journal | Romorantin est un roman (rantin)


C’était à La Baule, samedi après-midi, le Tang’ (dit Tanguy Viel dans la vie civile) était parti pour une heure de parole sur le roman américain, ou bien la spécificité américaine du roman. Et pas facile de marcher sur la corde raide, Stéphane Bouquet la veille avait mis la barre très haut sur la notion de réel et de réalisme, du rapport langage choses, et Tanguy, comme nous l’écoutions, savait pertinemment tous ces fils (tiens, la passion américaine pour le roman russe, est-ce que ce n’est pas lié à cette nécessité d’enracinement hors vieux monde européen ?) un tout indémêlable. Là il parlait du statut du concret, pas seulement de la description, chez les grands auteurs US, et il a sorti : — Une fois j’ai voulu savoir quels romans français parlaient de Romorantin... J’ai de l’affection pour Tang’, une affection libre pour l’avoir reconnu très vite comme un type qui aurait son chemin à faire, et immense respect pour la façon dont il l’a tenu, son chemin, tout droit sur une route qui n’était pas du tout évidente, et très loin de la mienne, avec un référent formel qu’il a sans cesse su formaliser et énoncer. Et probablement ça restera indivisible entre nous. Donc coincé, le Tang’, parce que bien forcé de continuer : — À part François Bon évidemment..., alors qu’à ce moment-là je n’aurais certainement pas repensé à cette scène de Un fait divers qui se passe précisément – et fictionnellement – à Romorantin parce que c’était avant le temps des autoroutes et qu’en traversant la France en diagonale vers le Sud on choisissait de rouler de nuit et donc forcément on y passait, à Romorantin. Depuis je suis allé plusieurs fois à Romorantin, tenu un atelier d’écriture au lycée pro, assisté à une lecture à la médiathèque (très active), et même si l’autoroute nous en dévie, c’est autre chose que la vieille phrase des manuels de prononciation, pour introduire au r roulé du chant français (ou d’Apollinaire et Aragon) : Je roule ma brouette dans les rues de Romorantin, dites-le trois fois. Je crois qu’à cet instant, sur le rapport de Romorantin et du roman, même si j’ai instantanément pensé au bled de In Cold Blood, je savais à 100% ce dont parlait Tanguy, et qu’on cherche nous aussi dans la langue, qu’on cherche avec les mains, pas avec la tête, même si ce fou de Tanguy a des manières bien plus agitées que les miennes d’aller à leur rencontre. Enfin, c’est pour ça aussi que La Baule c’était bien. Et aujourd’hui j’y ai repensé, quand sur l’autoroute tout d’un coup j’ai vu marqué Romorantin. Reste que maintenant, et toutes les heures de route qui ont suivi, c’était ça la question, obsédante : Issoudun, La Rabouilleuse, d’accord, mais là comme ça, de tête en conduisant, est-ce que je pouvais en trouver un seul bouquin, avec Romorantin dedans ? Quant au Tang’, il m’a dit n’être pas n’être pas « venu voir ton site depuis au moins un an », alors bon, d’ici qu’il réponde, hein.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 juillet 2013
merci aux 363 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • C’était un peu dommage moi qui aime tant la chaleur (protectrice) d’aller dans un endroit où j’ai dû enfiler un chandail sous peine d’avoir froid. Bien travaillé, au moins d’un point de vue ménager (sauvegardes et tris de photos, la profusion du numérique contraint à un effort constant si l’on veut que les images vivent).

    À l’heure où je suis partie, le vaisseau était vide, et si impressionnant.

  • (je réfléchis au vase) (hier au ciné, "metro manila", policier urbain tragique) (et magnifique) (avant hier, "donoma" film guerilla : rien que l’intitulé donne envie de fuir, et on a eu tort de ne pas) (le ciné la climatisation barbès fermé et "tati les prix les plus bas") (fait trop chaud, mais c’est les vacances) (encore un meurtre en Tunisie c’est à ne pas croire et c’est ignoble) (qu’est-ce qu’on va devenir au Maghreb ?) (voilà que JJ Cale s’est tiré, ah c’est comme ça la vie)