2020.02.07 | gratitude Auvergne (& photographie sérielle)


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Dans ce rituel séjour hivernal en Cézalllier, même si là un fil de connexion 3G intermittente a permis de maintenir la chauffe web et qu’il y a — quand le temps le permet, ce n’était pas le cas toute la première semaine, et même en défalquant l’aller-retour pour la lecture de dimanche dernier (pour une fois que j’étais invité pas si loin de mon domicile !) — marche d’après-midi dans forêts, plateaux, lacs ou cratères déjà souvent arpentés et où les rencontres sont rares (ah si, cette fois, cette merveilleuse discussion à Montcineyre avec l’employé de Suez en charge depuis 20 ans d’une quarantaine de captages alimentant 38 000 personnes à Issoire et autour par une conduite de 40 cm de diamètre à 900 m3/h, et d’une conscience écologique impressionnante et fine), il y a accumulé ce réflexe d’un temps clos, les heures du matin à l’ordi dans des murs de plus de 80 cm épais. Hors vacances scolaires (puisqu’on peut) les gîtes sont si peu chers, et l’organisation matérielle si fruste. Cette année, entre la Cabane et Boutaresse pour celles.ceux qui connaissent, une ancienne école primaire : sur toile cirée (j’ai apporté mon 24’’) je travaille dans une salle de classe, enfin le fut.

Alors des tas de choses qui vous entourent tout auprès restent comme lointaines, même si j’ai de quoi alimenter encore plusieurs articles de ce journal et le ferai. Photographier ? Oui, parce que même si les photos de paysage naturel c’est pas mon truc, ni la ligne de publication ici, increase your skills : on apprend la photo par en faire. Mais ce hangar en surplomb, quand on sort du gîte, ça m’a frappé dès le premier jour. Alors matin soir, à l’ouverture et fermeture des volets, ou prenant la bagnole pour les courses, juste du même point exactement, faire chaque jour deux fois la même image.

Evidemment un peu de LightRoom, mais le même réglage appliqué, et touché le moins possible (je ne sais pas ce que ça veut dire, c’est pour ça que j’en fais mention). Il y a quand même un réglage principal, deux masques « gradués » sur ciel et sol et trois patates du « filtre radial » sur la ligne d’horizon et le hangar, mais disons que ce sont les mêmes, avec juste une exposition qui change (toutes photos exprès au GH5 mode auto, focale 24, main levée, sans recadrage).

Il n’y a pas d’insinuation humaine, d’aucune sorte : dès le 3ème jour l’éleveur et son employé on se faisait de grands bonjours au passage du tracteur, puis on est allé dans l’autre bâtiment acheter de leur cantal en vente directe (son épouse fait la traite aussi) et ça a permis de discuter. Est-ce que je leur prends quelque chose par cette image ? C’est une autre question. À Evry les réactions sont violentes quand je photographie, ici non, il y a une conscience de cette force et de cette violence des éléments, et qu’ils sont constitutifs de vous-même.

Tôt le matin, très tôt, et tard le soir, très tard, les voisins éleveurs sont à la peine, c’est sans répit de jour ni d’années. Et toi tu es là comme on dit « en vacances » (depuis 1980 qu’elles durent, tes « vacances »). Ton ordi, aux mêmes heures, il ronfle comme les machines de traite : est-ce que c’est la même chose, le même mot travail ? C’est parce que je n’ai pas la réponse que ces brefs écarts annuels sont importants.

Juste une marque de gratitude pour les matinées de travail, dans le silence des murs. Encore, tant de choses que j’aurais dû faire et même pas remonté la pente.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 février 2020
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