2016.12.09 | stockage illimité

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le retour des écrivains

Stockage illimité c’est nous-mêmes, en fait. Tout ce qu’on n’a pas le droit de redire, alors que c’est là dans la tête, toutes les phrases entendues de la veille, les moments creux, les surprises, les moments où il aurait fallu écrire, ou photographier, ou filmer. Le travail que c’était de noter tout cela dans les cahiers, et la contrainte que tu te fais de tout faire ici à ciel ouvert qu’est-ce que cela t’oblige à garder en toi qui s’effacera, mais que tu ne pourrais dire ici. Ou la vidéo qu’auraient faits, tous ensemble, les visages aperçus dans la journée d’hier, ce que ça révèle de comment toi tu regardes. Mais voilà, tu ne l’as pas fait. Des copains ces temps-ci réarticulent les deux nappes, je ne crois pas y être prêt : encore plus envie d’avancer sur ce qui se toile ici, et forcément ce que tu traverses sans dire viendra en ombre dans ce que tu publies. Les questions posées à la publication, et sa propagation, sont trop importantes pour qu’en ce moment je m’en détache. Ce n’est pas l’expérience CNC qui se termine qui me contredit, ce n’est pas l’évolution constante, dangereuse mais où on garde les mains serrées sur le guidon des contenus, de ce que ceux qui n’y viennent pas appellent génériquement les réseaux sociaux qui m’en détournent. J’aime vraiment Instagram (où j’ai plus d’abonnés que sur mon YouTube, alors que ça devrait être l’inverse), et je trouve qu’il s’y joue un déplacement majeur du photographique, y compris parce que pris en charge par des artistes qui ont mariné en combattants dans les pratiques traditionnelles, urbaines, portraitistes, paysagères. Pour la littérature c’est plus long et plus ambivalent, finalement c’est pas si grave (sinon économiquement, c’est une autre histoire). Pourquoi j’ai mis comme titre « stockage illimité » avant de me lancer dans l’impro écrite ? Ah oui, hier, entre métros, corrections et réunion, discussion avec les collègues Cergy sur les modes d’hébergement des travaux diplômants (mémoires-site, mémoires-film, mémoires-livre) et qu’en repassant sur le Drive que toutes les écoles publiques ou privées ont confié à Google (mails, docs partagés, listes) – de mon côté j’ai Chrome dédié à ce compte avec adresse et accès « pro », gardant Firefox pour les accès à mes propres plateformes (site, réseaux, YouTube) depuis mail perso, et Safari pour les virées sans repérage – entrant sur « le Drive » (ô ce rôle qualificatif sous forme d’article défini) j’avais devant moi la mention « stockage illimité ». Longtemps ça a été un combat : me souviens des disquettes, puis les petits disques Iomega (je les ai toujours), et dès 2000 par là le stockage web : j’ai eu un site en Suisse, parce qu’un hébergeur profitait des infrastructures du CERN c’était le plus rapide, puis au Québec j’avais acheté un domaine avec stockage géant dans une de ces boîtes implantées dans les zones indiennes, ça garantissait aussi des pressions juridiques. Depuis 2002 j’ai ma base chez OVH. J’y ai possédé jusqu’à 20 noms de domaines, avoués ou hétéronymes provisoires, maintenant tout est rassemblé ici. Je ne fais plus de sauvegardes physiques, c’est trop lourd. J’ai aussi un abonnement Dropbox, si décisif quand j’avais 2 ordis, mais avec un seul à quoi ça me sert, tout ça devrait aussi être rapatrié dans la partie stockage de l’hébergement site, comme les ressources abonnés. Les vidéos sont chez YouTube. Pendant 4 ans j’ai fait des archives trimestrielles de mon activité Twitter (j’y suis depuis avril 2008) c’est fini depuis bail. L’autre jour, j’avais proposé à Octave Klaba (le directqeur d’OVH, quel parcours, celui-là), un genre d’assurance annuelle qui garantirait à notre site présence passive de 10 ans après décès : « C’est intéressant » m’a-t-il répondu, mais pas de suite. Ce n’est pas le stockage, qui est intéressant, c’est bien la présence en ligne, l’accès. Pour ça que je reboucle sur le point de départ : organiser le travail depuis la publication, et non pas l’inverse, qui pourtant nous a construit et structurés, et continue de structurer l’organisation sociale de la littérature (édition, presse littéraire, CNL etc – tout cela comme château-fantôme de plus en plus fragile) ou des organes géants comme le CNC, où s’ajoutent des commissions sur le soutien public aux créations de contenu web sans remettre en cause celles qui peuvent paraître très rigides de la fiction, du « court » ou de la commission que je quitte : ce qui j’y ai découvert de plus vivant (hors ce que j’en apprenais pour l’école), c’est l’action de terrain comme par exemple ce que Lussas représente, y compris en terme de formation, constitution d’artistes, et diffusion d’oeuvres sous d’autres modalités que la télévision en décadence. Je vous laisse, j’ai des corrections à reprendre, ô galère. Stockage illimité : à quoi bon, quand nos vies sont si petites et que ce que nous apprenons c’est le flux ? Photo : toujours Providence puisque hier non plus pas fait de photo. Cet immeuble-là, Lovecraft l’a vu se construire.


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 décembre 2016
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