2019.09.09 | de la ville comme surface peinte

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francesistica

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Ou plutôt, il faudrait dire, « malgré soi peinte ». Ce qui m’était le plus cruel, dans ces 3 ans sans rien photographier, c’est de pouvoir stoker la récurrence des lieux qui sont pour soi hale ou passage réguliers. Bien sûr, je l’ai fait avec la fonction vidéo de mes appareils successifs : sur le RER A, l’usine en démolition de Nanterre, le cimetière d’Achères et autres repères. Mais c’est plus approximatif. Ou alors via l’iPhone et Instagram, mais c’est platte comme disent les copains québécois. S’interdire la photo téléphone est ce qui autorise de revenir en photographie. Il y a une joie physique à arracher la photographie aux récurrences du réel. Peut-être aussi pour cette ambivalence permanente d’être prof en école d’arts : on est toujours sous contrôle, sous peine que cela invalide ce que vous dites aux étudiant.e.s, et pour la photo j’en ai connu un paquet de calibres. Espèce aussi rare que l’écriture, mais comme j’avais à pomper d’eux, je ne les ai jamais lâchés, qu’elles.ils condescendent à écrire, ou non. Maintenant je fais ce que je veux. Pourquoi je dis ça ? Quand je suis invité à dormir à Ivry, j’ai toujours étonnement, soir ou matin, toute saison, à ce plan clair se détachant pleine cour. Donc, chaque fois, j’archive la récurrence. C’est difficile, parce que rien que surface nue : un à-plat qui conviendrait mieux aux peintres (Hopper, Sheeler) qu’aux lignes de l’image photographique. La photographie, comme la littérature, ne m’intéresse que si elle ne se dote pas de sujets (exception pour Giacomelli, exception pour Manganelli — aucune idée de s’ils se sont croisés ces deux-là). Ce n’est pas une question de beau, ni d’intérêt, ni d’architecture ou de la toujours fascinante lecture de la ville, c’est juste une question de disposition des choses. Donc de traitements réciproques de ces surfaces. Et me voilà important ces images, et tripotant les curseurs pour qu’elles me renseignent sur cela, l’énigme de cette disposition relative des surfaces, qui rendait impératif de photographier. Alors j’assume ce blog, et les 6 images qu’il déplie sur la première de tout en haut. Et toute la question vient de là : probablement, cadre, et mon propre emplacement quand je déclenche, j’hésite peu, je me répète probablement de façon très exacte. Mais la problématique même du blog, donc de la publication, appelle l’ordre des curseurs Lightoom. Sans doute, trop amateur, j’ai la main trop lourde. J’évoluerai vers une transparence plus grande de Lightroom, en littérature je sais bien que c’est essentiel, ce dépouillement. Par exemple, depuis que j’ai rouvert ce journal, presque jamais je ne « recadre », hors un peu d’horizontale parce que je suis un peu bigleux sur la question. Mais ces images que je publie n’ont rien à voir avec les photographes contemporains, mes frères, que je révère. Pourtant, j’ai conscience que je trouve par elles et avec elles mon chemin, je les revendique telles. C’est ce que m’apprend la ville, c’est ce que me disent ces surfaces, dans leurs rapports relatifs comme absolus, et la survenue des à-plats sous les curseurs Lightroom, et les images que je sors du GH5 ne ressemblent pas à ça. En école d’arts, j’aurais dissuadé un étudiant de présenter ça comme ça. Sauf que voilà : je peins, mais ne sais pas ce que je peins.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 septembre 2019
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Messages

  • (je préfère les chansons tristes, je suppose - la Norma de bellini (vincenzo) quelque chose ; la force du destin (pepino verdi), quelque chose d’autre encore ; la grande musique - quelque chose de tellement idiot que cet adjectif - les gens qu’on croise au conservatoire, vêtus pour honorer leurs publics, sans doute, les auteurs interprétés, et la musique, la grande (par exemple, au hasard, la place à 150 euros pour écouter ces airs-là) - je préfère la musique tout court - les filles que j’accompagnais, qui revenaient avec leurs sacs, les cheveux et les yeux tirés - une culture de classe - je n’en suis pas cependant - faut croire que si puisque je l’aime je l’écoute et je l’entends - c’est l’image de Médée qu’interprétait Sophia Kalos (dite Maria Callas) qui m’influence - on passait devant, ce samedi, le théâtre de la Scala (Milan qu’habite cette classe-là) ici deux gens qui se photographient devant le dôme - tellement illuminé qu’il en disparaît - à moins que ce ne soient ces sourires qu’ils figent qui l’éclipsent) je préfère les chansons tristes

  • Je sors d’un rendez-vous préventif chez mon kiné, lorsque je vois une longue file d’attente comme en temps de guerre, de Beatles ou de pénurie.
    En fait les gens attendent pour quelque chose qui dépend des services du CROUS. Il est vrai que le logement étudiant, déjà délicat du temps où je poursuivais mes études, est devenu hors de prix dans le privé. Alors, oui attendre pour une aide ou une autre ou une étape de plus de franchie.

    Entre travail et trajet, j’ai perdu samedi un petit bracelet auquel je tenais. J’en éprouve un curieux vide : des années qu’ils m’accompagnait.

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