2020.03.15 | ma nuit chez Proust


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Sur ma table de chevet j’avais posé mon Quarto lesté de post-it selon le plan de la conf, et la table de chevet c’était une photo de Marcel Proust en transparence, sur le mur de la chambre non pas le portrait colorisé de Mme Adrien Proust mais une composition avec 4 fois ce portrait, et au-dessus du lit cet agrandissement géant d’une photo que je ne reconnais pas, mais où un personnage semble s’éloigner dans une lumière floue –- la lecture conf impro au musée Henner prévue ce samedi 14 mars a été annulée vendredi 13 au soir, rançon de la crise sanitaire ces annulations en cascade, Cécile Cayol a tout de suite dit qu’on reprogrammerait, mais l’hôtel littéraire le Swann, il y a Rimbaud ailleurs à Paris, Flaubert à Rouen et Vialatte a Clermont-Ferrand) est partenaire du festival, ils ont la générosité de maintenir la réservation de la chambre [1], en haut lieu du territoire proustien, tout près du pont de l’Europe, au-dessus de Saint-Lazare, dans cette rue de Rome où autrefois je venais rien que pour les vitrines des luthiers

Dans ce journal il y a de nombreuses incursions à Illiers-Combray, on y a même dormi à l’hôtel du Temps, qui n’a rien à voir avec l’hôtel Swann, mais c’est un jalon de plus dans les liens. Étrange soirée, le petit resto d’à côté (on y reviendra, à la table de Lucie) apprenant en cours de route la fermeture à minuit, et le Paris tout silencieux, avec loin en sous-sol le vague grondement du métro, sinon imperceptible, mais qui pour moi est un souvenir d’enfance du premier voyage à Paris, probablement 1961, avec les grands-parents au 6ème étage de la rue Ordener.

Tout ici fait avec goût, pourtant sur ces questions je suis pas très accordant, dans nos temps de goujaterie comme à Tours récemment les panneaux Balzac et sa Touraine joyeuse. Par exemple, une bibliothèque où peu de clients sauront que cela vaut le coup d’emporter dans sa chambre ou bien lire ici, dans le salon avec l’iMac connecté, l’essai précurseur de Samuel Beckett en 1935, ou l’intime Jérôme Prieur sur la chambre maintenant enclose dans le bâtiment d’une banque, mais ils sont là, parmi bien d’autres.

Le remerciement (accueil impeccable, petit-dej qui marquait bien l’idée qu’on disait adieu à Paris pour plusieurs semaines) vaut bien sa page de journal. Passer voir le site de l’hôtel littéraire le Swann, c’est même pas cher par rapport à l’excellence, et super situé.

Pensée aussi, avec remerciements renouvelés à Cécile Cayol et ce festival organisé par le musée Henner, à toutes les personnes qui avaient réservé (c’était complet), j’en suis touché infiniment — ça compte par ces temps-ci —, et jamais perdue toute la cogitation Proust réouverte.

 

 


[1heureusement, d’ailleurs, parce qu’à la SNCF impossible de déplacer la réservation retour sans tout repayer...

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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 mars 2020
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