journal | du commerce précaire et de la main à couper


Un peu estourbi hier par le jetlag, encore des choses bizarres et flottantes qu’on ressent sous le crâne, et rémanence des images de là-bas. Mais il faut bien aller assurer l’intendance au Géant Casino dit La Riche Soleil, et se garer près du garage à caddy qui révèle chaque fois son plus beau poème. Ainsi donc, on ne vous propose pas de venir tenir commerce, mais de tenir commerce précaire. Choses qui m’ont assez miné ces derniers mois et minent encore. Donc on se met sur le parking, on loue sa place précaire et on devient un précaire commercialisé ? Je réfléchis toujours, là, 2 heures plus tard, aux incidences que ça pourrait prendre pour mes propres activités. Reste qu’à la caisse, la dame au nez pincé en avait après les voleurs, et nous a pris à partie : — C’était déjà ça au temps des Romains, affirmait-elle. Mais quoi ? — On leur coupait les mains, aux voleurs, tout simplement, alors après qu’ils essayent, de recommencer. Moi qui avais grappillé trois grains de raisin clandestinement (remarque, il aurait été meilleur, j’en aurais acheté), j’ai commencé à trouiller sec. Mais non, c’est pas à moi qu’elle en avait. Elle a compris qu’on n’était pas sur sa longueur d’onde alors elle en a remis une couche, on s’est escampé, welcome home. Puis finalement, en roulant le chariot vers la bagnole, je me disais que c’était assez rationnel son truc, avec les caisses qui donnent sur la galerie : tu payes tu passes, tu voles, paf, t’as la machine juste après les photocopieuses en panne et le pressing à vendre, avant Phone House qui licencie son personnel, là t’as la machine à trancher, hop la boum... Suffit qu’ils reprennent la machine à jambon de la charcutaille, tout au fond. Elle le répétait encore avec sa voix nasillarde, exprès pour nous qui n’étions pas d’accord, alors qu’on était déjà à huit mètres, fuyant : — Qu’on leur coupe les mains alors vous verrez...



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 novembre 2013
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Messages

  • (bof j’en tape pour une barre à l’union de recouvrement) (j’ai pas la queue d’un jfais comment docteur ?) (j’en sais rien, on verra hein) (j’ai fini ma saisie, pas un mot de la commande, c’est sans doute que ça craint du boudin, demain j’appelle) (je finis le reste, et j’en ai ma claque) (à l’image un petit camion, sans doute électrique, dans la cour de l’institut pasteur, ou de l’hôpital qu’il y a en face, hier soir, en se promenant au froid, paris 15) (le 5 novembre c’était l’anniversaire de ma mère-elle aurait tapé 87, elle voulait pas qu’on le lui rappelle, elle trouvait ça chiant comme la pluie)

  • voilà une quinzaine que je n’avais pas eu le temps d’aller trouver TNPPI, je l’ai embrassée, surprise, elle devait somnoler je pense, elle m’a parlé des avocats (il est difficile de savoir ce qui lui traverse l’esprit, mais je suppose qu’elle a sans doute rencontré quelque institutionnelle, ou sa tutrice, ou quelque chose), elle m’a dit qu’il fallait bien mourir, que c’était la vie, elle m’a regardé profondément de ses yeux, les bras croisés derrière la tête allongée sur son lit, me disant j’ai toujours vécu à l’hôtel tu sais, puis me montrant ses quatre peluches, "ils me tiennent compagnie, oh merci pour les fleurs, elles enjolivent ma vie tu sais" ah bah, je l’ai embrassée et serrée contre moi avant de partir, sur le pas de la porte elle m’a murmuré quelques mots en arabe que je ne comprends pas, comme pour se confier, comme lorsqu’elle parlait avec sa petite soeur afin que ses enfants n’entendent pas... (dehors le temps de novembre, devant l’hôtel qu’on ravale, la Jeanne toujours vaillante et dorée-zeugme)

  • (je lui apporte toujours le même type de bouquet ; la fleuriste coiffée à la b52 me dit "comme d’habitude ?" je fais oui, on parle de la pluie et de la pluie, voilà je m’en vais) à l’arrêt du 68, une femme parlait à une autre (et pour qui voulait entendre, tu vois le genre) "nous avons passé un mois entier terriiiiible de stress" accentuant aussi le stress, "mais voilà, nous l’avons oh elle est extraordinaire, une maison, charmante dans le cinquième... Le stress des riches a-t-il la même influence sur leurs artères que celui des pauvres sur les leurs- ou du moins peut-on l’espérer- ? (faudrait en parler avec les Pinçon Charlot tiens) (c’est le quartier qui veut ça)