2007.12.09 | Lisieux (bibliothèque numérique de)


Il a plu deux jours sans discontinuer à Lisieux. Trop, même, pour aller faire un tour de marché, ou explorer les rues. Arrivé à 8h51 le vendredi matin, je ressors du bâtiment à 22h51 et traverse pour aller à l’hôtel de la Coupe d’Or en face (chambre à 43 euros, wifi gratuite). Entre à 9h38 le lendemain, jusqu’à 18h03.

Rouen, Caen, Le Havre, Brest et Cherbourg : villes qui ont payé durement la libération. On a reconstruit les rues trop droit. Et pourtant, et même connaissant tant et tant de bibliothèques, je suis tout de suite à l’aise avec le concept de celle-ci : un bloc vitré tissant à elle les rues débouchant sur la place, et la grande salle de lecture enterrée au sous-sol, mais en transition directe avec la vie immédiate de la ville.

Je viens pour un stage d’écriture : ils et elles sont 21, tous horizons de travail, mais un gros noyau qui anime, à Rouen, Ouistreham ou ici à Lisieux, des ateliers d’écriture. Et même une artiste de cirque, trapéziste, propriétaire de 10 chevaux pour son numéro, qui construit avec Ghislaine Liabeuf, la bibliothécaire qui m’accueille, un projet de roulotte-livres pour les périphéries urbaines qui sont dures, ici, et pauvres : dans le stage, Laurent, animateur dans un foyer de jeunes travailleur, et guitariste rock des samedis soirs, ou Christian, qui intervient dans les écoles, ou Ursula, adjointe aux affaires sociales (tout ce qu’on oublie dans la plongées des feuilles) racontent de drôles d’histoires.

Pourtant, Lisieux, dans le monde Internet, on connaît. Et moi, je la connais depuis le début la bibliothèque numérique de Lisieux. Une lettre qu’on reçoit via la liste Litor ou via la liste XIX, signée Olivier Bogros : des raretés du 19ème, des nanars que rarement je rate, une série normande.

Sans doute c’est dû à ce travail de fond du directeur de la médiathèque, Olivier Bogros donc, que rarement vu une jonction aussi fine de l’outil numérique avec les salles de lecture ou l’aménagement global du bâtiment. Une salle réseau en sous-sol, où on peut réserver son heure à l’avance, la wifi dans les salles, et l’intégration de postes spécialisés, catalogue, généalogie… Et ça marche.

Cela ne veut pas dire qu’on renonce pour le reste : tout ce samedi, ça ne désemplit pas. Me surprend toujours la diversité des âges. Avec Olivier, on regarde les postures, comment la lecture prend les corps, comment on se répartit dans les coins lecture. A plusieurs reprises, je cherche un livre, Rilke, ou Kafka, ou tel bribe de Michaux, ou de Novarina, pour montrer à un de mes stagiaires : les livres sont là. A faire confiance à la présence numérique, le livre retrouve une place encore plus sûre.

Je refuse désormais, pour les ateliers d’écriture, de venir en parler. Je préfère ces formats qui permettent un vrai parcours (ainsi, juste avant de commencer la forme blog, ce stage à Cherbourg [1]). Ici, le vendredi soir, avec séance de nuit. Alors chacun est venu avec un peu de nourriture, et finalement on ne sort même pas de la salle (63 fauteuils et une estrade, on avait quand même de la place). On est en Normandie, on ne manquera pas de réserves, de bourdin, bien sûr de produits fermiers issus de ces villes que j’ai traversées pour venir : Camembert, Livarot (il y avait aussi Cambremer, et panneaux vers Cabourg, salut Marcel). Un de nos participants a même apporté 2 barquettes de cervelle crue : sans doute grâce à lui, que les textes seront d’aussi bon niveau.

merci à Olivier Bogros et Ghislaine Liabeuf

De mon côté, en général je prévois soigneusement dans la valise, à l’avance, le parcours. Là, je suis venu en voiture, j’ai enfourné de quoi faire 20 séances s’il le faut. Se donner comme contrainte qu’après le départ via Georges Perec (je ne saurais pas démarrer sans un hommage à Perec), que chaque séance définit la suivante, et monter en intensité. On croisera cependant quelques obligatoires, Duras et Sarraute, d’autant plus facilement qu’elles sont ici des voisines.

Et puis, tandis qu’ils écrivent, je vais quand même enquêter sur la fameuse bibliothèque numérique de Lisieux : où cela se fabrique, où cela se prépare. Je cherche une porte secrète avec code et un énorme scanner perfectionné. Les réserves sont au deuxième sous-sol, sous le fragment de voie romaine préservé. Mais dans le bureau d’Olivier Bogros, oui, un vague scanner A3 du commerce, et des piles et des piles. Les voilà, les curiosités qui vont intégrer bientôt le catalogue numérique. Il fonctionne à 8 mois d’avance, me dit-il. Comme ça, dans les moments libres des journées (ils sont 18 ici, et, ce qui n’est pas souvent, tournent en se relayant à chaque poste en contact public : ça doit expliquer en bonne part l’ambiance, la facilité).

A noter que la méditahèque a aussi son blog et un rayon iconographique. Une collaboration avec Toronto (en France, on vous laisse faire, mais de là à vous aider ou à piger l’intérêt de ce que vous faites...) pour l’exploration par base de donnée des 10 ans de numérisation : Lexotor. Et bien sûr la visite aux sélections mensuelles : littérature, curiosités, et bien sûr, dans le large catalogue, les fameux nanars...


[1mais aussi, dans les plus anciennes archives : en Franche Comté, à Clermont-Ferrand, à La Roche-sur-Yon, sans parler de Tokyo, Fribourg ou Amsterdam... comme une trace aussi de mon usage du Net !


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 décembre 2007
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