2016.04.04 | hop


Ce matin j’avais un rêve très clair quant à la possibilité d’un livre : il se serait agi d’une ville qui se serait enfoncée sous terre, y serait devenue autonome, un peu comme dans Aminadab ou Le Très-Haut de Blanchot qui me fascinent depuis longtemps. J’avais tout un passage écrit, je voulais venir de suite le noter dans Ulysses et puis, en descendant l’escalier, je découvrais que ce début (« C’était une ville sans rue. On lui avait mis un plafond, elle s’était enfoncée sous terre... ») n’avait strictement aucun sens. Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être d’avoir beaucoup regardé, hier, les chantiers rêvés ou projetés de l’architecte Zaha Hadid, celle dont la nécrologie du Monde proclame qu’elle avait « un physique improbable... deux jambes sous-dimensionnées par rapport à un buste taurin » ? J’y voyais le sexisme banalisé habituel à ce journal, mon copain Olivier Tacheau me rétorque : « Et alors, peut-être que pour toi ils diront crinière ébouriffée et ventre en avant », merci Olivier c’est gentil mais je garde quand même mon opinion. Ceci dit, le ventre (vide) sera en avant ce soir à la Maison de la poésie avec l’électronique et le violon de Pifarély, dans ces cas-là on laisse la journée monter doucement en tension sans parasiter d’autres travaux – il y a pourtant quelques trucs à boucler ce matin. Hier je l’ai entendu aussi à la boulangerie, le hop qui semble en ce moment grandir dans toute la langue orale. Vous savez, Beckett l’emploie dans Bing, un de mes textes fétiches : « Corps nu blanc fixe hop fixe ailleurs », la même phrase revient plusieurs fois dans le glissement, ou bien « hop ailleurs où de tout temps sinon su que non » mais la boulangère ce n’était pas une allusion directe à Beckett, c’est juste que nos gestes (je repasse par Vilém Flusser encore) sont confiés en grande partie à nos machines, nous on n’a juste qu’à appuyer sur une touche ou même juste la frôler (j’ai perdu l’habitude du clic avec le trackpad du MacBook), et comme le geste est disproportionné à la tâche, en plus qu’on ne la maîtrise pas, on s’entend dire (moi aussi) comme par réflexe : et hop. Donc je vais tâcher de me corriger, en d’encourager autrement l’ordinateur : « Va, cours, vole et me mange ». Là j’ai préparé mon sac. Partir le lundi trouble le rythme : je prépare normalement le lundi soir mon atelier du mercredi à Cergy, là il a fallu le préparer hier après-midi. Deux nuits d’hôtel à 30 balles au lieu d’une ça va être rude. Mais en ce moment, avec la liberté et la chauffe de fin d’année, je m’en vais facilement sur des exercices neufs, ça fera la prochaine proposition pour l’atelier en ligne du site. Sac lourd, livres pour l’école, et matériel photo son vidéo pour la lecture de ce soir, ou au moins ce qui va la précéder. Toujours pareil, quand la piaule est encombrée par un sac plein : l’impression de pas savoir où on va ni pourquoi, qu’il faudrait de plus grands horizons mais qu’on n’arrive pas à les rejoindre – un peu comme dans ce rêve à la phrase qui fourchait. Ça devrait m’occuper un peu, de penser à ça. Hop (et à ce soir, ceux celles qui).

(Photo : Maison de la poésie, Paris, balance son pour lecture Dylan avec Jacques Bonnafé, sous la direction de Claude Guerre, décembre 2006.)



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 4 avril 2016
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