journal | apprivoiser la salle vide


Toujours ce rituel d’une photo dans ce moment juste avant que les gens arrivent. Il faisait tellement beau dehors, ce samedi à 16h30, médiathèque de la Corderie royale à Rochefort, qu’on craignait que ne vienne personne et puis finalement toutes les chaises sont prises. J’ai posé devant moi mon petit Rabelais de 1792 gros comme un iPhone, l’iPhone lui-même (et d’autant plus qu’avec le 5S c’est enfin devenu une vraie machine à lire), l’iPad et un Kindle PaperWhite. L’ordi est connecté sur Ethernet avec un petit vidéo-proj à côté, mais comme d’habitude je ne m’en servirai pas, sauf à la fin pour projeter quelques blogs qui me semblent illustrer ce en quoi l’écriture sur web relaie la fonction haute et complexe de la littérature. Pour le reste, impro – je suis assis mais sur le côté de la table, pas derrière, et il y a cette luminosité de mer qui m’arrive par l’épaule gauche, ça m’induira à parler de St Augustin. Plus ça va plus ça s’approche du concert : besoin de ce moment où la salle est vide et silencieuse comme je le suis, et puis après, quand ça s’embarque, juste pousser sur les rames, aller chercher au plus ce qu’on peut, ouvrir avec des parenthèses tous les seuils de digression mais arriver ensuite à les refermer. Est-ce que je parle du numérique ou tout simplement des mutations de l’écrit, justement pour mieux cheminer vers ces questions plus originelles du lire/écrire, je crois que je me pose de moins en moins la question, et que c’est pour ça que j’en suis à peu près sûr quand je termine : c’est bien de la mutation numérique quand même que j’ai parlé.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mars 2014
merci aux 440 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • les travaux continuent, zont mis de la terre dans les bacs à fleur, vont planter des trucs, ils scient, poncent, percent, cognent comme des forcenés, rabottent et plein d’autres trucs encore que je ne connais ni ne vois mais seulement entends (je fatigue) (fais beau, c’est le printemps)

  • on est partis un moment à la campagne, il faisait si beau il faisait si doux, j’ai bossé un peu belleville pendant que tu ratiboisait la vigne-vierge, y’avait les gens qui passaient là devant, faisait beau (j’ai pas fini) (jdois finir l’ao binaf et la compta avant de mettre à la demande de sub) (je fatigue) (déjeuné avec h qui me dit "l’avenir du livre dans la librairie, c’est zéro" je ne suis aps tellement loin de le croire) (fait beau, c’est le printemps (2))

  • (au téléphone (fixe) "bonjour c’est bien monsieur K ? (oui dis-je) Bonjour monsieur K, je suis Anita de la société Dertmerker et je vous appelle pour vous dire que vous faites partie des couples de retaitrés qui ont la chance de gagner un... ah mais non, je ne suis pas retraité ! dis je guilleret ; "ah bonne continuation " elle raccroche, anita, la voix du Maroc ou quelque chose, la plateforme où on affiche toutes les semaines la photo du héros qui a réussi à alpaguer le plus de gogos, où on gagne 4 euros l’heure les bons jours, mais est-ce que je vais agonir d’injures Anita ?)

  • (non mais c’est parce qu’il y a une suite, faut suivre je dis ça pour celles et ceux qui arrivent dans le journal) (les photos c’est pas simple) bon voilà, ils ont foutu ce voile blanc sur l’échafaudage, bientôt ils vont eux aussi se mettre en empuantir la rue avec leurs bruits de sable et de je ne sais quoi, je vais être obligé de fermer les fenêtres, dlamerde) (en tout cas, fait beau et c’est le printemps)

  • ce matin au bar j’étais en avance, voilà un italien qui se pointe, qui fait comme ça "un café avec un peu d’eau chaude parce que ça dissout la caféine" le barman (la trentaine qui sait tout maigre comme un haricot merdeux qui "salut les gars" aux prolos et obséquieux avec les vieilles rombières, celui qui sait tout, tu vois le genre) "mais bien sûr monsieur, un pot d’eau chaude, ça ne change rien mais faut toujours écouter ce que disent les médecins" l’italien le regarde en souriant, je blague "même quand ils ont raison" je fais, je lis mon livre ("Pays perdu", Jourde Pierre), l’italien met du sucre et fait sur son café allongé "mon frère a disparu d’un seul coup, une rupture d’anévrisme, vingt huit jours exactement après sa femme, il me disait "j’ai encore rêvé d’elle, elle avait froid, elle me disait "rejoins moi", j’ai rêvé d’elle" et voilà d’un seul coup, c’était en Sicile" dit-il comme si ça devait tout expliquer, je le regarde, je lui souris, il me sourit, il a un petit bouc, des lunettes de vue, les très fines rides d’un sourire fréquent autour des yeux, "mon frère" fait-il (l’image de la porte du 4, refaite)

  • hier je suis allé voir mon amie M., on a papoté, elle m’a dit "j’ai croisé Varda qui expose derrière", et je suis allé voir, pour voir, parce que j’ai toujours aimé Corinne Marchand dans "Cléo de 5 à 7 " (toute ma jeunesse) et même Michel Legrand (quel pédant, mais quel musicien-mais quel pédant putin), une galerie vers Beaubourg, des images (j’ai cru reconnaître en flou certaines de "Sans toit ni loi" (je n’ai pas aimé ce film)) et là, ce type dans son espace "privé" qui m’a fait penser à ces salles de sports qui donnent sur la rue (comme ces vitrines d’Amsterdam qui proposent des respectueuses) où les gens s’affairent, comme s’ils n’avaient rien à cacher (quelle blague), comme ces cuisines à même les salles de restaurants huppés le chef qui officie (dlamerde), ces "open spaces" ces horreurs, abjectes mises en scène de notre contemporain, montrer (y’a rien à voir) mais interdire, l’ordure à tous les étages même à l’entresol, la visite ne vaut pas le déplacement, je me suis souvenu de la Varda déguisée en pomme de terre, de la merveille "les glaneurs et la glaneuse" Edgar Quinet, aussi de "la pointe courte", heureusement dehors, il y avait et de la lumière et du soleil

  • je revenais de chez le comptable (facture d’électricité de moins de 3 mois, pas de novembre tu vois, tout est faux tout est à refaire enfin tout va bien) (faut quand même vouloir) et j’ai croisé l’un des parrains, c’est le printemps on sort ses plus beaux atours

  • je crois que je me suis dit que j’allais aller acheter le journal, histoire de me donner une contenance, parce qu’il en faut pour le recroiser (avoue quand même qu’il a pas l’air commode commode hein) je l’ai doublé, j’ai traversé et puis je me suis retourné et puis j’ai attendu, le feu est au vert pour les autos (mais poser comme ça un colifichet rouge et feutré sur son crâne, moi je dis chapeau !) (tu vois comme il en a rien à foutre de ce que je peux penser, hein, et rien que pour ça, moi j’aime ça) (cravate, pochette, complet, chaussures ferrées (plan américain, on ne les voit pas-on fait ce qu’on peut, là, il est appuyé à un potelet) qu’est-ce que tu veux de mieux ? rien)

  • (y’a pas à tortiller, y’a des trucs on n’y arrive pas - par exemple au hasard : la compta- je suis obligé d’y aller pourtant, dlamerde) (donc j’y vais) je suis allé porter mon offre, le type avait une chemise rayée (on s’en fout y s’habille comme y veut) et une cravate (on s’en fout) (dans les verts, les rayures étaient dans les bleus) tapait les 55 piges (je croyais que ce serait une jeunesse -mâle vu son prénom- mais non, un grand mec serrage de pinces ferme normal cool en réalité, enfin je m’en fous, on m’a pris ma carte d’identité pour me donner un badge en papier (en papier, tu le crois ? mais oui, c’est la binaf) je suis revenu par le quai de la gare, voilà la photo (j’ai pondu un truc pour le clom, posé sur le forum, disant mes façons de penser et de recevoir ce type d’"enseignement" mais vois comme on est entouré cerné de couards et d’incompétents, pas un mot de réponse) (vrai je m’en tape mais n’importe, je continue, il pue sur paris paraît-il) (c’est peut-être pour ça qu’après les étages à pied, je suis à l’article de l’assistance respiratoire)

  • Pas de journal du Blanc, hier, c’était jour de transports, mais pourquoi pas celui de la nage aujourd’hui ? Ce matin, ratage total (pourtant là à 9h, dès l’entrée) : le type des relevés du chlore a disparu (où est-il ?), on ne peut pas vous laisser vous baigner sans les relevés nous dit-on (sommes déjà en maillot, à attendre derrière une barrière), on va faire les relevés manuellement. Ô surprise, les résultats ne sont pas bons. Rentrez chez vous, rappelez, revenez cet après-midi. Je pleure dans la cabine, signe de grande fatigue : au moins, en voilà, une indication. Sur le site et sur les panneaux, ils ont conseillé de s’abstenir, à cause de la pollution.
    J’y retourne quand même.

  • (la vaste conspiration qui fait que les plus faibles du point de vue respiratoire doivent rester chez eux (?) ne pas faire d’effort (??) ne pas se fatiguer (???) et regarder cette télé de merde qui diffuse ces informations de chiottes est en place et c’est la faute à nono) (nono est le pseudonyme de qui vous savez) (on va pas commencer à balancer) (le seul fait qu’on puisse croire à une conspiration est au minimum symbolique de notre mode et de notre société de chiottes) (un certain martin - y’a plus d’un âne avec ce patronyme il faut avouer- indique qu’il va consulter les autorités industrielles/transports/jeunesse et sports/santé/militaire avant d’instaurer, pour ce lundi, une "lourde" circulation alternée pour les véhicules à moteur diesel ou essence) (une époque formidable) (demain il gèle) (ce n’est qu’une rumeur lancée par la droite) les arbres de la rue sont en avance de 3 semaines : ils blanchissent comme mes temps (tu me diras mes tempes c’est pas seulement au printemps)

  • il est neuf heures du matin, c’est le bassin de la villette et on constate la lourde présence du fog (en même temps la photo est prise au zoom : donc on constate qu’il fait doux et que le brouillard du mois de mars est bien arrivé) (on attend les giboulées avec impatience) (sinon ce ne sera plus ce que c’était et ce sera bien dommage ma bonne dame c’est à cause de leur monde virtuel de leurs bombes et de leurs drones) (enfin les drones je ne suis pas sûr) (c’était hier, et demain ce sera pire) (sur la photo de la rue y’a un type qui marche, les types n’ont pas fini de réparer l’ascenseur, la carte bleue de la société est rouge - savent pas quoi inventer, mais je casque- j’ai acheté un miroir chez monsieur K. (55e merci beaucoup) mais le mieux reste à venir) (j’ai du retard dans le journal, alors je le rattrape)

  • on est allé regarder un documentaire qui est nommé "16 acres" (soit 8 hectares, paraît-il - un hectare étant un carré de cent mètres de côté- je dis ça pour fixer les idées- sur les diverses affaires et circonvolutions qui ont présidé à l’érection et l’élaboration de ce qui va remplacer les deux tours WTC (centre de commerce mondial) (what the fuck) notamment le mémorial dédié au près de trois mille victimes de cette attaque terroriste, tragédie, drame, pas accident (le 777 perdu en mer de Chine/THaïlande/ou je ne sais plus a-t-il été retrouvé ? je me demande) ; ensuite un Massimiliano Fuksas nous a parlé dans un langage simple et facile en français de ce qu’il pensait de l’architecture et du cinéma et ce qu’il a dit sur New-York était juste formidable (notamment qu’il s’agit d’une ville "tristissime" vouée au commerce, au profit, normalement et simplement comme le veux l’idéologie que trimballe partout (et notamment à Hollywood et dans ses avatars médiatiques) l’empire dominant aujourd’hui (demain, ce seront des chinoiseries, probablement) : en sortant, la lune était presque pleine et l’hôtel de la rue des Récollets avait allumé ses néons verts