2017.02.23 | dents frites

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La part d’ombre dans le rapport à mon corps fait qu’il y a bien 2 ans que j’aurais dû prendre ce rendez-vous, et donc à peine le gars m’a fait ouvrir la bouche qu’il a fait la grimace, puis m’a demandé mais vous allez sur quel âge monsieur bon qu’était pas franchement une merveille de printemps non plus et a dit très simplement bon ben on va l’extraire. L’expression dent de sagesse m’a toujours paru un peu étrange, l’âge où elles poussent n’est pas qualifié par l’accès éventuel à quelle sagesse, mais j’avais toujours considéré que ces trucs n’existaient pas pour moi. Dans les minutes qui ont suivi, ce qui était bizarre c’était plutôt les sons que font ces appareils en résonnant dans votre cage d’os. Puis après c’est plus simple, un peu dans le coltard mais pas plus que ça, là plutôt ce soir que ça tiraille. M’étais levé tôt ce matin et ai pas mal retravaillé dans l’aprem, résultat vers 7 pm, bricolant sur l’ordi plutôt en mode soft lecture, j’ai dû piquer du nez carrément, reste aussi de jet lag qui s’atténue. Quand je me suis repris en sursaut, à peine 7 ou 8’ de calanchage. Mais c’était très clair : dans ces minutes-là, le rêve c’était que le praticien de ce matin, un gars qui m’a toujours époustouflé parce qu’il fait un bon mètre quatre-vingt-dix, mais a une douceur qu’on n’imagine pas, et je n’ai mais rien de rien à lui reprocher, était de retour chez lui et dans une assiette de porcelaine mangeait les dents croustillantes et parfaites qu’il avait collectionnées toute la journée. Et tout ça semblait parfaitement normal, à lui comme à moi. Je ne sais pas ce qui s’y jouait de la conscience progressive d’un bout de moi parti, un bout de moi en dur. « Dent fracturée » m’a-t-il prouvé avec des images qui surgissaient sur son ordinateur comme si les ordinateurs même pouvaient me trahir. Ce bout de rêve en quelques secondes, les dents frites dans une assiette, associé au son des outils dans les os ce matin, c’est juste pour en garder trace, demain il serait parti. Là-haut l’image est volée à l’étonnant travail peinture de Peggy Viallat-Langlois, vous pouvez la suivre sur son Instagram (il s’appelle Édouard). Moi j’aurais bien dû amener ma caméra chez le dentiste et filmer ça en vrai, après tout ça m’appartenait, non ?


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 23 février 2017
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