2019.10.14 | Luçon, 20 cartes postales imprimables & réutilisables

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l’île dans la ville

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C’est Luçon, et ce n’est pas Luçon : on pourrait faire les mêmes photos dans n’importe laquelle de nos petites villes, siphonnées d’en dedans par la reconcentration urbaine, même pas Poitiers, Niort ou la Rochelle mais Nantes ou Bordeaux, encore accéléré ou aggravé par le statut administratif nouvellement créé de « métropole ». On ferait les mêmes observations, les mêmes commentaires, le petit magasin de presse qui survit mais comment, les trucs CYBER mais le B est tombé et on a oublié, les jeux de mots vaseux des coiffeurs-barbiers genre Évolu’Tif, la boutique Tattoo, le « vapo » truc et l’onglerie qui prennent le relais, et celles qui ferment avec un panneau à louer sans qu’on ait même souvenir de ce qu’elles hébergeaient. Bien sûr il y a aussi le contraire, les pharmacies rutilent, les agences bancaires et assureurs remplacent là où on venait enfant acheter nos chaussures et notre manteau bisannuel, la librairie-papèterie courageuse tient le coup et même s’est agrandie. Tu avais même prévu d’entrer dans le florissant magasin guitares et instruments de musique (paradoxe : à Tours de 10 il y a 20 ans, n’en restent plus que 2) et puis finalement être reparti sans. S’il n’avait pas fermé, tu te serais probablement arrêté devant la vitrine du photographe, mais longtemps que c’est sur le web que tu te fournis en consommables. La maternité (tu y es né, un de tes fils aussi) a fermé : pourtant c’était neuf, calme et agréable, des gens compétents qui vivaient et achetaient là — il y a quelques semaines, une jeune femme a accouché dans le camion de pompiers —, mais c’est dans combien de nos villes même taille ? Quand on prenait autrefois la route pour l’est inconnu (à l’ouest c’étaient les marais et la mer), à deux kilomètres du bourg on croisait à la perpendiculaire la route Nantes-La Rochelle, le trafic des camions qui ne s’arrêtaient jamais (le trafic, les camions), on appelait ça « les Quatre Chemins de Sainte-Gemme » maintenant c’est un énorme rond-point mais de là jusqu’à l’entrée de ville c’est une zone commerciale continue et aussi stupide que toutes ses congénères partout, avec ici en petit supplément d’âme d’avoir bâti des jeux d’enfants juste au coin des supermarchés, comme ça on ne vient pas pour rien. Le mal est dans la ville même, à tuer le centre pour s’en remettre aux bulldozers du pas cher. Il n’y a donc aucune instance de jugement, sinon des questions qui valent pour l’ensemble du territoire dès qu’il s’agit de ville, quand bien même elle ne soit pas celle où vous êtes né.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 octobre 2019
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Messages

  • (pour les coiffeurs, le jeu de mots n’est pas "vaseux" mais "futile") (pour les bouchers, c’est vraiment rare - rarissime) ici c’est en face de la maison louée par mes parents dès l’arrivée (ils cherchaient quelque chose, ne trouvaient que peu) (il s’agissait de la réunion de deux appartements - ils en prirent pour douze ou treize ans - sans le savoir) là s’ouvrait une épicerie, alimentation générale nommée "Familistère" sans jeu de mots particulier (comme celui de Guise) (il y avait au bout de la rue une Coop (coopérative) et un peu plus bas sur la rue à droite une "Ruche" - tout a glissé, tout a filé fondu fermé - c’est autre chose plus un seul commerce alors qu’il en était vingt - comme partout donc)