2019.07.10 | j’aurais préféré que le silence suffise

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hommage à Luchino Visconti

Journée mise à mal par une conversation que depuis une grosse dizaine de jours ou par là j’avais préféré éviter d’avoir, pensant que le silence était en soi un message clair, et sachant que si je m’en expliquais ça ne pourrait qu’amplifier ce qui me gênait absolument dans cette initiative, qui avait créé certes un malaise, certes un gros blocage en particulier dans cet atelier en ligne qui est étape importante — et par amitié (j’insiste) pour l’envoyeur j’avais assumé seul mon malaise, sans en parler à personne (ah si, un –– toujours le même !).

Une réticence devenue physique à tout ce qui tient de la personnalisation d’époque, avec de si tristes passifs en politique et tout le vide d’une société de pacotille. On a la chance avec le web d’une structure infiniment horizontale, où tout circule, où chacun crée le labyrinthe d’intersections qui définit son propre écosystème. Comment tenir et avancer sans se battre radicalement sur tout ce qu’il y a d’infiniment riche dans ces horizontalités, et voilà que des bonnes âmes viennent piétiner tout le tissu si fragile de ces échanges et relations.

Ce qui se bâtit ici depuis 20 ans, dans le contexte difficile d’un objet toujours mouvant, technologiquement autant que sociétalement, dans l’hostilité de permanences et d’institutions qui sentent l’érosion venir et vous le font payer en permanence, rayé d’un trait si c’est juste le dada d’un genre d’allumé du cigare, issu de temps anciens et perçu par des anecdotes –- alors même que c’est mon agoraphobie de plus en plus radicale et ma difficulté relationnelle depuis toujours qui probablement m’ont permis de développer ce travail ici, ou dans le contexte strict de mes interventions, et fait que je ne peux m’associer en rien à ce qui les amuse.

La réflexion permanente sur ces outils et dispositifs de narration, et notamment depuis 10 ans le choix de travailler avec et pas à côté des réseaux sociaux, est conditionné à une vigilance permanente des curseurs et frontières, et ça fait aussi partie de ce qu’on essaye de transmettre quant à la culture numérique.

Que quelqu’un se permette de convoquer un échantillon arbitraire de mes relations privées et professionnelles, proches ou lointaines, sans même m’en avertir je ne vois pas pourquoi aller contre, et c’était mon silence. Mais ça ne me concerne pas, et c’est trop loin de ce qui est en jeu pour moi dans chacune de ces relations (et toutes les autres) pour que même j’aille lire.

J’ai présenté des excuses, les plus humbles, à quelques-unes des personnes qui avaient ainsi été sollicitées, alors que je n’ai eu strictement aucun rôle dans cette sollicitation, et que cette personnalisation, quand bien même partant d’une bonne intention (ce dont je ne doute pas, même n’étant pas boy-scout ni agence de rencontre, et c’était ça aussi la raison de mon silence), est un geste d’ordre criminel au regard de ce qui commande à la société du spectacle, comme elle a pu commander à l’ordre politique.

Bon, j’arrête là, mais ça m’a laissé mauvais goût toute la journée. Toujours littéralement chié sur l’arrogance des milieux écrivains ou intellos, leur confinement dans leur chez soi, leur goût permanent des hiérarchies mortes. Et on nous fait suffisamment payer la prise de distance.

Je ne vais pas au bistrot, ni au théâtre ni au cinéma, je ne reconnais pas les visages, mais j’ai du plaisir à de vraies amitiés dont le lieu est ici virtuel et virtuel uniquement, ces échanges se construisent dans la confiance et la simplicité, je découvre qu’il me faudrait être bien plus prudent (ce que je n’arriverai jamais à faire).

Bref, j’aurais bien préféré que le silence suffise, même si depuis ces 2 mois les difficultés liées à obscurcissement de la vue, la pénibilité du travail ordi, font que cette démarche j’ai juste entraperçu et refermé, tellement c’est à l’opposé de ce que je fais et cherche ici, et n’en prendrai pas plus connaissance. Adresser les réclamations à l’organisateur.

Depuis dix jours de ce truc reçu, une envie générale de rétractation, de vigilance concernant chaque échange alors que je suis tout le contraire et que c’est la joie que j’ai au web. Des fois mieux vaut faire un peu de vide, que laisser se propager les illusions qu’on vous colle sur le dos. Ou s’en fiche, pas ouvrir les liens, c’est ce que j’avais décidé si on ne m’avait pas sommé de m’en expliquer.

L’idée simple mais qui devrait suffire, concernant un auteur ou un musicien, restant qu’au cas où quiconque soit pris de cette volonté de jouer les bonnes âmes, on peut toujours acheter de ses livres ou de ses musiques et l’aider à se payer ses nouilles (ou son nouveau disque dur 4 To-USB C).

Terriblement gêné pour tous ces gens que j’estime , pour certaines et certains présents dans l’échange le plus quotidien, voire le plus privé et qui se sont faits embringuer dans quelque chose que je réprouve. C’est des trucs qui font mal, voilà, y compris pour la situation d’impolitesse forcée où ça me place de ne pas pouvoir remercier d’un cadeau néfaste et non souhaité — à peine si depusi 10 jours j’ose échanger avec elles.eux sur le web, même pour le banal. Fait rien, une fois de plus on resserrera les murs.

À part ça, le prodige que me semble l’exercice de la photographie quotidienne résiste une journée de plus, et un Skype réjouissant le soir avec Natashquan, plus de beaux regards.

Je n’existe que demain : mais c’est tout le monde, non ?


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 juillet 2019
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