New York 14/13 | insoluble et total régressif

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chemin vers Louis-Joseph Papineau

Comment cesser un voyage ? Certainement pas aux misérables piles de papier procrastinement repoussées sous la dalle 27’’, et ce ciel noir tout froid après l’air Brooklyn. Alors en continuant de lire presque boulimie ces jours-ci, mais lundi je récupère les 250 premières pages du Proust épreuves, et autres épreuves réelles d’importance sur le chemin. Engoncé aussi dans ce qui se passe là-bas pour l’écriture, la question du web pas mieux tranchée que la nôtre, la normalisation des écritures beaucoup plus affirmée, et reconduite dans les MFA creative writing aussi bien que dans les revues, et qui les pousse à venir chercher l’équivalent ici, où évidemment ils se perdent. Beaucoup profité du petit Kindle PaperWhite, avion et ville et soirs, quel confort ces liseuses, repos de soi dans la lecture dense, et toute la bibliothèque selon affinité à glissé de main. De retour ici je continue à lire, mieux piger le fonctionnement du creative writing et à quel endroit ça rate leur propre littérature, et puis le plaisir quand leur langue à eux brûle. Le Manhattan Transfer de Dos Passos, le How to write de Gertrude Stein, plus là-bas le 22.11.63 de Stephen King qui est un fameux morceau de malaise. Mais repassé avec tantinet de soulagement au Kindle Fire, même si nettement plus que rustique à côté de l’iPad Mini : la tablette à côté de la liseuse, c’est passer du calme équivalent papier à l’étage supérieur. Page vive au doigt puis lire le web, lire dans le web parce que la réflexion dense de la littérature s’est toujours accompagnée de ce retour actif et réflexif aiguisé sur le monde et que le web en est désormais l’instance, sans doute un des points qui explique la façon dont l’instance universitaire (en lettres) s’est laissée sombrer sous 36 niveaux de toute interaction avec la vie citoyenne et intellectuelle – et nous on n’a pas à reprendre le rôle sous prétexte que le web on a les pieds dedans, on reste avec nos textes parce que c’est le champ principal, notre seul champ, artisans mais pas de l’idée. Mais c’est bien pour ça que c’est insoluble et total régressif, la situation en ce moment : on a besoin de ce qu’on trouvait dans les livres, mais hors le très recommandable travail de Minuit (sur Twitter EdeMinuit) qui propose son catalogue avec respectueuse numérisation (Claude Simon en num, quelle redécouverte sensuelle), toujours pas de Gracq, Michaux, Artaud ni Cendrars alors qu’’ils s’éloignent dans leur fond de brouillard, assis sur leur coffre-fort. Pas envie de la lecture consommation – donc la totale équivalence du web et du livre pour les chemins à prendre en ce moment et c’est ça qui accapare. Paradoxe, l’ancien monde du livre, dos contre la porte pour retarder la mutation numérique, va nous faire collectivement sauter l’étape livre numérique pour entrer bien plus vite dans cette idée de lecture dense à même le web. D’ailleurs mon voyage d’hier, matin soir, ça aura été sur nerval.fr avec l’impression qu’il pouvait se passer là, pour ma pomme, le même saut transitif qu’à lancer remue.net collectif en 2001 ou publie.net en 2008. Tout ça continue, l’équipe remue tient ferme, et publie.net on a sacré catalogue tout ferré à neuf, même sous voilure réduite cause météo aussi gaie que le pays. Et l’évidence, à comparer le frisson dans la tête des 3 expériences successives, que le point commun c’est que dans le web on ne fait rien tout seul. C’est peut-être ça, finalement, le chaos encore plus grand sous la secousse mortifère du livre, qui n’arrive à penser que sa transposition marchande : un système basé sur l’individuation de l’auteur, alors que s’est inauguré de longtemps la définitive cassure de cette instance toute récente (le mot écrivain naît au XVIIe siècle, sa fétichisation se construit fin XIXe). Un petit air de Brooklyn en haut de page : après tout, c’est une ville française bien plus grande que Saint-Cyr sur Loire, où finit le mince fil cuivre de 3,7 kilomètres qui me relie au dégroupeur monde.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 mai 2013
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Messages

  • on a été voir "Loin du Viet-Nâm" (je crois que le film est réalisé par Chris Marker, avec des "sketchs de Resnais, Godard, Lelouch et d’autres dont celui de Michèle Ray, -Victor Charlie-probablement le plus vrai de tous) : ici une photo du film réalisé par Joris Ivens au Viet Nâm où on découvre comment les vietnamiens se protégeaient des bombardements en s’enfouissant dans des petits cylindres de béton construits ici par ces femmes : une guerre des pauvres contre les riches que les riches ne pouvaient pas gagner... Froid dans le dos, film de propagande, se servir du cinéma pour énoncer des idées dialectiques, les vertus de la Révolution et du terrain pour en finir avec l’impérialisme énoncées par Fidel Castro et Ho Chi Minh qui fume : la fin des années 60, en France loin du Viet Nâm... (on pense à Deer Hunter, ou à Rambo)