2015.07.23 | tous les jours le même chemin


 

Ça ne fait que 2 semaines et demi, ça fait quand même plus de 12 matinées à me rendre à 10h (l’ouverture) à la bibliothèque John Hay pour avoir devant moi les carnets de travail de Lovecraft. En fait je pars plutôt vers 9 heures, et je m’arrête dans un de ces cafés avec tabourets devant vitrine, prends mon gobelet comme les autres. Dans la piaule j’ai la connexion, quand j’en sors fini. Cette heure sur le tabouret, devant la rue, je sors l’ordi mais sans jamais savoir ce que je vais y faire. À cette heure, dans le bistrot du carrefour, c’est plutôt ceux qui bossent dans le bâtiment, la sécurité, le nettoiement, ils ont d’énormes vestes fluo avec des inscriptions, des paquets de clés et d’outils. C’est important pour moi, ces moments sans préalable. Des fois c’est cette série dans une vie parallèle, d’autres fois des notes, de vagues projets, ou se mettre dans l’intérieur des différents fichiers Lovecraft, mais pour essayer une vue un peu synoptique. Ensuite, les premiers jours je prenais à droite puis à gauche et encore à gauche, maintenant je coupe par le campus de la Brown. C’est bizarre, les voitures disparaissent, et la notion d’espace a changé : non pas un bâtiment, mais un dédale ouvert de bâtiments, un intérieur de ville qui est aussi un extérieur. Je ne fais que traverser en diagonale, pourtant la tête est déjà dans les 3 heures qui vont suivre, avec juste l’ordi (on doit laisser le sac dans un casier à l’entrée) et les manuscrits, même si le compagnonnage c’est devenu aussi traduire, recenser ou préciser (les versions, le paratexte des carnets, ou dépouiller toutes ces publications qui ont numéroté, reclassé, surchargé), ou rêver sur le bonhomme. Ces jours-ci, être même souvent le premier dans la grande salle. C’est en ce sens-là que la traversée du campus est déjà une entrée dans la bibliothèque. D’ailleurs eux ils le savent : étudiants assis avec leur ordi à même le bitume sur ton passage. Ou le cours qui se donne là, dans l’herbe. Ou la découverte, ce matin même, qu’il y a sur les réverbères des prises pour les ordis, pour ceux qui travaillent sur les pelouses. Peut-être pour ça, l’idée de s’en tenir chaque matin au même chemin (les fin d’après-midi et le soir, c’est le contraire, la ville est grande) – et de mettre ici la vidéo d’un des autres trajets les plus ancrés de Lovecraft, le train de Providence à Boston (et retour).

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 juillet 2015
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Messages

  • une deuxième fleur (la première s’est ouverte, et boum, est tombée) (la petite tige aussi, ensuite) (fait trop chaud, je fatigue un peu et je prépare un peu sac et en route)

  • c’est le travail qui me manque tu vois (et pourtant je fais des trucs-je me bats pour l’air nu:sur le devis assurance asso on l’appelle "hair nu" ce qui est joli ; je tente de faire vivre la maison témoin je fais mon hebdo mais c’est dur ; je me dis "je vais écrire ça" et je pleure ; fait trop chaud, j’attends que ça se passe, hein) (à la place d’une bijouterie tenue par des juifs, une boucherie probablement tenue par des arabes ; faubourg oecuménique, coin de ville où on ne cesse de bâtir, à présent on refait le palais du commerce je crois bien ; j’ai beau tenir un certain carnet-ici- de la vie de cette rue, je fatigue, je me souviens de ma première descente de cette rue, il y a quarante ans, et de la bizarrerie que j’y avais ressentie) (pour pivert on comprend- elle fait le coin du passage du même nom- mais AVS ? On va voir)

  • (bientôt le départ-je suis allé voir le garagiste, afin de savoir si le prix de la réparation ne dépasserait pas celui de la voiture - c’est pareil, genre mille dollars, ça va dépendre de l’expert- qui a plus ou moins partie liée avec l’assureur- qui est mutualiste en même temps- on va voir en septembre) (j’ai fait un tour : dans la rue de Ménilmontant, ce restaurant qui a laissé ses tables et chaises dehors, il suffirait de les équiper de roulettes et on les retrouverait dans la Seine - le turc doit être à l’intérieur, on voit le rideau de fer à peine levé non ? en tous les cas, j’ai coupé sans le vouloir le "spécialité turque" - je l’aurai mis au pluriel, mais enfin on fait ce qu’on peut...) ce sont les couleurs qui m’ont plu (j’ai appelé la jeune libraire)(je suis quand même fatigué, et je ne suis pas allé voir ma TNPPI : j’irai demain)

  • (y’avait pas les roses que je lui achète d’habitude ; alors j’ai acheté un petit rosier dans les oranges jaunes clairs) (y’avait pas non plus les fleuristes de d’habitude tu me diras) (elle m’a dit "tu sais (elle mangeait un genre de glace eskimo quelque chose) je t’aime éperdument") (très sérieuse la dernière fois c’était "tu es le seul homme de ma vie") (puis "viens que je t’embrasse" puis "je ne peux pas te raccompagner" dans ses yeux une sorte de lueur, dans ses mots comme une sorte d’habitude, je suis parti, lui ai fait signe au revoir, elle me l’a renvoyé mon signe, en souriant)

  • (je suis allé porter la lettre au 99 rennes, puis fait un tour dans cette première librairie fnac de maçon, là, j’ai ouvert (ôté la cellophane) un petit dictionnaire illustré - c’est ma marotte tu sais - et à "western" j’ai trouvé ça (ils sont 7, moi je connais Yul Brunner Charles Bronson et Steve Mac Queen, mais il y a aussi Robert Vaughn et James Coburn qu’on connaît - les autres, Horst Buchholz et Bard Dexter, moins, hein) (John Sturges, 1960) (la musique était dans ce style on ne connaît que ça) (tu me diras celui de Akira Kurosawa (les 7 Samouraïs, 1954) le dépassait de la tête et des épaules, oui, mais enfin quand on a huit ans, les choses étant ce qu’elles étaient...)