journal | OUIGO (mais la langue non)


Ils avaient inventé IDTGV pour leurs TGV charter à bas prix pourquoi pas, c’était une bonne idée. Mais la mode, pour faire numérique et progrès, c’est la multiplication de ces enfilades bâtardes entre les deux langues. Les copains québécois, quand les étudiants truffent leurs posts de fun, ride, gang, party, shit, awesome, vibe ou sharer, ils nous font encore des remarques sur notre frangling mais là avec OUIGO garanti SNCF trois fois en huit lignes je démissionne : comment on peut leur faire croire à la langue, aux gamins, dans cette soupe multipliée par cinquante et par cent, mots qui n’ont de durée que la saison et poum ça meurt ? Je ne ouigoterai pas dans les trains demain.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 décembre 2013
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Messages

  • ce matin, il y avait un rayon de soleil dans la rue (c’est une rue où il y a eu 14 arbres ; maintenant, il n’y en a plus que 13 : un type complètement cuit au volant de sa caisse en a rétamé un il y a peut-être sept ans, j’ai demandé un jour aux gens du cabinet du maire s’ils avaient l’intention de replanter un arbre-nous étions je crois vers la même époque ; la fille -sous dir cab alak magrhreb pour faire chic fille pour parité etc. a fait "oui tout à fait monsieur, c’est prévu pour le mois de février prochain" avec un sourire qui aurait mérité une bonne pêche ; j’ai fait : ah oui, merci, je suis parti ; sept ans après on attend toujours (tu me diras, ça a changé de municipalité : eh ben non c’est toujours le même, ou alors son valet) (c’était sarre, c’est bloche) (attaque ad hominem)

  • (non, mais si je pousse pas un peu les couleurs, c’est un peu triste) (ça avait quand même cette allure) (l’arbre qui manque, on ne le voit pas) (évidemment puisqu’il manque, j’entends)

  • il y avait aussi un type avec son jet d’eau qui nettoyait (il était type dix heures quelque chose) (j’ai essayé de l’attraper, mais non, on le voit à peine, il s’est tiré ne voulait pas être dans la photo j’imagine) (on le voit sur la première mais faut faire attention) (je ne l’ai pas vu du premier coup d’oeil non plus tu me diras) (question boulot turbin taff ou la tôle, ça marche mal comme jamais) (jamais ça n’a été aussi pourri, ambiance délétère, pas de réponse au téléphone, au mail jt’en parle même pas, enfin une horreur) (oui, mais il faut encore traîner là-dedans quelques années putin)

  • il y avait un meeting aussi, en bas : ils étaient cinq à discuter le coup (lequel ? je ne sais pas, les ascenseurs ? quelque chose d’autre ? je les ai revus vers midi qui s’en allaient) (j’ai une cheville à moitié folle, je trinque, je ne sors pas) (je fatigue en même temps) (j’avais projeté d’aller voir le dernier des justes, mais finalement non, un autre jour je crois peut-être, je suis trop crevé et ça ne risque pas non plus de me remettre d’aplomb) (j’ai fini le bouquin sur les frères Jacques, je suis démoralisé et j’ai vraiment plus de courage, mais alors là vraiment plus) (pour un peu j’irai me coucher) (à cause du boulot, tu le crois ? pfff...) (le 14° arbre devrait se trouver bord cadre en haut à gauche, tu vois bien qu’il n’y est pas : j’te l’avais dit)

  • révoltant... la bibliothèque d’histoire des sciences ferme, comme ça, par édit royal, un lieu magnifique, où le pékin (plutôt chercheur) pouvait travailler comme il l’entendait, au calme... naannn) terminé, fini, fermé. Pour quoi faire ? louer au plus offrant... A c^poté de ça, juste à côté, bientôt ouverture d’une trentaine de salles de cinéma numérique (oui, trente) : le prolo aime aller au cioné, c’st bien connu... pfff

  • j’ai peur de croire comprendre que tout cela fait partie d’une politique qui force les études à devenir privées (tout comme la sécurité sociale et la vaste entreprise d’assurances privées qui se prépare (entendu PIerre Jourde ces jours-ci à la radio, qui raconte comment les profs ont à se tenir dans les rangs de l’agence nationale recherche scientifique : 5 jours la semaine dernière, ici chapitre 1 (à l’image un peu de soleil sur les faux jetons quand même parce qu’on ne se laissera pas faire, putin)