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2015.08.04 | matérialité du web

une autre date au hasard :
2011.09.24 | merci Bookcamp

C’était sans doute le but (pas le seul, évidemment), dans cette semaine San Francisco insérée dans les 6 semaines Providence. D’ailleurs, hors les permanentes traversées de la rue Howard, souvent eu l’impression que la jeunesse relative de la côte Ouest rapprochait de l’Amérique telle que perçue par HPL il y a 90 ans. Façon aussi de mesurer cette totalité d’éviction qui le frappe dans son pays. Ce but, c’était de se confronter à la matérialité (une des instances de matérialité, celle du pôle opposé, quand il avait fallu déterrer à Saint-Cyr sur Loire le puisard perdu pour l’arrivée de la fibre c’était l’exact symétrique). Savoir que ce train à ligne unique qui part sous la terrasse où on est perché au 10ème étage dessert Palo Alto (Mark Zuckerberg, et meilleurs souhaits pour son enfant à naître), puis Moutain View (le recours à Google Map pour s’y retrouver jusque dans son coin de trottoir et où se trouve le supermarché SafeWay le plus proche) et enfin Cupertino la forteresse Mac, si mal en point vers 2004 (j’usais des Mac depuis 10 ans déjà) et si royalement installée aujourd’hui, avec les MacAir que chacun promène sous son bras comme complément du téléphone et instance quasi première de la socialité. Pas baratiner sur tout ça, enregistrer la pierre et la brique, s’étonner chaque matin du ballet UPS FedEx des livraisons de petits cartons bruns (on comprend la volonté d’Amazon de s’emparer du chaînon manquant), et soi-même quand perdu la petite pastille à 5 balles de fixation de l’appareil photo sur le pied Manfrotto, la faire venir de B&H plutôt que tenter de trouver une boutique genre Best Buy (il y a un Samy Photo sur la 2ème rue). Voir en bas du beau vieil immeuble de briques Mozilla, sur les quatre faces en tout petit, les noms comme nous on fait sur les monuments aux morts, de ceux qui ont créé ce navigateur (et pas eu la patience d’y retrouver celui de Karl Dubost qui y est pourtant, ou y fut, me dit-il). Ou ce bunker Twitter : ces outils qui se sont imposés un par un dans le cimetière de tant d’autres, mais qui deviennent non seulement hégémonique, mais une instance même de votre lien quotidien, réception, filtres et propulsion, de votre rapport à l’art, au politique, à la société, voire lien privé à famille et amis... Tenter de comprendre le prix qu’ils payent (et probablement en partie fondé par architecture matérielle des serveurs, les salaires développeurs etc), mais l’invisibilité des banques derrière tout ça (les 900 000 serveurs et 50 000 personnes qui travaillent pour Google, quels signes de Goldmann & Sachs derrière tout ce monde-là, quelle rançon versée à un monde obsolète et polluant de publicité pour solidifier leurs modèles économiques (ou leur invention et déploiement, quelle curiosité de suivre Facebook de près, avoir claqué 20 euros hier par PayPal (un autre des bâtiments à portée de vue) pour voir ce que devenait une page Facebook propulsée), et comment tout cela serait conciliable avec ce que nous on leur demande, quand ça remplace des pans entiers du temps et du faire ? Ou comment ce qu’on a nommé livre numérique semble déjà reparti rejoindre les CD-ROM et autres impasses provisoirement lumineuses... Interrogations permanentes qui en découlent pour le livre, ou comment nos formes d’écriture en s’inscrivant ici dans le web commencent lentement à se décoller de l’empreinte initiale du livre, l’épaisseur industrielle neuve de tout ça (les 400 employés du Seuil, que le banquier propriétaire a récemment amputé de sa filiale de distribution, est-ce que lorsqu’il vendra la boutique ce que je leur ai partiellement légué de chair et de sang via propriété intellectuelle sera bradé avec, et comment ici apprendre à sauter hors de cette propriété intellectuelle aussi – que sont les emplois de l’édition traditionnelle, le dos arcbouté sur la porte, par rapport aux 60 000 Français qui vivent dans cette ville devant ordinateur et que je croise dans l’ascenseur, de quelle nation plus large relèvent-ils, et est-ce que l’exercice du blog m’en rapproche, ou bien on n’est déjà que de vagues survivants dans leur langue régionalisée (pauvreté des universités américaines, du moins en littérature, dans ce défi numérique qui pour nous semble irréversible et le creuset même de l’invention). Puis quel rapport avec ce ballet permanent de porte-conteneurs passant Bay Bridge, en provenance de Chine et lestés de ce que nous avons transféré matériellement là-bas de production matérielle d’objets, dont ces quelques-uns qui m’environnent et sont l’appareillage même du lire-écrire dans le voyage, le Mac, le disque dur externe, le petit appareil photo Canon G7X qui fait des merveilles (l’image incluse dans le lire-écrire) – et comment ces questions reviennent dans le détail : la propulsion des vidéos par YouTube (j’en ai mis 5 en ligne cette semaine à San Francisco, et ne les ai pas même implantées sur le blog – ci-dessous le voyage à la tombe de Jack London –, qu’est-ce que ça change à la fonction même de faire récit, et construire son autoréflexivité qu’on nomme littérature ? Où est le danger du monde, quand tout est si lisse et profus dans ce qu’on regarde ?

 

 

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 août 2015
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