journal | de l’art et des morts

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Quelle leçon a donnée Jean-Noël Lafargue en embarquant ses étudiants de l’école d’arts du Havre dans ce workshop sur la mort (et remonter billets précédents). On suivait les documents et pistes qu’en même temps il proposait sur un blog spécifique, la mort. Respect pour la démarche elle-même, mais ce que ça dit de la démarche : comment ces écoles vous apprennent à travailler collectivement, comme le web nous ouvre au penser collectif. C’est un domaine où j’avance tout doucement, je n’ai pas encore les clés intérieures. Pourtant, je vois bien comment les copains profs à Cergy s’approprient cet axiome par quoi on va plus loin ensemble, avec les étudiants, que là où on sait d’avance aller seul, mais où pas forcément possible d’aller plus loin que ce qu’on sait d’avance. Ce que ça met en cause d’une idée limitée à transmettre. Je ne pensais pas forcément à ça, mardi dernier, dans le RER qui trouait les brumes de Nanterre et traversait ce bout de la forêt de Saint-Germain avant d’en sortir par une courbe surplombant le cimetière d’Achères. Je l’ai souvent photographié. Si mon RER est à heures fixes, le mouvement de la saison est perceptible d’une semaine sur l’autre, indépendamment de la couleur du ciel. Et puis ça va vite, et puis les vitres etc. Là c’était juste à la volée avec le téléphone. Et pourtant les tombes, d’ordinaire droites, semblent juste reparaître d’un monde où ensuite à nouveau elles disparaissent. À regarder l’image, on ne sait même pas s’il s’agit de morts et de dalles funéraires, si le cimetière est clos ou ouvert. Je pousse le petit cliché jpg de l’iPhone avec les curseurs de Lightroom. Ce qui apparaît ici n’est plus ni le train ni les morts. Ensuite c’est l’arrivée à l’école et c’est peut-être cela en fait qui compterait : tout ce temps où je m’extrais, 10 minutes plus tard, de l’escalier et du portillon de contrôle de la gare, puis débouche dans la brume sous l’escalator, et cette rue de ciment qui mène à là où je travaille, ce que je vois n’est plus la dalle ordinaire de Cergy, mais le renversement d’Achères devenu loi du monde. La photographie serait le nom de ce processus : là où elle nous décale après qu’on l’ait faite, dans le reste du réel. C’est si doux ou alors on se sent si bien, quand on traverse le monde réel avec la sensation qu’on vogue chez les morts, pour quelques instants avant que la banalité vous reprenne, et le mal de dents.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 octobre 2014
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Messages

  • (j’aime assez ces livres, ce genre de biographie, j’ai celui de Denise Gence -peut-être est-ce elle qui l’a écrit- François Perrier, Laurence Olivier, Tony Curtis - d’autres peut-être j’aime ça, mon côté midinette-j’ai pas acheté celui-là en passant, librairie de paris place clichy) habitat participatif en réunion, on découvre, on va voir (c’est un peu loin, il me semble, on verra) (pourtant j’ai aimé le titre "maison fondée en 1820" qui m’a fait penser au vôtre, Employée-j’aime assez son père, au Claude, Pierre remarque en même temps, dans ’les Enfants du Paradis" (Marcel Carné 1945) Fred Lemaître, c’est sûr que Maria Casarès n’est pas loin) (j’ai longtemps cherché le livre de cette actrice - Anna Magnani, Ava Gardner et Elisabeth Taylor...- je ne sais plus, mais impossible de mettre la main dessus) (en tout cas jl’aime bien, le Claude)