journal | gai comme un menhir noyé


Ce n’était pas venir au bord de la mer par plaisir, mais on ne vient jamais au bord de la mer par plaisir, juste comme ce besoin profond qui prend de toute façon si elle a été absente trop longtemps, une prise de force ou une mesure d’obéissance pour ça aussi que c’est bien rarement l’été donc venir et puis quand même le bout de la jetée, et c’est toujours ainsi le bout de la jetée un dimanche d’hiver et quand même penser : au XIXe, quand ils l’ont construite, la jetée, il leur fallait du soutènement – c’est un pays d’eau et de vent, ni pierre ni bois, alors ils s’en sont allés ramasser les pierres que d’autres ici avaient déjà traîné, et plus de 600 menhirs, pris sur ces éperons et chapelets d’anciennes îles qui tissent la côte vers le sud pendant 40 kilomètres, ils ont raflé les menhirs, les ont transporté et noyés, c’est Carnac là-dessous, notre Carnac de Vendée, un carnage de Carnac mais comment on ferait le chemin inverse aujourd’hui n’empêche que toutes ces années, après Rome, disons de 85 à 90 quand j’ai beaucoup vécu là-bas, que j’avais ces apprentissages et que Jean Audeau m’enseignait les exercices du rêve et quelques autres je les voyais souvent, dans leur absence, aux cornes rituelles, les menhirs enlevés qu’on ne saurait plus rétablir : tu comprends que quand je marche sur la jetée, je les suis de l’un à l’autre, sur la toute pointe des pieds, léger sur leur sommet ? On a vu les bateaux du Vendée Globe, aussi, de retour et même pas fourbus, juste vides et sans marque visible des trois caps, qui faisaient aussi partie du rêve, autrefois – il faisait froid et vent, d’ailleurs je suis revenu enrhumé et on avait bien autre chose en tête de toute façon.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 27 février 2013
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Messages

  • (mon père l’accompagnait tout au bout du chemin/ et froissait un billet dans sa poignée de main) y’a eu un documentaire radio objet : la voix, précisément : allain leprest (quand ils nous embrassait/ on s’essuyait les joues/ lla la lalala) drôle de mec (ça fait dix mille repas/ que je rajoute une assiette pour le pote à papa) mais des chansons... quelles chansons... j’adore ça ( vivait à Ivry le garçon, l’est mort parce qu’il en avait ras le cake, peut-être bien, de son crabe, ou de l’alcoolisme ou du reste ; mais pas des chansons, je ne crois pas) (la photo pour lui)

  • ils commencent à couvrir (c’est bientôt fini cette affaire-là) (appelé appelé appelé : ça répond de temps à autres) (difficile de ne pas s’imposer : faut se battre et j’en ai marre) (ya un truc entre le banquier stern, l’ex du fmi, la juriste sadmaz àlak : les turpitudes de l’époque ; quand ça ne parle pas de sodomie et d’homosexualité, ça ne peut pas s’empêcher de parler de perversion) (c’est difficile la vie) quel chantier (on voit ou quoi ?) (lu l’article de la despentes - autorisée à parler parce que ce sont des sujets qui lui vont je suppose- outre l’emploi assez caractéristique de mots crus -pourquoi faire ?- il est bien)