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journal | avec Bergounioux tu manges pas

NOTA : le 13 février – question réglée, j’ai annulé ma participation, je ne me déplace pas dans ces conditions – je resterai chez moi, au moins lui il me donne à manger.

Dans l’espère de désagrégation globale du monde universitaire côté Lettres, séparé du web, sclérosé par ses hiérarchies et carrières, plus la tranquillité de l’emploi, la façon dont ça vient jusqu’à nous, saltimbanques, avec une espèce de naïveté confondante. Il y a quelques années, on m’avait fait l’honneur d’un colloque à Saint-Etienne, et c’est d’ailleurs la même équipe d’irréductibles et passionnés qui lance à Clermont-Ferrand une initiative équivalente sur Pierre Bergounioux, un ami de plus de 25 ans. Pierre était venu à Saint-Etienne (je me rappelle ce gros pull jacquard qu’il portait) et Sylviane Coyault, qui organise, m’a parlé de la Grière, donc pas d’hésitation. Reste qu’on en était là, sans jamais plus parler boulot ni programme, quand hier je reçois ce courrier. Pré-programme où j’apprends que je n’aurai à participer qu’à une table-ronde sur les amitiés de Pierre Bergounioux dit comme ça en vrac, après tout pourquoi pas, même si la formule de Blanchot : « amitié : amitié pour l’inconnu sans amis » conviendrait mieux pour ce qu’on partage quant aux livres. Et dans les amitiés premier cercle de Pierre, il y a le mec de la casse de Corrèze où il achète sa ferraille, donc forcément ils le feront venir, le gitano ferraillou (noter quer Pierre lui a fait sa statue en 5 mètres de haut devant sa casse, un exceptionnel monument aux vivants). Pour le reste, l’amitié c’est privé et ça se déballe pas en colloque, mais au moins comme ça je le connaîtrai moi aussi, le ferraillou. Par contre, ce qui m’a soufflé, ce qu’on ne m’avait jamais fait : pas payé, d’accord, c’est pour Bergou on s’en fout. D’ailleurs, eux, les profs et Bergou lui-même, ils seront les 3 jours en congé sans solde pour l’égalité démocratique, je suppose. Mais le mail que je reçois en est déjà à dire qu’attention si je me sers du téléphone à l’hôtel c’est à mes frais. Y a des gens qui se servent du téléphone dans les hôtels, parmi vous ? Même Bergou il a un portable, depuis quelque temps, même s’il s’en sert plus pour appeler que pour répondre. Et puis le summum : le colloque est prévu pour durer 3 jours, 22, 23, 24 mai. Des fois c’est pas marrant, on va manger dans des restos U qui sont pas la crème de la gastronomie locale, mais ça peut se transformer en creuset de convivialité assez formidable, tiens, dans le resto U de Marseille avec le CLEO tout ce qu’on avait causé avec Le Crosnier Hervé ! (Pourtant un petit zeste de remords dans le souvenir, parce que passant juste après Lionel/Calimaq éblouissant ce jour-là, j’avais fait toute mon intervention dans ce sentiment bizarre que je n’arrivais pas à cadrer, à avoir vraiment appui au sol.) Mais Clermont-Ferrand lisez : Le déjeuner du 23 mai ainsi que le dîner du 24 mai vous sont également offerts. Et je suis sûr qu’ils ont un nom savant pour l’usage de l’adverbe dans ce genre de phrase, jouxtant le verbe offert pour te dire que le reste non (genre oxymore ?). T’as même pas le droit au resto U. On te fait venir de 320 bornes, on te mange 3 jours mais on te donne à becter 2 fois... Bon, y a toujours le déjeuner du 23, je partirai le matin 6 heures en bagnole, j’aime bien l’autoroute, serai sur place à 10h, mon intervention est à 17h, et donc serai reparti à 20h pour retour 23h. Faudra quand même que je sois sûr qu’ils me payent l’essence : ils parlent de train et pas de bagnole, mais Clermont-Saint-Pierre des Corps en train ça le fait pas. Et le jeudi soir faute de resto U on ira avec Bergou au MacDo de la place Jaude, ça coûte pas trop cher. C’est Bergou, qui ne mange pas : j’en ai pitié, des fois, quand on mange ensemble. Il parle et parle, et c’est moi qui suis obligé de lui dire : – Mange un peu Bergou, ça va être froid... Mais ça lui est un peu indifférent ces trucs-là, c’est pour ça aussi que son amitié est précieuse. Peut-être, dans une table ronde sur Les amitiés de Bergounioux, les 2 autres personnes convoquées pourront m’expliquer comment ils font, à table, pour que Bergou mange et ne parle pas ? Mais moi, pendant qu’il parle, ça ne m’empêchait pas de finir mon plat du jour, jusqu’ici. Sauf à Clermont. Dingue, trente ans de boulot, première fois que je vois ça. Ci-dessus, Saint-Etienne, mars 2007, Pierre Bergounioux et Dominique Viart (à Saint-Etienne, on avait donc eau fraîche à volonté, mais à Clermont, où tout est décompté ?).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 février 2013
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