journal | réalité image & photographie mentale (des stations-service)


Je ne sais pas ce qu’est la réalité. Lorsque je perçois souterrainement qu’il y a réalité cela passe par une présence qui n’est pas réductible à l’ensemble de ses signes. Même plutôt le contraire : une économie insuffisante de signes, qui contraint ce qui est à advenir par géométries, rapport réciproque des formes, configuration précise d’une certaine circulation des vides. Ainsi, Times Square n’est pas une réalité, mais ce qu’on aperçoit de la rue transversale du premier étage de l’Apple Bee où j’aime bien vérifier que New York est réalité, et ne dit rien de Times Square, est pourtant l’évidence d’une réalité sinon toute image. Lorsqu’il me vient de photographier une station-service, l’image doit être frontale et vide. Alors que je voulais refaire cette photo en baissant l’appareil à 80 cm du sol pour le cadre et en affinant mes ISO et mon point, une voiture s’est arrêtée devant les pompes et il n’y a pas eu de deuxième photo. De même l’heure est moche : ciel blanc, inexistant. Que j’aie fait la photo ou pas n’a pas d’importance : dans l’écriture c’est avec cela aussi que je travaille, la même chose. On arrête le réel et on prend son insuffisance : les mots s’y superposent en tant que surface – c’est écrire. Image mentale qui est principale en tant qu’image mentale. Ou bien : en tant qu’image mentale, peu m’importe qu’elle soit réellement image, ce qu’établit la photo, ou seulement géométrie et perception du monde, auquel cas cela me suffit pour l’écriture. Pourtant, c’est rare que j’écrive des stations-services, à moins d’une seule ou toujours la même, ce que je raconte ici. Je photographierai donc continuellement et dans tous les pays toutes les stations-services parce que celle-ci, dont j’ai besoin comme enracinement mental pour écrire, je dois en diffracter intérieurement l’image mentale pour l’actualiser dans le présent. Je ne sais pas si ce que je dis est vrai : je dis seulement qu’en faisant une photographie comme celle-ci ce n’est pas l’image ni la photo qui m’importe, c’est un impératif d’autre sorte. Par contre, de toute la masse des images accumulées, et d’autant plus que j’y vois plus mal, la certitude que ce geste en tant que tel m’est nécessaire. Me placer frontalement devant, et procéder à l’inventaire. C’est peut-être cela qui s’appelle photographie : l’inventaire du non-voir sans, sauf que là le voir est dedans, et s’adresse à une réalité disparue 40 ans plus tôt. Alors oui, je sais ce que c’est que la réalité. Ce qu’était.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 2 novembre 2014
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Messages

  • (pour la réalité, je ne sais pas non plus) passé la journée à saisir, saisir, puis corriger, regarder les mails d’habitat participatif (ceux qui s’imaginent les chefs sans vraiment le savoir remercient des travaux effectués sans même féliciter ou quoi que ce soit d’autre, j’aime pas trop jte dirais), dans le métro le type se cure le nez mais porte un panama (ça vaut 500 minimum ce genre de couvre tête), le portable au bout du bras, c’est moins simple : j’avais des photos au point, mais je les ai détruites là on ne le reconnait pas trop, il porte une barbe et une moustache, une lavallière rouge son manteau jeté sur les épaules sur son costume bleu il lit un livre je crois (en quoi il fait mieux que la ministre de la communication)

  • ah, aujourd’hui, vers six heures, le petit chat est mort.

  • (en même temps, quarante sept euros pour un plateau, c’est quand même un prix de roi, ou jdékonne ?) le roi est là qui regarde les drôles de zèbres (sur lequel jettera-t-il son dévolu) au fond des gazelles (tu suis l’allégorie, oui ou quoi ?) enfin c’est du joli (c’est une façon de parler : pour le petit déjeuner au lit, ou j’en sais rien ? ce que ça peut être moche, jte jure) (comme il y a un réchauffement climatique en vue, on peut dire qu’il s’agit d’une illustration de ma savane au Canada) (sans ça je fatigue toujours, jdis des trucs, ça ne sert à rien) (mais la caisse va bien, c’est déjà ça) (y’a deux types qui sont venus pour poser un lien vers la fibre optique : assez sympathiques, j’ai tout compris, je croyait que la fibre optique était un bazar du genre quelques millimètres de diamètre, mais non, même pas un millimètre : l’un des types avait une soudeuse de fibre (valeur 9000 euros dit-il) où on peut admirer sur un écran la joliesse de la soudure grossie 100 fois) (billet dédié à Lydie Salvayre -aux deux i grecs- pour une fois que je suis content de ce type de prix) (j’espère que le Wepler ira à Beinstingel)

  • (je me suis pété la dent de sagesse numéro-je ne connais pas son numéro, mais elle en a un c’est certain, les dentistes numérotent les dents) (à ce propos le billet de l’Employée aux Ecritures de ce jour est particulièrement édifiant) (au fond, à droite, en haut) (c’est le "au fond" qui est particulièrement inutile) (je m’en vais au palais royal tenter de céder la montre de F. reçue en héritage, enfin d’une certaine manière) (je suis fatigué et je pleure) (bah "c’est que le vent" dit une chanson idiote) (paraît que Manitas de Plata a tiré cette nuit sa révérence, tout comme Abdelwahab Meddeb qui était né en Tunisie, jl’apprends le jour de sa mort) (à l’image un coin du 20 que j’ai trouvé sur GSV) (c’est le chien que j’aime particulièrement dans cette photo, et aussi le môme un peu épais premier plan - les deux, là-bas qui viennent vers nous aussi - au fond, en haut, à gauche) ( :*)) (elle me plaît cette photo)

  • je devrais m’adresser à un type de cet acabit (petits papiers distribués au sortir du métro ici) : il ne devrait pas rester insensible à mes emmerdements financiers (il y avait une chinoise, un jour sur ce faubourg, qui portait écrit sur son dos -comme le sandwich recensé ici paradait avec MORT écrit dans son dos- MOUISE , les gens sont marrants) (je l’envoie au Notulographe pour son cabinet de curiosités aptonymiques)

  • j’ai enlevé son numéro de téléphone afin qu’il ne soit pas embêté, mais je me rends compte, regardant le champ de ses prouesses, que la finance n’en fait pas partie (le type porte bien son nom, tiens...) (pfff)