New York, 6/13 | heures d’ouverture

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Chaque fois cette surprise, rentrant dans la nuit des lumières de New York vers le petit logement mis à dispo par la NYU, de voir les étudiants entrer ou sortir de la bibliothèque universitaire. J’avais vécu comme un bonheur, il y a 3 ans déjà, la proposition de la BU dAngers d’un atelier chaque jeudi soir, d’octobre à avril, de 19h à 22h30, heure de leur propre fermeture. Une ambiance différente, le soir, nombreuses traces sur mon site. La BU en plein centre-ville, la wi-fi dispo, et ces dizaines et dizaines d’étudiants qui venaient là avec leur ordi ou leurs livres. C’était un peu ça à Québec, aussi, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, qui fermait à 21h30 : lieu public où s’assembler pour une activité intellectuelle, qui peut s’exercer de façon collective ou solitaire (à Angers, il y avait une suite de petites salles vitrées où travailler en groupe ou en musique (zeugme du soir)), avec ou sans les ressources proposées par la bibliothèque elle-même. Et qu’on travaille différemment. Atelier d’écriture que j’avais vraiment apprécié, 1 par le temps offert, une vingtaine de séances, 2, par cette ambiance du soir, ouverte, 3, pour la composition du groupe, aussi bien étudiants qu’enseignants et personnels de la fac, sans question préalable sur la discipline, la bibliothèque offrant d’elle-même ce croisement. Il y avait un envers : normalement les ateliers d’option artistique comptent comme crédit pour les étudiants, et, là, l’administration de la fac, profs et services culturels, avaient fait brutalement marche arrière, alors même que nous commencions – un atelier artistique sous l’égide de la BU ne pouvait prétendre à la même reconnaissance qu’un atelier proposé par les facultés. Je sais qu’Olivier Tacheau et Daniel Bourrion, même s’ils m’en ont dit très peu, en ont été mâchés. La BU du soir, je sais l’astreinte que cela représente pour le conservateur qui y est de service, organisation personnelle du temps, privé et social (facile, suffit de les suivre sur twitter), prise en charge salariale d’un vigile, et la présence d’étudiants "moniteurs" qui faisaient passer la BU en autogestion. Ah bon, toutes les BU en France ferment à 22h30 ? Ici, la BU de la NYU ferme à 1.am, soit 1 heure du mat, et ouvre juste un peu plus tard le dimanche. Qu’on ne peut imposer ces rythmes à des personnels non volontaires ? Certes,mais on retrouve aussi des compensations dans le mouvement des autres heures. Et c’est si précieux pour les étudiants, ces quelques heures de plus, ou bien on se moque de qui ? Demandez à n’importe quel étudiant parisien ce qu’il en pense, de la galère des heures de bibs, même si la BNF et la BPI font tampon. Ça ne me regarde d’ailleurs pas, tout ça. Juste que chaque soir, revenant des lumières de New York, et qu’avant de remonter au petit logement du 10ème étage, on voit l’activité nocturne de la BU, j’ai une petite pensée pour les copains d’Angers. Et toujours une petite peur : et si, au final, ils y gagnaient quand même, les étudiants [1], ça s’améliorera quand, le décalage ?


[1Voir ci-dessous le commentaire de Canan Marasligil sur Londres, Amsterdam, Montréal, et j’y ajoute ce commentaire inséré par Marc Jahjah via Facebook : La bibliothèque universitaire de Laval ne ferme pas pour les étudiants de 3ème cycle qui ont une carte spéciale ! Personne à l’intérieur, sinon les agents, les livres, et les autres étudiants (je crois). Les lieux se réorganisent en effet selon les heures d’ouverture. Impression étrange, également, en Tanzanie au réveil, alors que la réception était vide : exaltation (passer de l’autre côté, jouer à l’employé, parcourir les lieux interdits) et crainte d’un pouvoir illimité. Et parce que cet entre-deux est difficile à gérer, il vaut mieux parfois aller se recoucher.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 mai 2013
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