, m’avait dit violemment Jérôme Lindon). J’avais apporté ma machine à écrire, la Smith Corona électrique, et j’ai tout retapé du début à la fin, puis renvoyé à Jérôme Lindon, coup de téléphone 2 jours plus tard, rendez-vous le surlendemain. Voilà, aujourd’hui, donc, 32 ans plus tard, je suis de retour dans la collection Fiction & Cie. Dans ces années 80, les livres étaient imprimés fin juillet, voire même reçus vers le 12 août. Quelques librairies de la côte méditerranéenne avaient le droit de les mettre en vente un peu plus tôt que la sortie parisienne. Les maisons avaient les adresses de vacances de messieurs les critiques, et on leur envoyait en plein mois d’août. C’est un des éléments de cette bizarre dérive, depuis quelques années, que tout cela se passe de plus en plus tôt. En tout cas, plaisir de trouver ces 4 livres, ce midi, par envoi dans ma propre boîte aux lettres. Pas encore ouvert. Aller doucement.


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 mai 2012
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Messages

  • ce qui est assez fatigant avec le boulot, c’est que ce n’est jamais fini alors même qu’on pensait en avoir quand même fait assez (j’ai rappelé le contrôleur afin de lui faire valoir que ce qui était vrai dans les chiffres était certainement moins étayé qu’il le pense, tout économiste qu’il soit- on a ri, lui de moi et moi de lui) (j’attends toujours les virements, et le temps passe) (je suis allé voir "tu ne peux pas imaginer" je pose la photo des fleurs taleur) (je finis mon vazco) (la rue de Tunis qui croise celle d’Avron à peine plus haut que le boulevard de Charonne ne croise la rue de Montreuil)

    • j’attends le 68 (depuis que j’ai adopté l’abonnement de cette saloperie de régie, je prends l’autobus, c’est presque un plaisir et je me souviens de ceux de Rome et de Gênes) (pour le tramway de Lisbonne on va attendre un peu) (l’une de mes soeurs m’a dit "merci pour les fleurs" c’est bien ce qui m’agace profondément mais telle est la vie) (on veut quoi, porter des fleurs à cette si charmante personne, ou envoyer chier la famille proche ? faut savoir) (c’est résolu comme affaire mais voilà, parfois, ça indispose) je prends la photo, elle m’a parlé de cette histoire de tartine, de mendiant, toujours les mêmes mots, elle m’a fait de l’oeil pour me dire de ne pas m’en faire, elle m’a souri "viens que je t’embrasse, je ne peux pas te raccompagner tu sais" oui, je sais, je sais

  • Il m’a donné ce livre, estampillé Ville de Montreuil pour que l’emmène à Marseille. Voici donc les anamorphoses à la fenêtre.

    Voir en ligne : Fenêtres open space

  • je suis arrivé à l’heure mais il n’y avait personne, j’ai poireauté un moment, lu le canard, attendu un peu puis je me suis tiré (il y avait là cette photo à faire, je l’ai faite, la voilà, mais il a fallu que cette jeune file se jette dedans, et pour la doubler, je n’avais pas le temps ou le courage d’attendre qu’elle s’en aille, le vigile du bout de la galerie regardait le manège, et j’avais un vase à finir) (pour mon loyer, je fais comment ?)(foutre foutre foutre)

  • le métro bondé (blacks beurs autres quelques uns d’autres encore, des filles voilées ou non, avec des poussettes ou pas, des garçons en short tongues enfin la complète vendredi 23h, tatoués percés saoûls ou éméchés, demain ce sera pire) après le restaurant de pâtes (olives mascarpone) pizza, rencontre mariachis, le chapeau "mettez-le il va prendre la photo", je l’ai prise, je vais lire "le roi des aulnes" göring tel qu’en lui-même probablement, j’en sais rien, romancé, demain est un autre jour, sur Fontainebleau, il faisait beau aujourd’hui, ce matin lever tôt, A6 et retour, passer, avancer, revenir (comme hier, comme demain) (ils construisent deux enceintes concentriques dans la cave, on le note, je crois qu’on les voit un peu)

  • Ce fut très compliqué d’arriver en train à la plage - mais c’est ainsi qu’on fait des rencontres.

    Sur la rive (pas de sable, des galets, puis jetée de béton), du monde. Dans l’eau, un chien et moi. Assez vite, des cris : quelques mètres plus loin, un second chien se noie. J’aperçois un corps d’homme qui l’attrape, le tire, tente de le ranimer. Des cris, encore, déchirants, toujours du même homme, autour duquel un groupe s’est formé. Le chien meurt, je crois.

    Quelques mètres plus près, d’autres corps tournés vers la mer. Est-ce la nage, le mouvement qui relient les deux ?

    Voir en ligne : Fenêtres open space

  • fait beau, hein...! (enfin, presque) (le mois de juin, en bas de la première colonne du calendrier des postes, après on remonte, vers juillet, mais les jours descendent, le bordel comme d’habitude dlamerde) (on se demande comment on fait pour tenir, on tient quand même, on tient et on tient) (des fois on est fatigués et on voudrait simplement s’asseoir, un peu, dans le vent, regarder les îles au loin, et ne faire rien que d’attendre que ça finisse, enfin) (enfin) je suis allé par là car la rue est en travaux, marre de la maison, pas vraiment mais presque (c’est pas la franche gaieté mais on s ’en fout) (c’est une photo du passage quand on le continue après les travaux de cette saloperie de régie et qu’on va vers le garage)