2020.06.20 | triste comme un métro vide


précédent _ suivant

Combien de fois j’ai rouspété intérieurement, toutes ces années où le RER A m’emmenait en bout de ligne à Cergy (ce n’était pas le cas aujourd’hui, juste un tronçon) des toux qu’on prenait dans la figure, de ne même pas avoir la place de poser les pieds par terre etc. Mais là, ne prennent les chariots de transport collectif que celles et ceux qui ne peuvent pas faire autrement. Je ne dis pas qu’il y a une liesse dans le métro, sinon quelques souvenirs émerveillés d’enfance, mais de Prague à New York ou Tokyo, ils ont chacun une odeur, enferment chacun quelque chose du secret de la ville — puis ses corps et regards aussi, danse, presque danse dans ce qui toujours déferle, toujours attend, se recompose et se défait, se saisit. Le métro fonctionne, mais ce secret on a dû le nettoyer au désinfectant et Javel pareil. J’avais hâte d’en être débarrassé, hier, du métro. Pensées solidaires évidemment pour toutes celles et tous ceux qui maintiennent la machine en service, à toutes heures et toutes nuits et jours. On ne fait pas le bégueule : c’est juste que tu as toute une vie de métro, après 3 mois sans, qui revient sans prévenir : — Mais c’est quoi, ça ?

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 juin 2020
merci aux 193 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page