journal | appartient à une communauté d’écrivains imaginaires


Dernière journée avec mes 2 groupes Sciences Po, un horaire ingrat (12h30->14h30 immédiatement suivi d’un 14h45->16h45) et un semestre qui file à toute allure. Les rapports qui changent, on se regarde de loin au début, j’ai la trouille plus qu’eux, je veux tout justifier. Une remarque d’un étudiant, à la 3ème séance, qui va nous mettre sur les rails qu’on suivra jusqu’au bout. Et ce qui nous revient de boulot, ne laisser personne en route, lever les portes de fer, faciliter pour celles et ceux aussi qu’on sait déjà sur des routes affirmées. Apprécié dès la 1ère fois ces élèves avec très forte majorité de province, de Toulon à Roubaix, grande diversité de parcours (8 nationalités dans les 2 groupes), et surtout la façon dont ici regard ancré dans l’analyse politique et sociale, une approche concrète et complexe du réel qui s’entend dans chaque prise d’écriture. Pour cette dernière séance, c’est hier après-midi seulement que ça m’est apparu une évidence, apporter ces 4 livres : Danse avec Nathan Golshem de Lutz Bassman, Slogans de Maria Soudaïeva, Herbes et totems de Manuella Draeger, Écrivains d’Antoine Volodine. Avec pour critère que chacun de ces livres, ces 2 dernières années pour 3 d’entre eux, et bientôt 10 ans pour Slogans, a été pour moi une découverte majeure, un enchantement, mais avec violence. Et parler. Plus bref, juste 30 minutes chrono, mais 2 fois puisque 2 groupes. Et que ce qu’on décrypte c’est la matérialité des codes du livre, les achevés d’imprimés, les notices biographiques, jusqu’à tomber avec eux sur cette phrase en IV de couv du Herbes et golems : « l’auteur appartient à une communauté d’écrivains imaginaires » et là c’est gagné, les têts s’allongent. L’histoire du mot écrivain, la dés-individuation des démarches scientifiques, et de la plupart des démarches artistiques. Et l’écriture y échapperait, alors que nos usages sont déjà plus loin que cette ancienne fétichisation symbolique du rôle de l’écrivain ? J’avais eu une mauvaise expérience il y a quelques semaines à vouloir travailler en groupe sur EtherPad, la plateforme était victime de son succès, on ne s’en était pas sorti avec la bande passante. Apparemment ils ont trouvé leur modèle, limite à 16 participants (donc fini de faire intervenir en douce des copains de l’extérieur convoqués par twitter) mais drôle de moment, où tout le groupe s’engouffre dans la page commune, et, passé le premier moment d’appropriation et défoulement, c’est l’écriture qui relaie petit à petit chaque auteur, on ne se demande plus qui écrit, et figurez-vous même qu’à 16h49 c’est moi qui leur ai dit qu’on avait débordé l’horaire. Mais toujours et toujours pareil : l’exercice en lui-même, pourquoi pas. Mais installer le contexte et l’enjeu, et le faire par cette oeuvre qui s’écrit directement depuis ses noms, Volodine en étant seulement un parmi d’autres, on est au centre de tout.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 avril 2013
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