2019.09.19 | recyclage nuit de la vie inutile


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Quelquefois ça t’énervait : un tel chemin d’invention, tant de ressources précieuses, de logistique (fibre, routeurs, câbles, antennes) pour en arriver à ces fadaises qu’ils et elles se disaient dans leurs prothèses téléphoniques. Vivre sans chargeur n’était plus possible. L’idée avait alors germé de les utiliser plus intelligemment, ces chargeurs. Ils n’étaient pas difficiles à détecter. On collectait alors tout ce à quoi ils avaient accès des téléphones qu’ils alimentaient. On considérait que l’utile et le personnel appartenaient aux utilisateurs. On n’y touchait pas (on avait vu ce que ça donnait pour Facebook et autres, on avait retenu la leçon). Mais les paroles inutiles.... Les fadaises, les consultations abêtissantes. Une fois tout collecté, on l’envoyait par camion ici, chaque nuit. Aussi bien, elle aurait fermé, peut-être, sinon, la vieille usine. On remélangeait tout, et on réexpédiait par d’autres camions. Le gain d’énergie retraitée et recyclée n’était pas énorme, mais suffisamment conséquent : qu’ils et elles parlent donc pour ne rien dire s’ils voulaient, ça alimenterait la suite des conversations. On commençait à multiplier ces points de collecte et recyclage, ils compléteraient les déchetteries : qui aurait pensé, il y a trente ans, au rôle et à l’importance de nos déchetteries ? et ça leur redonnait vie, à nos usines du temps passé. À peine quelques hommes suffisaient la nuit aux machines (la nuit les refroidissait mieux). Parfois, si vous les connaissiez, ils ouvraient un tout petit sas et vous les entendiez, toutes ces paroles et fadaises inutiles qu’ils retraitaient. Ça ne donnait pas une idée très belle de nous-mêmes, l’humanité.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 septembre 2019
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Messages

  • Autrefois, dans les années 70, on allait au tas d’ordures. Je suivais mon frère et mon cousin, j’étais la petite excitée qui sautillait derrière eux, avec une mine réjouie. Quelle ironie, le tas se trouvait au pied du calvaire, à flanc de coteau. Ca sentait la ferraille, et autre chose, quelque chose de fort. Du périssable en putréfaction, un peu des champs de colza quand leurs fleurs renoncent à la fluorescence. On y faisait des découvertes ; les mouches vertes traçaient des ellipses perpétuelles au-dessus de choses indistinctes que l’on enjambait vivement. Culottes courtes et kilt écossais, quelle troupe... On revenait de là tout fiers de nos trouvailles. C’est bien loin.

  • (l’année dernière à la même époque j’avais des velléités - j’ai toujours des velléités - de produire un (long) texte sur le parc - j’ai renoncé, je le garde dans un tiroir de ma mémoire mais j’y passe encore toujours souvent - de temps à autre c’est l’été surtout - pourquoi faire pourquoi pas - c’est un moment difficile, toujours, que celui de l’automne qui arrive)